Nous sommes en guerre, et il nous faut réveiller le peuple

Publié le 12 juillet 2010 - par
Share

Nous avons depuis peu (quelques années) entrepris – individuellement ou collectivement – de combattre le monde que les pouvoirs actuels, en France, en Europe et ailleurs, veulent nous imposer. Notre démarche est, certes, « populaire », mais elle fait de nous avant tout une communauté restreinte : celle des « éveillés », par opposition aux «endormis », qui est attachée à l’exercice intellectuel qui consiste d’abord à percevoir la réalité, et ensuite à savoir la formuler. Ce qui nous distingue cependant, des penseurs de salon ou des penseurs de l’université, c’est que non seulement nous partons du réel, mais encore d’un réel par rapport auquel nous sommes, immédiatement, et un peu malgré nous, placés dans un rapport polémique, un rapport (inégal) de forces. En cela, nous sommes plutôt proches historiquement des révolutionnaires.

J’ai dit « rapport polémique ». C’était à dessein : nous sommes littéralement en guerre. L’histoire de l’humanité regorge « de conflits que les hommes n’ont pas choisis, mais où il faut choisir son camp». Et de même nous n’avons pas choisi d’être en guerre contre la société que veulent nous imposer les pouvoirs dominants. Chacun de nous, en somme, peut dire comme ce personnage de Stendhal (dans son roman inachevé Lamiel, publié à titre posthume) : « Je fais la guerre à la société qui me fait la guerre ».

Les pouvoirs actuels nous poussent en effet à une riposte simplement parce qu’ils jouent un rôle d’agresseur : tout ce qu’ils ajoutent (par la force), afin de servir leurs sinistres buts, est aussi tout ce qu’ils nous retranchent, nous plaçant en état de manque. En voulant substituer autre chose à la patrie, qui soit plus directement profitable à leurs intérêts, ils font de nous des « orphelins de la République », nous arrachant brutalement à notre « mère patrie », qui nous était « une demeure et beaucoup davantage ». Le paradoxe est que, alors que les révolutionnaires finissent toujours plus ou moins en exil, nous commençons à peine notre révolte, nous-mêmes, mais déjà comme des exilés, des exilés dans notre propre patrie parce que ses décors et ses mœurs ont changé, et nous sont devenus de plus en plus étrangers.

Chacun, alors, cherche des yeux, pour voir si, derrière ce spectacle, il n’y aurait pas encore, quelque part, une France, et pourquoi pas des Français ? En réalité, la question n’est pas de savoir ce qu’est l’identité nationale, ni ce que sont les Français, mais plutôt : où sont-ils ? Leur atomisation forcée, loin des anciens forums, des anciennes agoras, en ont fait un peuple d’ombres, réduit à une sorte d’hypothèse qu’il faudrait désormais vérifier. Comme l’avis de ce peuple importe peu et de toute façon ne s’exprime pas, on en a conclu qu’il n’en avait pas, et comme il n’en avait pas, on en a déduit qu’il n’existait pas. Je n’exprime pas mon avis, donc je n’en ai pas : la nouvelle tyrannie s’appuie désormais sur ce faux syllogisme, à remettre debout, comme la République elle-même.

Le peuple doit dorénavant sortir de son sommeil et de son rôle de «spectateur de l’histoire ». Il faut pour cela aller le chercher là où il est. L’exemple est toujours plus efficace que le simple discours, et l’élite est désormais dans le peuple qui doit montrer la voix au peuple. Nos thèses doivent devenir plus fameuses que nous-mêmes.

Etienne Baschy

Print Friendly, PDF & Email
Share

Les commentaires sont fermés.