On ne voile pas la Liberté

Publié le 12 mars 2010 - par

En ce petit matin très froid du 8 mars 2010, le ciel était tout rose sur Paris. Quand nous sommes arrivées au pont de Grenelle, vers 7h,30 de loin nous avons vu l’immense banderole avec l’effigie de la statue de la Liberté voilée, qui se balançait sur le parapet. Du haut du pont qui menait à la statue de la Liberté, en contrebas, on apercevait les silhouettes menues des copines, des deux copains de RL, Pascal, cheville ouvrière de l’action et Radu, qui n’a pas hésité à venir au pied levé. Mais aucune bâche sur le socle comme prévu. Impossible de l’installer, vu les difficultés matérielles de l’opération, encore aggravée par un vent déchaîné. Fallait il y voir un signe ? La Liberté est décidement rebelle à tout voile, fut il dénonciateur. Nous étions là, la poignée d’irréductibles qui avait bravé le froid et l’éventuelle irruption des flics, pour exprimer notre refus des voiles, dans ce lieu hautement symbolique : l’île des Cygnes où trône la Statue de la Liberté.

Je me voyais ramenée 40 ans en arrière. C’était en août 1970. Nous avions envahi la tombe du Soldat inconnu, à l’Arc de Triomphe, pour y apporter des gerbes, à la mémoire de la femme du soldat, encore plus inconnue que le Soldat. Première action fondatrice de ce qui allait être le Mouvement de Libération des femmes. Nous étions une poignée, comme en ce matin du 8 mars 2010. Nous l’avions voulu ainsi : une action de commando, pour ne pas risquer de faire échouer le projet. L’aurore se levait alors pour les femmes. En 40 ans nous allions accomplir plus de chemin qu’en 4000 ans. Et voilà que surgissait la pire menace qui soit sur ces fragiles conquêtes. Le voile noir de l’obscurantisme tentait de recouvrir de cendres nos avancées.

Mais nous étions toujours là, résistantes attentives. Ce matin du 8 mars fut joyeux. Nous nous sommes retrouvées les anciennes, et les nouvelles, celles d’ici et celles d’ailleurs, Sihem, présidente de NPNS, Choukria, l’afghane, Anna, l’iranienne, nous avons uni symboliquement nos forces et nos convictions , là au pied de cette belle statue. Emouvantes les embrassades entre nous, qui scellaient une future collaboration. Lors du reportage de FR3, il a été dit que cette action lançait les 40 ans de commémoration du MLF. Commentaire optimiste, quand on sait que la majorité des féministes françaises ne prennent pas parti contre le voile, que nous sommes une minorité à oser braver le politiquement correct. Ce jour là nous avons sauvé l’honneur du féminisme et envoyé un signal fort à toutes celles et ceux qui désespèrent de la France.

Une action vaut parfois mille paroles. Nous sommes reparties, guillerettes, avec la satisfaction d’avoir surmonté les difficultés techniques, nos peurs, le froid…pour dire à la face du monde que nous ne baisserions jamais les bras.

Anne Zelensky

Voir vidéo de Jean Robin, avec interview d’Annie Sugier et de Pascal Hilout.

http://tatamis.blogspot.com/2010/03/liberte-voilee.html

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