Ou en est la crise financière, quelles retombées sur l’économie réelle ?

Publié le 17 août 2009 - par - 703 vues
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Depuis la chute de Lehman Brothers en septembre 2008 aux Etats Unis, le monde n’en finit pas de subir les conséquences du système capitaliste néolibéral.

Toutes les économies ont été directement impactées par les excès des institutions financières internationales.

Dans un premier temps, la crise financière a touché les marchés boursiers et son aggravation a provoqué des dégâts incommensurables sur le reste de l’économie. Cette spéculation effrénée a entrainé une crise économique profonde aussi importante que celle de 1929 et débouché sur une récession aux effets incalculables sur l’équilibre du monde.

TYPOLOGIE DES MECANISMES DE CRISE FINANCIERE

La crise financière a trouvé son origine dans les risques non maitrisés des acteurs du marché. Les risques que l’on rencontre sur les marchés sont les suivants :

-les risques de marchés qui sont basés sur la variation des taux ou des cours des actifs

-les risques de crédit qui sont liés à une contrepartie, qui peuvent se prendre sur un pays entier.

-les risques liés au fonctionnement même du marché et à la possibilité de revendre ou non un actif. C’est ce que nous appelons dans le jargon de la finance : le risque de liquidité.

Dans une crise financière, plusieurs phénomènes peuvent se produire :

-Un resserrement du crédit

-une fuite des liquidités

-une course à la liquidité

– une crise monétaire

-une crise de liquidité

Quand nous assistons à l’accumulation des ces risques, nous entrons dans une crise systémique, crise à laquelle nous avons été confrontés après la chute de Lehmann Brother à la fin de l’année 2007.

LA CRISE SYTEMIQUE ET QUELQUES EXEMPLES

En France, le dépôt des épargnants touchés par une crise systémique sont couverts par un fonds de dépôts de garantie qui permet aux clients d’être protégés et remboursés jusqu’à hauteur de € 70 000.
Cette mesure a permis d’éviter que les clients retirent massivement leurs dépôts lors des difficultés rencontrées au cours de l’automne 2008.

Les réserves de ces fonds de garantie représentent en France environ 1,8 milliards d’euros, ce qui explique qu’en cas de faillite d’une banque, la garantie effective ne pouvait venir que de l’Etat en dernier ressort, donc des contribuables.

Une crise systémique peut entrainer la paralysie totale du système financier dans une vaste zone ou dans le monde entier et pourrait conduire le monde au chaos, voir à un conflit généralisé entre grandes puissances.

Depuis 1973, le monde a connu des crises systémiques importantes. La crise pétrolière de 1973 a entrainé une forte augmentation de l’inflation, qui a touché l’ensemble des économies.
En 1974, une banque Herstatt fait faillite.

La crise pétrolière de 1979 provoque un renchérissement du coût du pétrole.

En 1982, la crise de la dette bancaire des pays en voie de développement ébranle le système bancaire international.

En 1987, le krach du marché des taux d’intérêts entraine une chute de la valeur des actions.

En 1994, la crise économique mexicaine est due à la gabegie de la manne pétrolière dans ce pays.

Un autre pays pétrolier, la Russie connaît une crise financière en 1988. Celle-ci entraine une dévaluation importante du rouble et un défaut sur la dette russe.

En 2001, les attentats du 11 septembre 2001 secouent tout le système financier international.

En 2007, la crise des subprimes révèle au grand l’extrême fragilité du système financier, qui s’est traduit par une défiance sur les marchés et une crise de liquidité que nous subissons aujourd’hui.

La crise que nous vivons actuellement a été provoquée comme rappelé ci-dessus par les créances douteuses de l’immobilier aux États-Unis.

La crise éclata pendant l’été 2007 (connue alors comme la crise des subprimes). Elle s’est manifestée par une baisse de l’immobilier, un effet domino provoquant l’effondrement de diverses grandes banques dans le monde et une baisse des bourses d’actions.

Les banques centrales (BCE et Fed principalement) ont injecté d’importantes liquidités. L’adoption d’un plan de sauvetage du système bancaire aux États-Unis (plan Paulson) et d’autres mesures prises notamment en Europe n’ayant pas suffit à rétablir la confiance, une chute des bourses mondiales s’est déroulé en octobre 2008.

Le marché interbancaire est de son côté presque totalement paralysé par des taux d’intérêts très élevés et une crise de confiance généralisée. L’économie non financière commence de son côté à être atteinte par la crise. Les fonds de retraite des États-Unis ont à ce moment perdu 2000G$ US en un an.

La crise financière est devenue une crise économique et sociale qui touche l’ensemble des pays occidentaux et des pays dits émergents.
La crise s’est rapidement répercutée sur les marchés boursiers par une chute des cours (certains parlent du « krach de l’automne 2008»), tandis que le resserrement du crédit pour les entreprises et les ménages pèse sur l’activité économique déjà affaiblie par la crise en cours depuis 2007.

L’aggravation de la crise financière a fortement accentué la crise économique commencée début 2008, visible par la dégradation rapide des prévisions économiques d’activité pour 2009, poussant les gouvernements à engager des plans de relance financés par la dette.
Les discussions concernant la régulation des activités financières se sont accentuées, notamment au cours du sommet du G20 de novembre 2008.

OU VA LE MONDE DANS CE CONTEXTE DE CRISE PROFONDE ?

La crise économique est loin d être finie, bien au contraire, elle ne cesse de s’aggraver et de se généraliser.

Désormais, on ne parle plus de ralentissement de la croissance, mais de récession véritable, que pendant très longtemps, les gouvernants n’ont pas voulu reconnaître devant leurs concitoyens.

Le chômage augmente à une vitesse vertigineuse. De grandes entreprises font faillites aux Etats Unis (Général Motors, Chrysler) et dans le reste du Monde également, provoquant ainsi des restructurations importantes et une crise sociale sans précédent.
Les chiffres terrifiants ont été communiqués par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

D’avril 2008 à avril 2009, le chômage a crû de 40 % dans les pays les plus riches. De 2007 à 2010, il devrait même y avoir 26 millions de chômeurs en plus, un bond de 80 %, sans précédent en si peu de temps. “Le plus gros de la détérioration reste à venir”, a mis en garde Martine Durand, responsable de l’emploi.

Patrick Artus de la Banque Natexis déclare « les emplois perdus le sont de façon irréversible ». Nous créerons moins de voitures et moins de biens durables. Comment est –il possible dans ce contexte d’envisager la création de nouveaux emplois dans le futur ?
Jean Claude Trichet, Président de la Banque Centrale Européenne doute de l’avenir « nous avons crée une entité nouvelle, l’économie mondialisée, dont nous découvrons la fragilité, l’avenir n’est écrit nulle part en ce moment ».

Patrick Artus enfonce le clou en osant dire froidement que comme dans trois ou quatre ans la dette des pays de l’ODCDE va dépasser leur produit intérieur brut (PIB), « il va falloir diminuer la protection sociale, le nombre de fonctionnaires et augmenter les impôts».

L’emprunt public annoncé par Sarkozy pour préparer les investissements de demain sur lequel planchent deux anciens premiers ministres Alain Juppé et Michel Rocard, ne réjouit pas tous les décideurs de ce pays, si l’on se réfère à la déclaration de Denis Kessler, ancien numéro deux du Medef : « Autant boire un pastis pour guérir une gueule de bois ».

Aux Etats Unis, la situation n’est pas meilleure, Barack Obama dit s’attendre à ce que les chiffres du chômage augmentent encore plusieurs mois. Rien qui ne permet d’espérer une reprise prochaine de l’activité économique.

Il a également déclaré que cette récession était la plus sévère que les USA aient vu depuis la grande dépression, faisant allusion à la grande crise des années 30.

Le Gouvernement américain pense que le chômage pourrait atteindre d’ici la fin de l’année 2009, environ 10 % de la population active.

D’ici fin 2010, plus de 57 millions de personnes seront privées d’emploi dans les pays de l’OCDE alors que le nombre de chômeurs était de 37,2 million à la fin de 2008 et le taux de chômage moyen s’élevait à 6,8%, selon les estimations de l’Organisation. L’augmentation attendue ramènera la moyenne du taux de chômage des pays de l’OCDE à 9,9%, son niveau le plus haut depuis les années 1970, avec une moyenne de 9,8% sur l’année. Le taux de chômage avait atteint une baisse record de 5,5% au cours des quatre derniers mois de 2007, se maintenant à 31,6 millions à la fin de cette même année.

« Le chômage continuera encore longtemps de peser sur les économies nationales », a déclaré le Secrétaire général de l’OCDE, Angel Gurría. « Les ralentissements précédents nous ont enseigné que la reprise de l’emploi sera beaucoup plus tardive que le retour à la croissance économique. L’OCDE collabore étroitement avec les pays pour qu’ils adaptent leur politique afin de mieux venir en aide aux chômeurs et d’éviter que les niveaux de chômage élevés ne perdurent » a-t-il ajouté.

Aucun pays n’est épargné par la crise économique et sociale. Aucunes mesures à l’échelle mondiale ne sont réellement envisagées pour juguler cette crise financière, économique et sociale.
Les sommets internationaux ( G8, G20 )qui se tenus depuis le début de cette crise n’ont pas débouché sur des propositions concrètes dans le but que ne se reproduisent dans l’avenir cette véritable gabegie dont la facture sera malheureusement portée et assumée par les générations futures.

La dette publique des Etats atteint des chiffres abyssaux, sans que pour autant cet endettement ait permis de réduire les effets de la crise financière, économique et sociale.

Les Etats ne pourront pas indéfiniment soutenir un marché qui n’a pas retrouvé la confiance malgré l’injection de centaines de milliards de dollars et d’euros pour relancer la machine économique.

Les plans sociaux devraient laisser sur le carreau un nombre croissant de travailleurs, comme le prédit les dernières statistiques de l’OCDE.
Comment dans ces conditions peut –on espérer une reprise de l’activité dans les mois qui viennent ?

Pour produire et acheter, il faut des travailleurs et des consommateurs. Ce sont généralement les mêmes qui font tourner la machine économique.

Il ne suffit pas d’être économiste pour comprendre que pour gagner de l’argent, il faut arriver à vendre.

Si la production ne s’écoule plus, il n’est plus possible pour les entreprises d’investir et encore moins d’emprunter sur les marchés ou auprès des banques.

La paupérisation guette nos économies, avec toutes les conséquences qui pourraient en résulter sur la stabilité du Monde et des échanges commerciaux entre pays.

Alors que la crise n’est pas jugulée, les banquiers des grandes institutions financières de chaque côté de l’Atlantique viennent de reprendre leurs habitudes d’antan.

A peine, ces établissements ont –ils été renfloués par des fonds publics, qu’ils se sont empressés de prêter très cher l’argent à leurs clients, emprunté à bas coût à l’Etat américain, s’agissant des banques américaines.

Par ce mécanisme, elles ont pu rembourser aux Etats les fonds empruntés et provisionner de nouveau des augmentations de salaires et de bonus pour leurs cadres supérieurs.

La banque d’affaires Goldman Sachs qui avait été sauvée de la faillite par le trésor public, a voulu au plus vite rembourser ses dettes envers l’Etat, pour lui permettre de s’affranchir du plafonnement de ses rémunérations.

Le cynisme n’a pas de limites dans le milieu de la finance. Pendant que ces centaines de millions de travailleurs ont perdu leur emploi, à cause de pratiques immorales des acteurs de la finance internationale, ceux –ci continuent contre vents et marées à chercher par tous les moyens à augmenter leurs salaires, comme si rien ne s’était passé.

Les Etats devaient moraliser et contrôler les excès du marché. Nous constatons avec amertume et colère que malgré les déclarations démagogiques de nos Gouvernants, les requins de la finance de continuent à spéculer sans retenue pour reconstituer leurs profits.

Après avoir spéculé sur l’endettement des ménages, ils vont maintenant spéculer sur l’endettement des Etats.

Rappelons- nous les déclarations des chefs Etats, lors de la réunion du G20 du 2 avril 2009 :

Nous nous engageons à faire tout ce qui sera nécessaire pour :

– rétablir la confiance, la croissance et les emplois ;

– remettre en état notre système financier pour rétablir l’activité de prêt ;

– renforcer la régulation financière pour rétablir la confiance ;

– donner des ressources à nos institutions financières internationales et les réformer pour surmonter cette crise et en prévenir de futures ;

– promouvoir le commerce mondial et l’investissement et rejeter le protectionnisme pour soutenir la prospérité ;

– bâtir une reprise durable, profitant à tous et respectueuse de l’environnement.

Ces orientations définies par les grandes puissances n’ont jusqu’à présent donné aucun résultat probant sur l’économie réelle.
Bien au contraire, celles-ci ne semblent avoir aucun impact sur le comportement des acteurs de la finance internationale.

Si la crise venait à perdurer et à s’aggraver, celle-ci pourrait engendre des crises politiques et provoquer la résurgence de conflits entre différentes nations dont les intérêts n’ont jamais été les mêmes.
Comme disait un journaliste dans un article paru tout récemment dans le Monde, et si la crise ne faisait que commencer.

Personne à ce jour ne peut prédire ce qui pourrait se produire dans les mois qui viennent, sachant que les causes de cette crise sont loin d’être maitrisées par les Etats et les institutions internationales (FMI, Banques Centrales etc…)

Tout pourrait arriver, même le pire. Il n’est plus possible de laisser ainsi une économie mondiale naviguée à vue ou chacun semble vouloir défendre ses intérêts, sans se préoccuper du sort de ses voisins.

Et pourtant, la refondation ou la moralisation du capitalisme paraît improbable tant ce système porte en lui les germes d’une crise permanente.

Il serait temps que nous trouvions un autre système économique dans lequel tout à chacun pourrait y trouver son compte.

Sinon, nous revivrons sans que nous puissions l’éviter une dérive du Monde qui conduira malheureusement les grandes puissances à envisager de régler cette crise par des conflits armés.

On nous dit que l’histoire ne se répète jamais, mais les hommes avides de pouvoir et domination ne se sont jamais préoccupés du sort de leurs concitoyens quand ils ont décidé de mener à la boucherie leurs peuples. La guerre de 14-18 et la guerre de 39-45 devraient nous permettre de ne pas l’oublier.

Fabrice LETAILLEUR

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