Où sont les Voltaire et les Molière qui dénonçaient l’hypocrisie religieuse ?

Publié le 28 juin 2010 - par
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Chère Christine Tasin,

Je vous lis et je vous regarde: vous êtes mesurée, vous maîtrisez votre
sujet et vous êtes combative. Ce qui fait peur à l’heure actuelle, c’est
l’inculture, la grossièreté (je pense à Pierre Ménard en particulier)
et, je le crains, la mauvaise foi des journalistes dans les médias
officiels. Comment toute une élite, politique et médiatique, peut-elle
être aussi aveugle? Quel est leur intérêt là-dedans? Il est vrai que
l’Europe occidentale a une vieille tradition d’aveuglement comme vous le
rappelez au sujet du communisme mais d’une part, les communistes mentaient outrageusement et d’autre part, l’égalité entre hommes et femmes par exemple y était prônée. Tandis que le fascisme islamique ne prend pas de gants.

Où sont les Voltaire et les Molière qui dénoncèrent en leur
temps l’hypocrisie religieuse? Pourquoi tant « d’accommedements
déraisonables »? Etant originaire d’Amérique du Nord, je n’ai jamais
adhéré à ce clivage droite/gauche si stérile. J’ai émigré en France:
quand la dame de la Préfecture m’a demandé pourquoi je voulais devenir
française, j’ai été prise de court et lui ai répondu « c’est un rêve »
et elle a dûment noté… Une petite touche de poésie dans un formulaire
bureaucratique. Et il est vrai que je rêvais de cette nationalité depuis
que j’étais adolescente et que je lisais avidement Camus, Simone de
Beauvoir, tous les classiques. J’ai été naturalisée en 1989 (quel
symbole!) et j’ai compris que j’étais devenue viscéralement française
le jour où de passage dans mon pays natal j’ai éprouvé pour la toute
première fois de ma vie ce mal étrange, le mal du pays…. Et
aujourd’hui encore, chaque fois que j’atterris à Charles de Gaulle,
j’éprouve un sentiment de bonheur.

Venant d’un pays où règne l’insécurité linguistique, j’ai apprécié dès le début le fait de vivre en français sans me poser de questions. Depuis 1976, la France est mon pays. Comme le disait très justement Julia Kristeva à propos des immigrés, ou du moins des immigrés à l’ancienne, que l’on soit
intellectuel ou femme de ménage, on a un sentiment de devoir à l’égard
de ce pays qui nous a tellement donné. Aujourd’hui, je suis profondément
choquée par ce qui commence à ressembler à une libanisation de notre
pays. Dès le début, j’étais opposée au port du voile dans la rue et la
suite me donne raison. Elles ont le choix? Mais je m’en fiche. Si elles
font le choix de l’oppression, bientôt ce seront mes filles qui n’auront
plus le choix. Le voile, très bien, mais à la mosquée, comme les
prières d’ailleurs. Nos enseignants ont été bien seuls au début face
à ce phénomène qui allait au-delà du voile.

Il faudrait que l’on vous voit davantage, dans des émissions un peu plus ouvertes comme « C’est dans l’air » par exemple. Je songe sérieusement à adhérer à votre parti moi qui n’ai jamais été encartée nulle part. Il faudrait aussi qu’on élargisse le débat à l’Europe et à l’Amérique qui connaissent les
mêmes difficultés que nous. Faire de Geert Wilders et d’Oscar Freysinger
des épouvantails commence d’abuser de moins en moins les gens. Mon oncle, qui a fait le débarquement en 44 me disait avant de mourir son désarroi par rapport à ce qui s’est passé au World Trade Center. Ce vieux
militaire se demandait « mais comment se battre contre ça? »
Excusez la longueur de ce message.

Bien cordialement,

Chantale Arouet

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