Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon : plutôt gauchiste que laïque et républicain

Le 29 novembre dernier, à Saint-Ouen, devant 3.000 personnes, le Nouveau Parti de Gauche (PG), présidé par Jean-Luc Mélenchon, fêtait son acte de naissance. Le sénateur de l’Essonne, ainsi que Marc Dolez, député du Nord, avaient quitté le PS au lendemain du résultat du premier tour, constatant que 80 % de ce parti avait voté pour le trio Royal-Aubry-Delanoë. Jugeant le PS irredressable, et lassés des petites combines de coulisses, ils avaient décidé de claquer la porte, et de passer à autre chose. Cela leur aura évité le déshonneur, pour des laïques, de voter Aubry pour battre Royal !
Marc Dolez et Jean-Luc Mélenchon sont en effet connus pour défendre des positions laïques et républicaines, au sein de la gauche. Le premier avait honoré de sa présence les journées internationales laïques de Montreuil, le 11 février 2006, à Montreuil, tandis que le second est connu pour pourfendre l’offensive du Vatican, les remises en cause laïques de Sarkozy, et l’offensive des langues régionales contre l’unité linguistique de la République. C’est pourquoi Cyrano, dans un édito, faisait part de ses espoirs, au lendemain de la création de PG, tout en ne masquant pas son inquiétude (1). Quelle serait l’orientation de ce nouveau parti ? Allait-il mettre la République au cœur de son programme, ou bien allait-il courir après le Nouveau Parti Anticapitatiste de Besancenot, en privilégiant un discours gauchisant ?

La lecture d’un quatre pages, résumant la journée, confirme, hélas, les premières inquiétudes de Cyrano.
Certes, la laïcité est abordée, ce qui est de plus en plus rarement le cas dans les réunions des partis de gauche. L’intervenante, Danielle Simonnet, fidèle de Jean-Luc Mélenchon, dans le résumé qui en est fait, a commencé par dénoncer la laïcité positive de Nicolas Sarkozy, y voyant à juste titre la volonté de reconfessionnaliser l’espace public.
Sa conclusion laisse pourtant pantois. « Parce que nous sommes des militants solidaires engagés pour la régularisation de tous les sans-papiers, nous devons défendre également la laïcité. Qu’on cesse de nous faire croire que l’immigration représente une menace pour notre identité nationale. Car notre identité nationale, c’est notre identité républicaine et laïque ».
Remarquons que, comme l’avaient dénoncé notre collaboratrice Christine Tasin et notre lectrice Chantal Crabère, Jean-Luc Mélenchon est capable de tenir des conférences sur la laïcité sans aborder la principale question de l’heure : l’offensive de l’islam. (2) Cela ne l’empêche pas d’être brillant, comme l’avait noté Mireille Popelin, (3) mais c’est quand même un oubli surprenant, que Danielle Simonnet a reproduit…
Mais surtout, comment peut-on se dire laïque, républicain et anti-capitaliste, et demander la régularisation de tous les sans-papiers ? Les animateurs de PG n’ont-ils pas compris, comme l’expliquent dans nos colonnes Robert Albarèdes, Pierre Baracca, Guylain Chevrier ou Gabrielle Desarbres (4), que l’immigration, en période de crise, est l’outil de la mondialisation libérale pour casser les acquis des salariés de ce pays, Français ou étrangers ?
N’ont-ils pas compris que Jacques Attali, qui roule pour Sarkozy et les dirigeants de l’Union européenne, en voulant imposer la libre circulation de tous les travailleurs, sont les relais de cette politique ?
N’ont-ils pas compris qu’il est criminel, vis-à-vis des salariés du secteur privé de ce pays, les plus vulnérables face aux délocalisations et à la déréglementation du travail, de leur balancer une nouvelle concurrence, qui permettra aux employeurs d’exercer une pression supplémentaire sur leurs salaires et leurs emplois ?
N’ont-ils pas compris qu’il y a un lien entre la montée du communautarisme, l’offensive de l’islam, et la poursuite de l’immigration, dans une période où le lien social se disloque, où le président de la République veut remettre en cause les principes égalitaires de la République en tentant d’imposer la discrimination positive, conception anglo-saxonne ?
N’ont-ils pas compris qu’ils se comportent ainsi en alliés objectifs du capitalisme, qu’ils prétendent combattre à longueur de colonnes ?
Dans cette revue, un autre intervenant parle de « remettre la République » sur ses rails ». Mais il parle de cette République comme le ferait un Olivier Besancenot, en limitant son discours à une intervention anti-capitaliste certes nécessaire, mais bien insuffisante face à la montée du communautarisme et l’offensive de l’Union européenne. Il conclut, dans son intervention, son opposition à « toute vision ethnique, communautaire et religieuse, ce qui implique de revenir au droit du sol intégral et à l’élargissement de la nationalité aux résidents ».
Autrement dit, la laïcité, ce serait la régularisation de tous les sans-papiers, et la République, ce serait l’élargissement de la nationalité française à tous les résidents ! Là encore, on reste dans le « politiquement correct de gôche », sans avoir le courage d’aborder les questions incontournables autour de la défense de la République, de la laïcité. Ne parlons pas de la Nation, dont le nom n’est d’ailleurs pas prononcé.
En se contentant d’un discours anti-capitaliste, agrémenté de quelques références républicaines et laïques sans contenu, le Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon ne répond absolument pas aux préoccupation du peuple, faute qu’il reprochait à juste titre aux dirigeants du parti socialiste. Par sa démagogie, par son refus d’aborder des questions délicates comme le rapport entre l’immigration et le chômage de masse, et l’immigration et la montée de l’islam, il laisse un boulevard à l’extrême droite, ravie qu’on lui abandonne ce terrain.
Peut-être Jean-Luc Mélenchon, qui souhaite rassembler toute la « vraie gauche », réussira-t-il à constituer, pour les prochaines élections européennes, des listes communes avec le Parti communiste, et peut-être le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) d’Olivier Besancenot, voire avec José Bové…
Il y a maintenant quatre ans, Jean-Luc Mélenchon avait suscité beaucoup d’espoir en créant PRS, qui signifiait « Pour la République Sociale ». Dans « Parti de gauche », il n’y a plus « République », est-ce un hasard ?
Mais à quoi servira « Parti de Gauche » s’il ne clive pas avec le discours communautariste anti-laïque de l’extrême gauche, des amis de José Bové et du Parti communiste ?
Jeanne Bourdillon
1) http://www.ripostelaique.com/Avec-Nicolas-et-Jean-Luc-un-peu-de.html
(2) http://www.ripostelaique.com/Comment-Jean-Luc-Melenchon-peut-il.html
http://www.ripostelaique.com/Le-Melenchon-show-ou-le-non-debat.html
(3) http://www.ripostelaique.com/Jean-Luc-Melenchon-est-un-vrai.html
(4) http://www.ripostelaique.com/Les-dangers-evidents-de-l.html
http://www.ripostelaique.com/Un-curieux-oecumenisme-autour-des.html
http://www.ripostelaique.com/Les-enjeux-laiques-et.html
http://www.ripostelaique.com/Immigration-les-journalistes-font.html

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