Patchwork sépulcral, ou la communautarisation des cimetières version MAM

Publié le 27 février 2008 - par
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PATCHWORK SEPULCRAL Nostalgique des temps mérovingiens où (est-ce attesté ?) le cimetière de la paroisse s’étendait au pied du clocher banal pour n’accueillir que ceux qui avaient reçu le baptême, Madame le ministre de l’intérieur n’envisage rien de moins que de moderniser la pratique en imposant aux maires, par circulaire, d’organiser, dans les cimetières que la République a fait dépendre de leur autorité, la dérive multi-cultuelle de l’antique organisation : créer des « carrés confessionnels » …

Ah ! le beau cimetière ! Où l’ami Georges n’aurait pas aimé reposer sans doute, mais au charme polychrome et séparateur… Là, le carré vert réservé à ceux qui croit en Allah et en son prophète… Ici , le rectangle bleu des porteurs de la parole évangélique de l’improbable messie araméen…Plus loin , l’étoile davidienne des adeptes de la Torah… Plus vers le centre, les bandes étroites multicolores des habitués du « Temple », découpées selon l’appellation d’origine incontrôlée : protestant, évangélique, solaire, scientologue… Il en est, sans doute, d’autres. Dans le fond, à droite, la pagode miniature safranée des quelques bouddhistes recensés, en espérant qu’ils accepteront de l’ouvrir aux taoïstes récemment convertis ou aux confucianistes de fraîche obédience… Et , sur la gauche (bien entendu…), mais à l’écart et vers l’extérieur, le cercle rouge des penseurs libres et athées de tous bords qu’une large allée de cyprées ( en Provence) devra éloigner des défunts fidèles aux multiples divinités adorées par les vivants, par crainte de contamination idéologique posthume…

Plaisanterie mise à part, cette régression politique, historique, humaine nous replonge dans les méandres nauséabonds des temps sanglants des guerres religieuses où les charognards se repaissaient des dépouilles des « infidèles », « mécréants », « apostats », et autres hérétiques, étant entendu que chacun était, tour à tour, l’hérétique de l’autre…

Plaisanterie mise à part, ce retour de la règle religieuse – au lieu et place de la loi civile- dans l’organisation spatiale et règlementaire des cimetières – retour qui sous-tend la circulaire « mamienne » dont on devine qu’elle n’est qu’une première étape- nous renvoie aux temps moyenâgeux où l’espace de chacun est sa paroisse et le château auquel il est rattaché, la modernité ici se marquant par le rattachement de l’individu aux différents lieux de culte érigés en terre citoyenne et par sa soumission à une foi éternelle, distinctive, par-delà sa mort et son dépérissement…

Plaisanterie mise à part, cette réorganisation potentielle des lieux communs de nos sépultures individuelles vérifie – mais c’est sans le vouloir – combien les religions sont des structures de séparation, de discrimination, d’exclusion, puisque l’on nous dit que ce sont ceux qui les ont embrassées qui demandent cette distinction post-mortem, voulant très précisément marquer par cela leur différence et leur refus des « autres ». Le mot « religion » n’a jamais eu pour racine latine le verbe « religare » (qui signifie « relier ») : merci à ceux qui croient de nous le rappeler !

Séparer les Hommes dès leur naissance par des rites de soumission à la divinité… Séparer les Hommes dans le long fleuve impétueux de leur vie par des pratiques distinctives, discriminantes, appuyées sur l’aléatoire de la « révélation » et de la foi…Séparer les Hommes après leur mort et leur retour « à la poussière » par des distinctions spatiales qui se veulent éternelles…

Cela fait froid dans le dos !

Et ce froid me rappelle à ma courte condition d’Homme, à ma propre finitude… Aussi ne puis-je clore ce billet pessimiste sans y ajouter un codicille à l’imitation de mon maître Georges , dont je ne copierai pas la supplique pour être enterré sur cette plage de Sète au sable si fin et où, comme lui, il y a bien longtemps, j’ai appris à nager …mais dont je m’inspirerai pour demander à ceux qui me survivront de faire incinérer ma dépouille inerte et de placer l’urne récipiendaire dans mon jardin, au pied du mimosa qui le colore, où, faute de faire du pédalo sur la vague en rêvant, je serai seul , libre… et parfumé !

Empédoclatès

« du bon usage de la raison »

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