Paul Landau, écrivain : analyser l’itinéraire des convertis à l’islam radical

Publié le 21 octobre 2008 - par - 1 341 vues
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Riposte Laïque : Paul Landau, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ? Qu’est-ce qui motive votre intérêt personnel pour l’islamisme ?

Paul Landau : Je suis né aux Etats-Unis, j’ai grandi en France et je vis actuellement en Israël. Je me suis intéressé à l’islamisme après le 11 septembre 2001. J’ai voulu comprendre la genèse du phénomène Al-Qaida, ce qui m’a conduit à étudier le mouvement des Frères musulmans, leur histoire, leur stratégie et leur implantation en Europe, thème de mon premier livre.

RL : Votre premier ouvrage s’appelait Le Sabre et le Coran – Tariq Ramadan et les Frères musulmans à la conquête de l’Europe, et le second s’intitule Pour Allah jusqu’à la mort – Enquête sur les convertis à l’islam radical (http://www.ripostelaique.com/Pour-Allah-jusqu-a-la-mort-de-Paul.html).
Vous prêtez donc une dimension essentiellement guerrière et mortifère à l’islamisme ?

P. Landau : Mon premier livre envisageait l’islamisme principalement sous l’angle de la « da’wa », c’est-à-dire la propagande et la propagation de l’islam par des moyens pacifiques en général (prosélytisme, médias, Internet…). Mais je montrais que ces moyens pacifiques étaient complémentaires des moyens de conquête guerriers : il s’agit en effet de deux armes complémentaires pour les mouvements islamistes, dont certains recourent principalement au djihad, tandis que d’autres préfèrent la da’wa. Mais tous partagent le même objectif de conquête de l’Occident et de prise du pouvoir dans les pays musulmans.

C’est pourquoi leur opposition est purement tactique : le cheikh Qaradawi, par exemple, est un ardent promoteur de la da’wa, notamment par le biais d’Internet auquel il a consacré des moyens financiers importants. Mais cela ne l’empêche nullement d’approuver les attentats-suicides commis contre des civils israéliens – y compris par des femmes kamikazes – comme il l’a affirmé dans des fatwas très diffusées dans le monde musulman.

Plus près de nous, Tariq Ramadan est lui aussi un partisan de la conquête de l’Occident par des moyens « pacifiques », ce qui ne l’empêche pas d’avoir une attitude très ambiguë à l’égard des attentats du 11 septembre, qu’il condamne du bout des lèvres et uniquement lorsqu’il s’adresse à un public occidental…

RL : Dans Pour Allah jusqu’à la mort, il n’est plus question de « musulmans de souche », puisque votre livre évoque principalement les convertis occidentaux à l’islam radical. Ces convertis sont-ils en général plus radicaux que les musulmans de souche ? Y a-t-il des différences de conviction ou de comportement entre les islamistes d’origine musulmane et ceux qui sont des convertis ?

P. Landau : C’est une des questions auxquelles je tente de répondre dans ce livre. Je me suis intéressé au phénomène des conversions à l’islam en général, et des conversions à l’islam radical en particulier. Ce phénomène touche presque tous les grands pays occidentaux (Etats-Unis, France, Angleterre, Allemagne…) mais il n’avait jusqu’à présent fait l’objet d’aucune étude. J’analyse les itinéraires de ces convertis, jeunes Occidentaux qui deviennent des musulmans fanatiques, prêts à tuer et à mourir au nom d’une conception très radicale de l’islam.
Effectivement, on constate que ces convertis sont souvent plus extrémistes dans leurs convictions que les musulmans de souche. Les cas les plus frappants sont celui de Muriel Degauque, la première femme kamikaze européenne, et celui d’Adam Gadahn, jeune Américain né en Californie, devenu le porte-parole d’Al-Qaida.

RL : Dans votre livre, vous décrivez de nombreux itinéraires personnels. Ces convertis sont-ils des « autodidactes » de l’islamisme, ou ont-ils eu la malchance de croiser la route de prêcheurs intégristes ?

P. Landau : Pour décrire leur parcours, j’emploie le concept de « double conversion » : dans un premier temps, ils deviennent musulmans, comme beaucoup d’Occidentaux qui trouvent dans l’islam des réponses spirituelles, et aussi une communauté (la fameuse « Oumma »). La majorité des convertis occidentaux à l’islam en restent là. Mais pour une minorité d’entre eux, cela ne suffit pas : ils deviennent ensuite des islamistes radicaux et des djihadistes.

En général, la première étape de cette double conversion est la conséquence de rencontres avec des amis ou des collègues de travail musulmans, chose très banale en Occident aujourd’hui, où l’islam n’est plus du tout exotique, mais est au contraire devenu la religion dominante dans de nombreux quartiers… On trouve aussi des convertis « autodidactes », qui découvrent l’islam sur des forums Internet, comme ce fut le cas pour Adam Gadahn, l’Américain d’Al-Qaida.

La deuxième étape, qui les conduit de l’islam à l’islamisme radical et au djihad, est par contre le fruit d’une « prise en main » par des recruteurs, ou par des militants islamistes, croisés le plus souvent dans des mosquées, comme celle du Londonistan où se sont convertis les frères David et Jérôme Courtailler (surnommés les « Gaulois d’Al-Qaida »).

RL : Ces convertis proviennent-ils plutôt de milieux modestes ou de la bourgeoisie ? Par ailleurs, y a-t-il dans ces conversions à l’islam radical une part de déni de soi et de fragilité psychologique ?

P. Landau : Sociologiquement, leurs familles sont plutôt modestes dans le cas des convertis français et belges (Lionel Dumont, Muriel Degauque), alors que les convertis allemands et américains sont quant à eux issus de la « bourgeoisie libérale », ce qui montre qu’il n’y a pas de déterminisme social.

L’étude de leur profil psychologique se rattache à une vaste littérature spécialisée, qui traite des convertis aux nouvelles religions ou mouvements sectaires, et aussi des membres des organisations terroristes. Pour résumer, on peut dire qu’il n’existe pas de profil psychologique, même si l’on constate des tendances récurrentes, comme le passage par la drogue, à laquelle l’islam permet d’échapper, constituant ainsi aux yeux des convertis une forme de « rédemption ». L’islam est également vécu par beaucoup de convertis – y compris ceux à l’islam radical – comme un code moral et une religion « totale », qui leur apporte des réponses et leur permet de structurer leur existence.

RL : Des psychologues israéliens ont tenté de dresser le portrait-robot des candidats aux attentats-suicides. Y sont-ils arrivés ?

P. Landau : Non, pas vraiment. Je cite les résultats de plusieurs études, montrant que les terroristes kamikazes palestiniens sont issus de toutes les classes sociales, et que leurs motivations sont complexes et variées. C’est notamment le cas des femmes kamikazes, qui sont motivées par une volonté d’échapper au destin de la femme musulmane, tout en demeurant soumises à des codes sociaux très prégnants… Certaines sont ainsi devenues kamikazes après avoir été soupçonnées d’adultère, pour ne pas mettre en danger « l’honneur » de leur famille… Le Hamas et les autres organisations terroristes ont utilisé très cyniquement ces motivations pour recruter des femmes kamikazes, avec l’encouragement du cheikh Qaradawi que j’évoquais tout à l’heure.

RL : Combien y a-t-il de convertis radicaux en France ?

P. Landau : Le nombre des convertis à l’islam radical est difficile à évaluer, tout comme celui des convertis en général. On estime qu’il y aurait plusieurs centaines de convertis à l’islam radical en France, voire quelques milliers. Une chose est certaine : ce phénomène est en expansion, surtout depuis les attentats du 11 septembre, qui ont galvanisé les esprits et accéléré le rythme des conversions en Occident.

RL : Outre la lutte judiciaire et policière contre l’islamisme, que peuvent faire les gouvernements occidentaux pour endiguer le phénomène des conversions à l’islam radical ?

P. Landau : De manière générale, la lutte contre l’islamisme suppose que soient réunis trois éléments indispensables : des outils juridiques, une volonté politique et une vision stratégique. Dans le cas de la France et d’autres pays européens, l’appareil juridique existe, mais la volonté politique et la vision stratégique font souvent défaut. J’illustre cette carence politique par l’exemple du cheikh Qaradawi, qui demeure persona grata en Europe, et par celui du financement du Hamas par des associations implantées dans de nombreux pays, et notamment en France (CBSP).

RL : Pensez-vous, à l’instar de Mohammed Sifaoui et d’Eric Denécé, qu’on doive combattre l’islam radical sur le plan idéologique ? Et comment ? Faut-il seulement dénoncer les versets coraniques et les hadith inacceptables, ou réaffirmer les idéaux humanistes et progressistes du monde occidental ?

P. Landau : Je partage le diagnostic de Sifaoui et d’autres chercheurs et écrivains. Le combat idéologique est un front essentiel, sur lequel les musulmans modérés sont en première ligne. Car le phénomène des conversions à l’islam radical (et aussi, de manière différente, celui des conversions à l’islam en général) témoigne d’une crise profonde de l’Occident. Pour y remédier, il faut certainement réaffirmer les idéaux humanistes et progressistes qui constituent le socle commun sur lequel s’est édifiée notre civilisation, dont les deux piliers sont Athènes et Jérusalem. Ce combat doit réunir tous ceux qui s’opposent à l’islamisme conquérant, indépendamment de leurs divergences culturelles ou politiques.

Il faut bien entendu dénoncer certains versets du Coran ou hadith et l’usage qui en est fait (comme par exemple le hadith sur le « combat contre les Juifs », repris par le Hamas dans l’article 7 de sa Charte). Mais il faut également lutter pour la défense des acquis essentiels de notre civilisation, aujourd’hui remis en cause par l’islamisme militant : laïcité de l’espace public, liberté de penser, d’opinion, d’expression, égalité des sexes, et autres droits fondamentaux qui sont progressivement grignotés en Occident, en conséquence de l’offensive islamiste et aussi d’une certaine lâcheté occidentale – attitude que Bat Ye’or qualifie fort justement de dhimmitude – dont les conversions à l’islam radical sont aussi une des manifestations.

Propos recueillis par Roger Heurtebise

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