Penser le Coran ?

Publié le 23 février 2009 - par - 966 vues
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Je viens de lire avec un peu de retard, la critique de « penser le Coran » parue dans libé du 7-8 février. Ce que j’ai trouvé intéressant c’est la mise en évidence, comme le fait régulièrement Pascal Hilout, l’un des collaborateurs de RL, du problème particulier que pose l’islam et non pas seulement l’islamisme.

A la question des journalistes : « En quoi le Coran est-il différent de la Bible, du Talmud, des Evangiles ? » l’auteur du livre Mahmoud Hussein (en fait il s’agit d’un pseudonyme commun de Bahgat Elnadi et Adel Rifaat) répond : « les livres divins qui ont précédé le Coran expriment la parole de Dieu telle que l’ont rapportée les prophètes dans leurs propres termes. Le Coran se présente comme la parole même de Dieu, révélée à Muhammad et à laquelle ce dernier n’ajoute ni ne retranche rien » et d’ajouter  » Muhammad ne la confondait jamais avec sa pensée à lui. Il n’a cessé de le répéter aux siens, la parole de Dieu est sacrée, ses propos à lui ne le sont pas ».

On voit là tout la difficulté à laquelle on est confronté pour la partie du texte censée être non interprétable alors qu’elle doit servir de base à la loi, y compris aujourd’hui…

Cette difficulté n’aurait pas échappé à des penseurs de l’époque : « Dès la mort du prophète, dès les premières lectures du Coran, on voit apparaitre une opposition, d’abord hésitante puis de plus en plus précise (entre les littéralistes et les rationalistes) ». La force des rationalistes est d’avoir su mettre en évidence que la parole de Dieu est relative au contexte dans lequel elle s’est exprimée, cela explique les contradictions observables apparentes observables dans le texte tel qu’il existe. Et cela justifie que, quand le contexte change, l’interprétation puisse aussi évoluer.

Le point faible des rationalistes c’est que de l’épreuve de force entre raison et tradition qui se joue alors, c’est le deuxième courant qui « s’affirme et se pérennise à partir du Xe siècle, alors que le monde musulman se divise en trois centres rivaux, qu’il est agressé à l’est par les Croisés et à l’ouest par la Reconquista espagnole. Il tend à se recroqueviller sur lui-même et sa pensée à se scléroser ».

A la question des journalistes  » y a-t-il eu des moments où l’étau littéraliste s’est desserré dans le monde musulman ?», les auteurs répondent  » au cours du XXe siècle, en particulier dans le cadre le cadre des mouvements de libération nationale des pays musulmans. Là la question s’est posée partout : comment faire face à l’Occident ? En restant dans le cadre d’un discours religieux ou en adoptant un discours moderniste et séculier de l’Occident et en s’efforçant de l’adapter aux contextes nationaux ? Le discours du modernisme séculier l’a emporté dans la plupart des pays. C’est l’époque des Nasser, Boumedienne, Bourbigua, Soekarno…. On ne pratique plus les sanctions corporelles prévues dans la charia, les femmes obtiennent le droit de vote, … »

Et pourquoi « ce retour au tout religieux? ». L’explication serait dans les attentes déçues de ceux qui s’attendaient non seulement à la libération des peuples mais aussi des individus » échec rendu particulièrement dramatique par l’impuissance des dirigeants musulmans à soutenir efficcement le peuple palestinien « et d’ajouter » l’Arabie Saoudite, un moment isolée, a retrouvé une nouvelle prééminence. Et avec elle s’étend un littéralisme agressif ».

Je conseille la lecture de cet article signé Marc Semo et Béatrice Vallaeys. Qu’ils me pardonnent si je les ai surtout paraphrasé mais leur article («qui a lu le Coran») vaut vraiment le détour et me donne envie de lire le livre « Penser le Coran ».

Ces réflexions m’ont remis en mémoire les deux tomes d’un livre intitulé « The Woman’s Bible » écrits dans les années 1895 par une des grandes figures du féminisme aux Etats-Unis, Elizabeth Cady Stanton, à un moment où la Bible faisait office de référence ( certes c’est encore le cas mais à l’époque c’était bien pire !). Notre suffragette se permit de remettre en cause tout ce qui ne collait pas avec la notion d’égalité entre les hommes et les femmes. Son travail fût qualifié de blasphématoire, d’immoral et d’obsène « par ceux pour qui la Bible était la parole directe de Dieu »( extrait de « not for ourselves alone » Ward et Burns Ed A. Knopf, NY).

Ceux qui croyaient que la Bible était la parole directe de Dieu… eh bien cela sont des intégristes ! L’ennui si je comprends bien «penser le Coran» c’est que les littéralistes du Coran ne sont pas considérés comme des intégristes du fait de cette fameuse descente directe de la parole de Dieu dans le Coran.

Mais je pense qu’il faut rendre hommage à ceux qui ont osé soutenir la thèse que c’était possible de faire autrement, encore que, personnellement je pense que ce chemin là est trop semé d’embûches et que le mieux c’est de laisser les religieux à leurs chères études et d’opter pour la laïcité pure et dure.

Annie Sugier

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