Perpignan : chasse aux blancs, agressions et violence gratuites

Publié le 2 août 2010 - par - 5 007 vues
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Le climat ne cesse de se détériorer à Perpignan où le centre ville est rendu à n’importe quelle heure de la journée ou de la nuit à des actes de prédation dont personne n’est à l’abri. Depuis le début de l’année 2009 les agressions se multiplient à un rythme débridé, par des personnes visiblement décomplexées, perpétrant leurs méfaits dans des lieux publics très fréquentés, aux abords des zones piétonnes commerçantes comme le Quai Vauban, et cela au vu des passants médusés.

C’est dans ce contexte que s’est organisé l’année dernière sur Facebook un collectif d’étudiants perpignanais issus du lycée Arago – « groupe contre les agressions à la Fnac de Perpignan ! » (1) -, exaspérés et impuissants devant le manque de réaction des pouvoirs publics, victimes d’agressions en rafale pour les motifs les plus futiles, comme une cigarette – agressions finissant invariablement de la même manière, sous les coups et les humiliations les plus diverses -, dépossédés de leurs biens. De véritables chasses à l’homme ponctuelles et préméditées, qui étaient articulées au tour des mêmes horaires, à savoir les mercredis après-midi ainsi que les samedis.

C’est ainsi que le centre de Perpignan est devenu subitement un lieu de prédation, qui avait particulièrement pour cadre une des plus grande place de la ville, la place Catalogne, au centre de laquelle se situe la Fnac. C’est à cet endroit que régulièrement des bandes mobiles de jeunes se donnaient rendez-vous, assiégeant littéralement le lieu, tant et si bien qu’il était impossible aux étudiants s’y rendant pour y faire leurs achats de contourner les mailles du filet qui leur était tendu.

C’est sur l’initiative de ce collectif d’étudiants et à leur intention d’organiser un rassemblement pacifique devant la Fnac contre les violences, que la presse locale s’empara enfin du sujet (2), le relaya aux autorités de la ville, et qu’il fut décidé de sécuriser les endroits pris pour cibles avec un déploiement policier conséquent.

Or, bien que le secteur de la Fnac soit maintenant placé sous surveillance policière, et que la place Catalogne ne soit plus le théâtre d’une arène romaine livrée aux lions, le contexte du centre ville n’en demeure pas moins délétère. Les agressions gratuites ou crapuleuses non seulement n’ont pas cessé, mais révèlent d’un caractère beaucoup plus inquiétant quant à la nature des invectives verbales que les groupes de jeunes accompagnés de filles doivent subir. Ces dernières sont régulièrement affublées trivialement de l’attribut qualifiant le plus vieux métier du monde, accompagné de menaces d’ordre plus communautaristes à connotation prosélyte comme : « On va voiler vos filles ! »

Communautariste comme l’agression de Myriam P. assaillit chez elle, réfugiée dans les toilettes avec son enfant en bas âge, tandis que le mur du couloir extérieur se fissurait sous les coups de boutoirs d’une quinzaine de jeunes criant « on va vous crever sales Céfrans ! » avant d’être sauvée in extremis par l’intervention de la BAC. (3)

Véritable spirale de la violence que rien ne semble arrêter, s’enchaînant à un rythme effréné, comme si dans ce pays il n’y avait plus de lois, plus d’Etat, rien qui semble être en mesure de protéger les libertés individuelles et le droit à la sécurité le plus élémentaire.

Katy et Thierry qui étaient intervenus afin de défendre deux enfants à qui l’ont tenu un véritable guet-apens, se sont vus frapper à coups de barres de fer et de poings américains, par des jeunes qui les connaissent pourtant très bien. « Pendant que nous déposions plainte, certains jeunes étaient déjà à nos fenêtres, salissant d’insultes notre fille de 10 ans qui n’arrivait plus à dormir et qui attendait notre retour… la menaçant : On va t’attraper ! Depuis, elle fait des cauchemars !… Nos voisins eux-mêmes nous demandent d’en finir avec cette histoire qui empoisonne la vie de l’immeuble. Boîte à lettres fracassée, courrier volé, je suis aujourd’hui obligée de convenir de rendez-vous avec la postière pour récupérer mes lettres ! Intimidation, menaces, comment, dans ces conditions, rester plus longtemps ? »

Le constat est éloquent et les conclusions s’imposent comme des évidences tellement les motifs crapuleux ne sauraient justifier à eux seuls la cruauté et le cynisme avec lesquels les coups sont portés dans l’intention de faire le plus de mal possible.

« Longtemps, la France a été une terre d’asile. Aujourd’hui, c’est à notre tour de nous réfugier, parce que c’est trop tard et que la situation nous a échappé », ajoute Katy.

Dans un autre registre, devant le lycée Notre-Dame de Bon Secours, trois individus sont sortis de leur voiture afin d’en tabasser un autre, identifié d’après eux comme « facho » sous le prétexte qu’il portait des rangers aux pieds. Ajoutons à ce contexte, la série d’agressions homophobes et crapuleuses, perpétrés dans la région de Perpignan par trois jeunes entre 17 et 18 ans, contactant leurs victimes depuis internet, véritable traquenard qui leur a valu d’être mis en examen pour extorsion à raison de l’orientation sexuelle (4). Ou encore la semaine dernière, un jeune agent immobilier de 25 ans, agressé en enlevé devant chez par trois hommes qui l’ont emmené de force dans leur voiture (5).

Le maire de Perpignan Jean-Marc Pujol (successeur de Jean-Paul Alduy) ne peut que faire le constat suivant après une énième agression qui a coûté la vie à un octogénaire :
« Je suis très préoccupé, c’est sans arrêt. Des personnes rossées pour un rien, d’autres agressées parce qu’elles ne pouvaient pas dormir, certaines agressées à leur domicile et obligées de quitter la ville… Ce sentiment d’impunité et d’insécurité prend le pas sur notre vie en société. Il n’y a qu’à voir les magasins qui vendent des bombes lacrymogènes et des matraques électriques qui sont littéralement dévalisées par des particuliers. C’est inacceptable. »

Et il poursuit au sujet des réponses à apporter, ne reflétant pas l’optimisme et ne démontrant pas qu’on maîtrise un tant soi peu le phénomène : « D’autre part, il serait malhonnête de dire que nous en avons une. Il n’y a qu’une seule réponse, celle, démocratique, de la République. Et c’est compliqué. » (6)

Nous avons donc là un état des lieux pour la simple ville de Perpignan, moins de 120.000 habitants, des cas les plus exemplaires et significatifs depuis un peu plus d’un an. Car comme le dit Monsieur le maire Jean-Marc Pujol : « La réponse policière comme municipale est limitée. On oublie que certaines personnes ont peur d’aller déposer plainte par peur des représailles. »

Je dis bien « la simple ville de Perpignan » car tous ces faits divers arrivent de toutes parts, dans toutes villes et dans toute la France, au moins une fois par semaine voire bien plus, avec des gens laissés pour morts, ou carrément morts, ou avec des séquelles qu’ils porteront toute leur vie.

Jaime HORTA

(1) http://www.facebook.com/group.php?gid=116677812059

(2) agressions-la-securite-sera-renforcee-place-de-catalogne-63927.php

(3) Interview-de-Myriam-Picard.html et http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2010/07/31/01016-20100731ARTFIG00004-insecurite-c-etait-intenable-nous-sommes-partis.php

(4) agressions-homophobes-en-serie-30-04-2010-905516.php

(5) trois-hommes-se-jettent-sur-lui-et-l-enlevent-pour-le-depouiller-189361.php

(6) agressions-menaces-le-maire-de-perpignan-tres-preoccupe-212130.php

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