Philippe Séguin, un grand homme d’Etat à contre-courant de la bien-pensance

Publié le 8 janvier 2010 - par

Philippe Séguin est brutalement mort d’une crise cardiaque dans la nuit du 7 janvier 2010.

Dès que la nouvelle de son décès a été annoncée, le concert d’hommages convenus de politiciens de droite et de gauche a commencé. Mais oseront-ils dire combien Philippe Séguin a été un gaulliste social, bien éloigné de leur bling-bling libéral ou de leur boboïsme conformiste ?

Je ne ferai ni éloge funèbre, ni longue biographie du personnage (fonction publique, mandats électifs, postes ministériels), les médias s’en chargeront. Mais je me contenterai de rappeler quelques faits qui montrent la haute idée qu’avait Philippe Séguin de la France et de la mission d’un homme politique.

En 1981, il prend position contre la peine de mort par un superbe discours à l’Assemblée Nationale, et à l’opposé de la majorité de son camp politique.

Son plus haut fait d’arme date de 1992, où il brave le politiquement correct et l’air du temps en s’engageant pour le « non » au traité de Maastricht. Il montre ainsi une fidélité au gaullisme et au rôle de l’Etat dans le domaine social, dans la droite ligne du Conseil National de la Résistance issu de la seconde guerre mondiale. Pour lui, ce traité représentait non seulement un danger pour l’indépendance de notre Nation voire pour son statut républicain, mais également une dérive libérale et mondialiste.

Ecoutons un extrait de son discours, le 5 mai 1992 à l’Assemblée Nationale : « L’Europe qu’on nous propose n’est ni libre, ni juste, ni efficace. Elle enterre la conception de la souveraineté nationale et les grands principes issus de la Révolution. 1992 est littéralement l’anti-1789. Beau cadeau d’anniversaire que nous font les pharisiens du bicentenaire pour les 200 ans de cette République qu’ils encensent dans leurs discours et risquent de ruiner par leurs actes. »

On peut écouter ce discours en entier sur internet (http://www.assemblee-nationale.fr/connaissance/revision5-seguin.asp) : je vous le conseille vivement, malgré la longueur. On constatera non seulement la sincérité de Philippe Séguin, mais également ses qualités de visionnaire : on pourrait écrire le même discours dix ans après ! L’avenir lui a effectivement donné raison. Les Français aussi, en refusant bien plus tard par référendum le traité de Constitution Européenne, refus annulé par un gouvernement sarkozyste et des députés trahissant leur propre peuple.

En 1993, Philippe Séguin devient président de l’Assemblée Nationale. Ce mandat lui donne l’occasion de défendre ardemment l’autonomie du législatif par rapport à l’exécutif de l’époque. Philippe Séguin dirigera les débats avec dignité et égard pour tous, en respectant scrupuleusement la neutralité de sa fonction présidentielle. Rien à voir avec un député godillot comme on en connaît aujourd’hui, jusqu’au perchoir du Palais Bourbon.

En 1997, après l’échec de la droite aux législatives, il prend la tête d’un RPR désappointé. Il rénove les statuts du parti, en mettant en place en particulier l’élection directe du président par les militants. Il oriente le RPR vers un projet à la fois libéral et social. Mais les manœuvres chiraquiennes, ainsi que sa position personnelle sur la monnaie unique et la construction européenne, lui feront renoncer à ce poste en 1999. Jacques Chirac ne lui pardonnera pas et sabotera sa campagne aux municipales parisiennes, faisant ainsi élire le socialiste Bertrand Delanoë.

En 2002, le nouveau président de la République, Jacques Chirac, transforme le RPR en UMP, dans le but de le mettre à sa botte. Philippe Séguin voit ainsi sa réforme sabotée et décide de démissionner du Conseil de Paris et de refuser d’adhérer à la nouvelle UMP.

Il réintègre alors la Cour des Comptes. Il connaît bien la maison, puisqu’il y a occupé différentes fonctions épisodiques depuis… 1970. La Cour des Comptes est loin d’être un placard doré, surtout pour une personnalité de caractère comme Philippe Seguin. En effet, éplucher les comptes publics, c’est souvent dénoncer les erreurs ou les gabegies de l’Etat et des collectivités locales, donc des collègues politiques.

Il deviendra premier président de la Cour des Comptes en 2004 et y restera jusqu’à sa mort, refusant les postes ministériels que lui propose Nicolas Sarkozy en 2007. Et sous la présidence, la Cour des Comptes rend de nombreux rapports sans pitié pour les politiciens de droite comme de gauche, rendant ainsi sa légitimité et son efficacité à l’établissement public.

Que l’on soit d’accord ou non avec ses idées, exprimées parfois avec fougue mais toujours avec conviction, force est de reconnaître que Philippe Séguin a été un homme d’Etat remarquablement constant, et un homme politique bien souvent politiquement incorrect et en rupture avec ses collègues bien-pensants.

Avec Philippe Séguin, c’est un pan du gaullisme républicain et social qui disparaît. Espérons qu’à droite, d’autres relèveront le gant très rapidement.

Roger Heurtebise

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