Pierre Péan à son tour suspecté d’être un nostalgique des années 30-40 !

Publié le 6 février 2009 - par - 468 vues
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1922 : Benito Mussolini prend le pouvoir en Italie. 1924 : construction de la première autoroute qui relie Milan à Varèse. A tout seigneur tout honneur : en France, on utilisera longtemps le mot « autostrade » dérivé de l’italien « autostrada » au lieu de son équivalent français « autoroute ».

1933 : Adolf Hitler prend le pouvoir en Allemagne. Il se lance immédiatement dans une concurrence routière contre son rival transalpin : l’autostrade devient Autobahn. A la fin de la seconde guerre mondiale, l’Allemagne dispose de 5000 km d’autoroutes.

La première autoroute française n’ouvrira qu’en 1946, couvrant 20 kilomètres entre Saint-Cloud et Orgeval. 20 ans plus tard, la France n’aura que 1000 kilomètres d’autoroutes.

Vous l’aurez donc tous compris : l’autoroute est viscéralement fasciste, nationaliste, nazillone et antisémite. Plus jamais vous ne prendrez l’A7 sans une grosse boule dans la gorge. Et si d’aventure vous empruntez la via mussolinia à quatre voies au bord du lac Majeur, ne le dites pas à vos copains du Mrap et de SOS Racisme.

19 avril 2003 : Jean-Marie Le Pen donne une interview au journal « Le Monde » où il déclare : « Le jour où nous aurons en France, non plus 5 millions mais 25 millions de musulmans, ce sont eux qui commanderont. (…) Et les Français raseront les murs, descendront des trottoirs en baissant les yeux. Quand ils ne le font pas, on leur dit: « qu’est-ce que tu as à me regarder comme ça, tu cherches la bagarre ? ». Et vous n’avez plus qu’à filer, sinon vous prenez une trempe. » Il réitère ces propos quelques mois plus tard dans l’hebdomadaire d’extrême droite Rivarol : « D’autant que quand je dis qu’avec 25 millions de musulmans chez nous, les Français raseront les murs, des gens dans la salle me disaient, non sans raison : Mais M. Le Pen, c’est déjà le cas maintenant. »

Il s’en est suivi des plaintes devant les tribunaux par la Ligue des Droits de l’Homme et la Licra, et une procédure judiciaire à rallonges qui ne s’est terminée que six ans plus tard : la cour de cassation rejette les pourvois de Jean-Marie Le Pen, qui reste donc condamné à 10.000 euros d’amende, et des dommages et intérêts aux parties civiles.

5 décembre 2006, journal télévisé de TF1 à 20 heures. Laetitia, une jeune fille d’une cité « dite sensible » (selon Patrick Poivre d’Arvor), déclare être régulièrement insultée et prise à partie par « des jeunes en survet ». Elle déclare : « J’ai peur d’être une victime d’une tournante. Je suis une proie facile : je suis Française. J’aurais aimé être maghrébine et avoir un grand frère. J’aurais du respect. » (1). On apprend que dans ces cités, le voile islamique sert à protéger les jeunes filles « du regard de certains jeunes ».

On aura compris que Lætitia « rase les murs ». Elle n’est pas la seule, puisque ses amies maghrébines ou africaines des Minguettes à Vénissieux sont obligées de se voiler ou de s’habiller d’une manière masculine pour ne pas subir de violences verbales ou physiques. Contrairement à Jean-Marie Le Pen, Lætitia ne sera pas inculpée pour « provocation à la haine raciale » bien qu’elle semble dire qu’elle ne serait pas victime si elle était « maghrébine ».

En appel, le tribunal jugeait ainsi le leader du Front National : « Son propos instille dans l’esprit du public la conviction que la sécurité des Français passe par le rejet des musulmans et que l’inquiétude et la peur, liées à leur présence croissante en France, cesseront si leur nombre décroît et s’ils disparaissent ». Jean-Marie Le Pen aurait-il « instillé » quoi que ce soit dans l’esprit de Lætitia et de ses amies d’origine musulmane ? Faut-il un Front National pour avoir la « conviction » que plus il y a de musulmans quelque part, plus il y a de radicaux machistes qui interprètent à la lettre le Coran et Mahomet ? Il n’y a pourtant pas de Jean-Marie Le Pen qui ose afficher une quelconque « islamophobie » au Soudan ou en Iran, où règne la charia sexiste et violente. Il n’y a pas de Jean-Marie Le Pen en Arabie Saoudite où l’on fait la chasse aux chrétiens et aux Lætitia. Il n’y a pas de Jean-Marie Le Pen sur les télés satellitaires arabes où Al Quardawi, gourou des Frères Musulmans et de l’UOIF, explique que les musulmans doivent finir le « châtiment » d’Hitler voulu par Allah sur les Juifs (2).

Hitler persécutait les Juifs. Mussolini était un fasciste. Pourtant personne ne leur reproche leurs autoroutes. Jean-Marie Le Pen a multiplié les dérapages sur la Shoah. Et on lui reproche son « islamophobie ». C’est bien pratique, puisque ça permet de faire taire quiconque dénonce les excès de l’islam. Le Pen l’a dit, donc si vous le dites aussi, vous êtes un raciste ! Par ses propos inacceptables, le président du Front National rend un grand service à l’« islamiquement correct » qui s’étend de Nicolas Sarkozy jusqu’à la LCR.

La méthode rhétorique est connue sous le nom de « déshonneur par association » : donner une mauvaise image à un adversaire en se concentrant sur des parties de ses dires ou de sa personnalité qui auraient des points communs avec une personnalité méprisée (3). En 1950, cette méthode fut actualisée sous l’expression faussement latine « reductio ad hitlerum » (la réduction à Hitler). Cette tactique polémique vise à exclure le contradicteur d’une discussion quelconque tout en évitant un débat argumenté. En 1990, Mike Godwin appliqua le déshonneur par association à l’internet naissant, et en particulier aux forums de discussion sur Usenet. Il exprima cela dans une phrase qui devint la « loi de Godwin » : « Plus une discussion sur Usenet dure longtemps, plus la probabilité d’y trouver une comparaison impliquant les nazis ou Hitler s’approche de 1 » (4). Le moment où arrive cet amalgame implicite ou explicite s’appelle « le point de Godwin ».

En France, la « reductio ad hitlerum » devient la « reductio ad lepenum » : quand on veut discréditer son adversaire, on le traite de « lepéniste ». C’est ainsi que procéda sur France O le sociologue Dominique Wolton face à Eric Zemmour qui expliquait que les Français fuyaient les cités ou les quartiers où ils ne sentaient plus chez eux : « Arrêtez, Le Pen, putain ! » (5).

Une variante de la « reductio ad hitlerum » est très naturellement l’amalgame avec l’antisémitisme. L’affaire Siné en est un bel exemple. On peut également signaler deux affaires récentes.

En février 2008, une vidéo est diffusée sur Internet dans le cadre de la campagne pour les élections municipales. On y voit une réunion électorale, à laquelle participe le journaliste Yves Stefanovitch, auteur d’un livre « Bertrand le Magnifique » qui critique la politique de l’actuel maire de Paris. Dans cette réunion, Yves Stefanovitch dénonce des subventions municipales à des organisations catholiques, juives, musulmanes et homosexuelles (6). Selon ce journaliste, l’équipe de Bertrand Delanoë abuse de libéralités communautaristes, et va jusqu’à financer des écoles privées et confessionnelles intégristes « loubavitch », afin de s’assurer « le vote juif ». Yves Stefanovitch ne reproche pas seulement à ces subventions leur caractère clientéliste, mais également le fait qu’elles soient contraires aux lois et principes républicains sur la laïcité.

Dès la diffusion de cette vidéo, une incroyable campagne de presse fut menée. Non pas contre Yves Stefanovitch, mais contre… Jean-Marie Cavada, alors candidat UMP à la mairie du 12ème arrondissement de Paris, qui assistait à la réunion électorale. Il lui est reproché sa « passivité » face à la déclaration d’Yves Stefanovitch considérée comme « antisémite ». Effectivement, Jean-Marie Cavada semble indifférent ces propos. Il prétendra ne pas les avoir entendues. Un an plus tard, la charge reprend de plus belle : des associations juives demandent au Nouveau Centre le retrait de la candidature Jean-Marie Cavada aux élections européennes (7).

Jean-Marie Cavada est ainsi accusé non pas d’avoir eu des propos antisémites, mais de n’avoir pas réagi à des propos que ses opposants qualifient d’antisémites, ou plus prudemment d’être de « connotation antisémite ». Avec de telles méthodes, on peut ainsi diaboliser quiconque critiquerait des subventions publiques à des cultes ou à des lobbies ! D’ailleurs, dans le même ordre d’idée, Christophe Girard adjoint à la culture de la mairie de Paris accuse les rédacteurs du site anti-Delanoë « Le Perroquet libéré » d’être « homophobes » parce qu’ils dénonçaient une subvention municipale à un festival de films lesbiens (8).

La même méthode de « reductio ad hitlerum » est utilisée contre Pierre Péan dans la polémique qui l’oppose à Bernard Kouchner à propos de son livre « Le Monde selon K. ». A L’Assemblée Nationale, le ministre des Affaires Etrangères répond à une question du député socialiste Jean Glavany qui lui demande de s’expliquer sur les accusations à son encontre proférées par Pierre Péan. Bernard Kouchner dément tout, puis ajoute : « Tout au long de ce livre, il y a des expressions très précises, qui ne sont pas là par hasard : elles m’accusent de personnifier la contre-idée de la France, c’est-à-dire l’anti-France, le cosmopolitisme. L’accusation de cosmopolitisme, en ces temps difficiles, ça ne vous rappelle rien ? Moi si. Et je vais vous le dire, cela dépasse largement ma personne. »

Bernard Koucher fait directement allusion à ce passage du livre, pages 276 et 277 : « Bernard, c’est bel et bien la haine du gaullisme et de la philosophie politique qu’il sous-tend : les valeurs de la Révolution française, de la Convention au Conseil national de la Résistance ; celles d’une indépendance nationale honnie au nom d’un cosmopolitisme anglo-saxon, droit-de-l’hommiste et néolibéral (…) Objet d’une telle détestation, notre pays ne mérite plus, du coup, d’avoir une diplomatie ni une défense autonomes et souveraines. D’après cette « contre-idée de la France », notre vieux pays peut fort bien se passer d’un ministère des Affaires étrangères fort et indépendant, puisqu’il s’agit de suivre fidèlement les grandes impulsions venues de Washington. »

« Ca ne vous rappelle rien ? » demandait Bernard Kouchner ? A ceux d’entre nous qui seraient obtus au point de ne voir dans ce passage qu’une critique du « droit-de-l’hommisme », du libéralisme et du mondialisme inféodé aux néoconservateurs américains et loin des idéaux gaullistes, le ministre précise sa pensée dans le Nouvel Obs : « Certains réseaux me détestent. Lesquels ? Certainement les nostalgiques des années 30 et 40 et tous les révisionnistes. »

« Nostalgiques des années 30 et 40 », c’est une allusion directe au nazisme ou aux nationalismes racistes de l’époque. Les « révisionnistes », c’est normalement ceux qui « révisent » cette période historique, mais par cette accusation, Bernard Kouchner fait un amalgame avec ceux, comme Pierre Péan, qui contestent sa version officielle du conflit rwandais. Pierre Péan fut d’ailleurs traîné en justice par SOS Racisme pour son livre « Noires fureurs, blancs menteurs. Rwanda, 1990-1994 ». A l’audience on le compara même à l’écrivain négationniste Robert Faurisson ! Pierre Péan fut relaxé par le tribunal (10), mais on continue à le traiter de « révisionniste » sur le drame du Rwanda.

On voit donc qu’on ne discute plus de qui a fait quoi dans le conflit rwandais ou de la véracité des accusations factuelles de Pierre Péan contre le ministre des Affaires Etrangères, mais qu’on diabolise l’auteur dans les deux cas, en le comparant d’une part aux racistes des années 30 et 40, et d’autres part à ceux qui nient les crimes de ceux-ci. C’est une totale « reductio ad hitlerum », un « point de Godwin » atteint en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. On oublie que Pierre Péan a dénoncé sans aucune complaisance le passé vichyste de François Mitterrand dans son livre « Une jeunesse française ». Exit aussi sa biographie du « Mystérieux Docteur Martin », personnage lié à la Cagoule et aux activistes de l’Algérie Française. Exit son ouvrage « L’Extrémiste » où il dénonce le néonazi suisse François Genoud, exécuteur testamentaire d’Hitler et financier de groupes islamistes terroristes. Exit son livre « La Diabolique de Caluire » qui étudie la dénonciation du grand résistant Jean Moulin. Exit le passage incriminé du pamphlet « Le Monde selon K. » qui se réfère aux valeurs de la Révolution française, à De Gaulle et au Conseil National de la Résistance, donc… tout le contraire des « nostalgiques des années 30 ou 40 » !

Qui emprunte avec mauvaise foi les autoroutes fascistes dans toutes ces polémiques ? Dans sa définition large, le fascisme renvoie à la « manifestation d’une autorité arbitraire, dictatoriale et violente ». Tous les régimes « fascistes » pratiquèrent la diabolisation et le « déshonneur par association » de toute personne considérée comme idéologiquement déviante. Nos talibans modernes et occidentaux ont bien retenu la leçon, en appliquant scrupuleusement un concept qu’ils ont inventé de toutes pièces, et qu’ils ont nommé « lepénisation des esprits ». Peu importe que vous pensiez juste ou faux, votre « esprit » est considéré comme « lepénisé » si vous n’obéissez pas au politiquement correct.

Hélas pour les policiers et les justiciers de la pensée, la machinerie Le Pen va bientôt prendre sa retraite après leur avoir tant servi, et le Front National est en déconfiture. Il est donc de plus en plus difficile d’imputer à l’extrême droite une emprise mentale sur les « esprits ». Tant mieux pour Lætitia, qui n’aura pas à changer de peau ou de religion ! Tant mieux pour sa copine noire qui n’aura pas à porter le voile ! Tant mieux pour tous les esprits libres qui n’auront plus à courber la tête !

Cyrano

(1) http://www.dailymotion.com/video/xrcqm_je-suis-une-proie-facile-car-franca

(2) http://www.pointdebasculecanada.ca/spip.php?article879

(3) http://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9shonneur_par_association

(4) http://groups.google.com/group/rec.arts.sf-lovers/msg/84426456ad1724f2

(5) http://www.youtube.com/watch?v=Mfw4dHcm2I0

(6) http://www.youtube.com/watch?v=aDNI_HhUI-A

(7) http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5jlnWP2GDnM7aA0qLD3x_u7mhsefA

(8) http://www.wmaker.net/leperroquetlibere/docs/Le_Nouvel_Observateur_Paris.pdf

(9) http://www.marianne2.fr/Pean-denonce-les-amalgames-de-Kouchner-et-du-Nouvel-Obs-_a174724.html

(10) http://www.rfi.fr/actufr/articles/107/article_74509.asp

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