Pitié pour le mal, de Bernard Tirtiaux

Publié le 26 mai 2009 - par - 3 646 vues
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Sans nier la barbarie des nazis mais sans confondre les SS et les soldats engagés dans ce conflit, l’auteur de ce roman nous livre une histoire originale où à la haine du « boche » succède l’amitié entre des jeunes wallons et des soldats allemands.

L’histoire se déroule fin août 1944 au moment où des colonnes d’allemands démobilisés rejoignent leur pays.
Alors que les deux jeunes héros, révoltés par l’attitude de l’occupant cherchent à récupérer un cheval prestigieux qui leur a été volé par une colonne allemande, ils découvrent peu à peu une humanité chez leurs ennemis .

On est loin du « chacun son boche » et du nationalisme chauvin sans borne qui s’est développé à cette période et peu après.
Comme l’écrit un vieux combattant peu après la guerre: « J’étais soldat allemand pendant la grande guerre et ma défaite fut une défaite de soldat. Aux yeux du Monde et de l’Histoire, la seconde guerre a fait de nous des bourreaux…

Combien de générations faudra t-il pour qu’on enlève à l’Allemand cette cagoule? Je préfère ne pas y penser? »
Cette période de fin de guerre a donné lieu à peu d’ouvrages, celui ci est original et nous apporte un éclairage particulier sur cette démobilisation du côté allemand… On y rencontre des soldats non attendus chez eux, certains se suicidant, d’autres perdant tout repère….
Certains vont se reconstruire peu à peu, d’autres vont difficilement digérer une guerre dont ils vont découvrir peu à peu toute l’horreur qui leur aura été masquée…Du côté belge- on est ici en Wallonie- des enfants et des adolescents ont été meurtris…comme Multien cet adolescent qui mûrira prématurément et qui pourra méditer après la lecture d’une lettre que lui adressera le vieux soldat allemand :
« l’heure est aujourd’hui à labourer….Tu sais l’affection que j’ai pour toi. Tu sais aussi l’espoir que je nourris de te sentir un jour apaisé et réceptif à l’amour sans réserve qui t’est prodigué. »

Quant au narrateur, frère de Multien, il a quitté après vingt cinq ans de piété soumise, sa communauté monastique pour enfin trouver la voie d’une réelle existence…mais arrêtons nous là pour ne pas dévoiler la fin…

Jean-François Chalot

« Pitié pour le mal »
roman de Bernard Tirtiaux
Collection le livre de poche
Editions JC Lattès
187 pages
juin 2008
5,5€

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