Plus il y a de bacheliers, plus les élèves font de fautes d’orthographe !

Publié le 2 février 2009 - par
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N’ayant jamais passé le bac (je me présente volontiers comme un bac – 3), je devrais me réjouir des résultats de l’an 2008. 83,3 % d’élèves reçus ! Record battu, je regarde les tableaux délivrés par l’Education nationale, et je constate que les statistiques sont excellentes : 64 % des élèves en âge de passer ce diplôme ont le bac (1). Quelle évolution depuis 1968 ! Que de progrès l

Et pourtant, des voix discordantes se font entendre, ici ou là…

Quels sont donc ces éternels grincheux, les Brighelli (2), Sauver les Lettres (3), Reconstruire l’école (4), ou la journaliste de Marianne Natacha Polony (5), qui viennent nous gâcher notre plaisir ?

Evidemment, Gérard Aschieri (6), le responsable de la FSU, principale centrale syndicale de l’Education nationale, essaie de nous rassurer en disant que l’école d’aujourd’hui, c’est l’école pour tous. Cela signifierait que les grincheux défendraient une école élitiste ?

Mais quand je lis, dans le Figaro, qui défend sans doute, lui aussi, une école élitiste, une enquête fort inquiétante(7), mes certitudes, déjà bien fragiles, s’effondrent.

Ce journal, forcément réactionnaire, ose écrire ce que je constate depuis des années, mais sans oser le dire, de peur de passer justement pour un réactionnaire !
Nos petites têtes blondes sont moins bonnes aujourd’hui qu’il y a 20 ans, que ce soit en calcul ou en orthographe.

Une enquête a été effectuée par quelque chose qui a l’air sérieux, la Direction de l’Evaluation et de la Prospective (DEEP). On y apprend qu’en sortant du primaire, 46 % d’élèves font plus de 15 fautes dans une dictée, contre 26 % il y a 20 ans !
En conjugaison, c’est aussi grave ! Ils ne sont plus que 63 % à savoir conjuguer le verbe tomber, contre 87 % il y a 20 ans !

Souvent, quand je commence à discuter de ces sujets avec une amie, principale de collège, elle me fait les gros yeux : je ferais partie de ces incurables nostalgiques qui racontent que l’école, c’était mieux avant !

Pourtant, je me souviens de mes parents, nés en 1926, qui ont quitté l’école à treize ans, avec le certificat d’études.
Ils ne faisaient pas une faute d’orthographe, connaissaient parfaitement toutes les règles de grammaire, conjuguaient parfaitement tous les verbes, à tous les temps, et savaient compter, excellant même dans le calcul mental. J’ajouterai qu’ils connaissaient par cœur tous les départements français, et le nom des préfectures.

Ayant quitté l’école en 1970, je me souviens également que je faisais très peu de fautes d’orthographe, en rentrant en sixième, et qu’à l’époque, quand on faisait 5 fautes dans une dictée, on avait zéro. Je n’ose imaginer celui qui en aurait fait, comme les 46 % d’élèves, aujourd’hui, 15 ou plus !

J’ai commencé à me rendre compte qu’il se passait des choses bizarres quand mes enfants sont allés à l’école.
L’institutrice de mon fils aîné m’a expliqué qu’apprendre que b et a cela faisait ba était abrutissant pour les enfants, et qu’une nouvelle méthode de lecture allait leur permettre d’apprendre plus agréablement, et plus efficacement, à lire.

Ne doutant pas de la compétence de tous ceux qui, ayant voulu faire la révolution quelques années plus tôt, entreprenaient de révolutionner l’école, j’attendis la suite. Je fus quand même surpris un jour, quand mon fils, au lieu de lire la phrase « Le chat monte à l’arbre », lut « Le bateau arrive au port ». L’enseignante me rassura en me disant que c’était tout-à-fait normal qu’il fasse ce genre de confusion.

Pourtant, je constatais que beaucoup de mes amis me disaient la même chose : les gamins font de plus en plus de fautes !
Ma dernière fille, aujourd’hui âgée de 22 ans, me disait son complexe devant son nombre de fautes d’orthographe : sur son dernier mail, envoyé à sa mère et à moi, nous avons compté, en 15 lignes, 18 fautes !

Ce matin, mon poissonnier, avec qui je discutais, me dit qu’il avait embauché, il y a quelques semaines, une demandeuse d’emploi, bac + 2. Il m’expliqua qu’elle était incapable de rendre la monnaie ! Certains diront, avec mépris, que je tombe dans le niveau « Café du commerce », mais je me souviens de mes parents, qui tenaient justement un commerce : je rendais la monnaie quand j’avais 8 ans, et sans problème.

Donc, j’ignore ce que les grosses têtes de l’Education nationale peuvent répondre à cela, si ce n’est les éternelles arguties, que les gamins sont aujourd’hui bien plus ouverts qu’avant, qu’ils sont imbattables en texto, sur Internet, en play station, ce dont je ne doute pas. Mais je n’arrive toujours pas à comprendre pourquoi ils sont aussi mauvais dans les matières principales, et surtout pourquoi ce naufrage n’émeut pas davantage les responsables de l’Education nationale, syndicalistes en tête.

Je crois, en fait, que je viens de répondre, d’une certaine façon, en parlant de « matières principales ». Hélas, l’orthographe a subi l’ire des « égalitaristes » : » l’orthographe c’est la science des ânes, elle est élitiste et discriminante pour les classes populaires car trop compliquée, ça ne sert à rien »… Pareil pour le calcul : « à l’ère des calculatrices, à quoi bon enquiquiner des enfants avec du calcul mental alors que l’essentiel c’est qu’ils se sentent bien en classe » ?

On a voulu, après 68, supprimer les « filières »; les « classes de niveaux ». Pourquoi pas. Mais comme cela ne suffisait pas, on a voulu, aussi, faire marcher chaque enfant du même pas, quels que soient ses talents, ses goûts, ses appétits, ses facilités ou difficultés… et on a voulu supprimer les difficultés, sans comprendre que l’on nivelait par le bas, l’on allait rendre l’ascenseur social, qui avait si bien marché malgré les filières, inopérant et permettre précisément ce que l’on voulait éviter, que la reproduction des élites ne soit plus qu’un phénomène de classe.

Je me souviens d’une amie italienne, arrivée en France à l’âge de 8 ans, aujourd’hui agrégée de français. Elle me disait qu’aujourd’hui, dans les mêmes conditions, elle n’aurait aucune chance, vu ce qu’est devenue l’école, de réussir de si brillantes études.

Je ne peux oublier le témoignage d’un ami, communiste iranien, qui me disait, vivant dans le 93, qu’il travaillait trois nuits par semaine pour payer des études à sa fille dans l’école privée. Il me disait : « Tu comprends, je veux vraiment qu’elle réussisse ! ».

Je me dis que les élites se moquent que les enfants d’ouvriers n’apprennent plus rien, à l’école. La seule chose qui les intéresse est de se reproduire, et que les 15 % nécessaires, souvent formés dans les écoles privées, puis dans les grandes écoles, soient au rendez-vous. Les autres…

Au fait, hasard ? Il y a de moins en moins de fils d’ouvriers dans les grandes écoles.

Mais j’espère qu’en 2009, il y aura 90 % de reçus au bac.

Pierre Cassen

(1) http://media.education.gouv.fr/file/bac_2008/98/0/Bac_2008_annexes_27980.pdf

(2) http://bonnetdane.midiblogs.com/

(3) http://www.sauv.net/

(4) http://www.r-lecole.freesurf.fr/

(5) http://www.sauv.net/polony.php

(6) http://www.marianne2.fr/Les-dangers-de-l-elitisme_a167305.html

(7) http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2009/01/30/01016-20090130ARTFIG00178-zero-en-dictee-pour-deux-lyceens-sur-trois-.php

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