Polémique avec le réalisateur de Welcome : Eric Besson a raison !

Publié le 16 mars 2009 - par
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Décidément la misère des immigrants clandestins semble une source d’inspiration essentielle pour les réalisateurs en ce début d’année 2009. Après 14ème jour, l’Eden à l’Ouest de Costa Gavras, Frozen River de Courtney Hunt, Welcome est le quatrième film qui paraît sur le triste sort des clandestins. Mais alors que les autres sont sortis dans une indifférence assez générale, le film de Philippe Lioret a déclenché la polémique. Non pas tant le film mais les déclarations du réalisateur rapportées dans la Voix du Nord du réalisateur par lesquelles il comparait la situation des clandestins et celles des juifs en 1943.

Pour une fois, le ministre en charge de l’immigration a réagi et dénoncé ces comparaisons honteuses et déclaré que Philippe Lioret avait franchi la ligne jaune. Dans Le Monde, Lioret a atténué ses déclarations pour dire que ce n’étaient pas les personnes qu’il comparait mais les méthodes répressives. Eric Besson avait également dénoncé d’ailleurs la comparaison entre les forces de l’ordre et la police de Vichy. Nous nous sommes à de nombreuses reprises indignés de ces comparaisons honteuses. Comment oser comparer des immigrés fuyant certes la misère de leur pays pour gagner un prétendu eldorado et ceux qui cherchaient à s’échapper des camps de concentration et des fours crématoires.

Quant à assimiler ceux qui viennent en soutien de ces clandestins aux justes qui risquèrent leur vie et parfois la perdirent, à des actes de charité. Un peu de décence. Je vais encore me faire traiter de noms d’oiseaux mais ceux qui se cachent dans les bois de Calais ne sont pas des réfugiés et ne demandent pas ce statut malgré les offres qui leurs sont faites. Il fût un temps pas très lointain ou la préfecture du pas de calais s’obstinait à convaincre ceux qui le voulaient à demander l’asile, à aller dans un centre d’hébergement. Ils étaient pris en charge par taxi. Las, après une nuit et une douche, ils disparaissaient à nouveau pour tenter leurs chances sur les essieux des TIR comme ils le font à Patras.
Eric Besson dès son arrivée au ministère de l’immigration s’est rendu à Calais, pour s’informer personnellement de la situation et a d’ailleurs dénoncé les conditions indignes de ces clandestins Mais que faire ? Leur objectif unique est de passer en Grande Bretagne qui refuse leur venue et faire porter la responsabilité des contrôles à la France. Faut-il les loger et les voir affluer à nouveau comme à l’époque du hangar de Sangatte où la promiscuité déclenchaient les bagarres et où les épidémies de galle se propageaient.

C’est toujours la même question. On peut prendre les problèmes par le petit bout humanitaire de la lorgnette sans vouloir résoudre les problèmes de fonds. Aider les clandestins, c’est qu’on le veuille ou non et quelles que soient les bonnes intentions participer aux filières d’immigration clandestine qui intègrent cette aide dans leurs trajets. On peut imaginer qu’avec la crise et l’augmentation du chômage dans les pays développés l’attirance va être moins grande mais rien n’est moins sûr car certains employeurs trouveront toujours des plus pauvres que les pauvres comme le montre le magnifique film de Ken Loach « It’s the free world » et dont les bien-pensants ont beaucoup moins parlé.

Empêcher l’immigration clandestine, c’est défendre les travailleurs. La seule perspective favorable serait que le FMI et l’OMS abandonne à la faveur de la crise la politique de mondialisation et de l’ultra libéralisme qu’ils ont encouragé – n’est ce pas Messieurs Strauss Kahn et Lamy – qui font pression pour baisser les salaires des fonctionnaires dans les pays européens -. En protégeant les économies et l’agriculture des pays pauvres, en lançant un grand plan de développement pour les infrastructures de base (routes, électricité, assainissement des eaux, électricité, scolarité, santé) sans doute que la vie serait-elle plus supportable. Cette solution est l’unique solution et non celle de l’immigration incontrôlée et déstabilisatrice. Malheureusement les idéologies néfastes ne se sont pas encore effondrées comme le cours des actions à New York. Pourtant la responsabilité politique de ceux qui ont favorisé par tous les moyens la mondialisation et l’immigration incontrôlée qui va de pair, devraient payer autant que l’escroc Bernard Madoff.

Mais ce n’est pas cette politique que dénoncent les libéraux libertaires. Libération et le PS s’en garde bien et préfèrent enfourcher leur sempiternel cheval de bataille la défense des immigrés clandestins en réclamant* l’abrogation des dispositions qui répriment l’aide aux irréguliers au noble motif que l’on ne saurait empêcher les personnes de faire acte de la simple humanité.

Quant à Stéphane Guillon, chroniqueur provocateur de France Inter, il utilise la radio publique pour demander aux électeurs d’aller voir le film et d’envoyer au ministre le ticket d’entrée avec écrit au dos « judas » ou « Iago ». Comme je ne savais pas qui était Iago, j’ai cherché et trouvé sur internet cette définition qui en dit long sur la haine que peut se permettre ce chroniqueur de la radio publique, rémunéré par le contribuable, à l’égard d’un ministre de la République dont on dit qu’elle serait contrôlée par le pouvoir: « Nom d’un des principaux personnages d’Othello, tragédie de Shakspeare ; Iago aime Desdémone, la belle et vertueuse épouse d’Othello; repoussé et la supposant éprise d’un rival, son amour se change en une terrible haine. […] Iago est un des types les plus monstrueux qui aient été mis sur la scène […] qui, au moment où ses crimes vont lui coûter la vie, jouit encore, avec un orgueil féroce, du mal qu’il a fait, comme d’une preuve de sa supériorité. Cet exposé du caractère d’Iago montre suffisamment l’emploi que l’on peut faire de ce nom dans le langage figuré. » (Grand Dictionnaire Universel).

Dur, dur d’être ministre de l’immigration et d’essayer d’aller à l’encontre des bien-pensants.

Gabrielle Desarbres

*Libération 14 mars 2009

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