Portrait de Jean-Paul Huchon, un pseudo-socialiste, qui se sent davantage européen que Français

Publié le 7 avril 2010 - par
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Le président de la Région Ile-de-France, Jean-Paul Huchon, est socialiste. Enfin, socialiste moderne, comme les Strauss-Kahn, ou Lamy, capables de présider le FMI ou l’OMC. Il est vrai que cet ancien directeur de cabinet de Michel Rocard, quand celui-ci était à Matignon, a toujours frétillé comme un poisson dans l’eau, dans le milieu de la finance. Il a été Directeur général de la caisse nationale du Crédit Agricole puis, premier collaborateur de l’homme d’affaires milliardaire François Pinault et vice-président d’un cabinet de chasseurs de têtes (Progress Associés).

Mais c’est un homme de gauche, bien sûr. Il explique d’ailleurs souvent à ses interlocuteurs que la différence entre la gauche et la droite, c’est qu’à gauche, on a du coeur !

Elu maire de Conflans, succédant à Michel Rocard, il rêvait d’être ministre d’un gouvernement de gauche, en 1997. Malheureusement pour lui, il fut, comme l’ancien Premier ministre, battu dans la 7e circonscription des Yvelines par Pierre Cardo. Il réussit à rebondir en « tuant le père », Michel Rocard, qui postulait à la tête de la Région Ile-de-France, en 1997. Jean-Paul Huchon relança sa carrière en gagnant les élections régionales, en 1998.

Je vous conseille de lire un compte-rendu (1) sans concessions de son livre, paru en 2008, De battre ma gauche s’est arrêtée. Je dois dire que, refusant de donner le moindre euro à cette caricature de socialiste, je n’ai ni acheté ni lu le livre, mais les citations que l’on trouve sur le site « Communistes » sont suffisantes pour comprendre la pensée de Huchon et expliquer un certain nombre de comportements et de décisions abracadabrantesques. On y apprend en effet que celui qui se prétend encore de gauche est à la fois un libéral converti à la mondialisation financière : « Le marché est la seule méthode pour gérer les échanges entre les hommes, les sociétés et, d’une manière générale les acteurs économiques », « Il faut se réjouir d’entrer enfin dans un monde complètement ouvert, même s’il est beaucoup plus dominé par la finance que par la logique strictement industrielle», un capitaliste qui n’hésite pas à financer les grands groupes industriels au lieu d’aider les PME à se développer : « La région vote des crédits, y compris pour les grands groupes, afin de développer les pôles de compétitivité », qui considère que les lois sociales sont un frein au développement économique et qu’il n’y a plus lieu qu’existent des entreprises publiques dans un monde soumis à la concurrence, bref, un pragmatique qui considère que l’allongement de la durée de travail est inéluctable.

C’est évidemment, également, un antirépublicain convaincu qui ne jure plus que par l’Europe et les régions : « Je ne crois plus à la Nation et à cette histoire d’identité nationale », « Je vous livre le fond de ma pensée : je me sens plus européen que Français. Il m’est très facile d’imaginer une cosmogonie institutionnelle dans laquelle il y aurait l’Europe, directement branchée sur les régions, et les régions sur des communes regroupées par l’intercommunalité ».

Un discours fort éloigné de celui de son successeur à la mairie de Conflans, Philippe Esnol, un vrai laïque, républicain, qui réclame une loi contre la burqa, et s’opposa, en 2005, à la politique de son parti, sur le TCE.

La société idéale, rêvée par Jean-Paul, est dirigée par des personnes non élues. Des commissaires européens et des fonctionnaires de l’intercommunalité, c’est autrement plus moderne que des Parlements nationaux élus par le peuple, et des maires et conseillers municipaux élus par leurs administrés. Là-dessus, il a, à l’instar de Cohn-Bendit, le même profond mépris pour le vote des citoyens, quand ils osent voter « non » au TCE, ou refuser les minarets en Suisse.

En effet, pour lui la République ça date du XIXe siècle (2) « Chevènement m’emmerde avec sa République ! Moi, je suis un démocrate. Le seul apport positif de Chevènement a été la sécurité. Pour le reste, cela fait trente ans qu’il s’est toujours trompé sur tout : le Viêt Nam, l’URSS, le PC, l’Irak, la Corse. C’est normal : il voit tout à travers un prisme qui date du XIXe siècle. » Autrement dit, Huchon est un converti à la démocratie anglo-saxonne, qui ne s’embarrasse pas de valeurs désuètes, celles de la République qu’il est pourtant censé respecter et faire respecter comme élu de la dite République.

L’homme aime se dire laïque, bien sûr, rappelant qu’il est descendant d’instituteurs de gauche. C’est sans doute d’ailleurs pour cela qu’il a pris le contre-pied des lois républicaines en défendant la mosquée clandestine du Crous d’Antony(3), salle commune confisquée par les musulmans qui l’avaient transformée en mosquée et prétendaient de ce fait la conserver ad vitam aeternam pour cet usage, malgré le rappel de la loi : « il ne peut y avoir de lieu de culte dans un établissement public ». Dura lex sed lex, disaient les Romains. Pas pour Huchon, pour qui il s’agit d’un cas de discrimination. Ben voyons ! Que dirait notre apôtre libertaire si, dans chaque Crous, catholiques, juifs, protestants, adventistes du 7ème Jour etc prenaient possession de salles communes pour les transformer en lieux de culte ? Il est évident qu’il hurlerait à la confiscation de l’espace public… Deux poids deux mesures dès qu’il s’agit de la « religion des opprimés » ou plutôt de ceux qui sont de plus en plus nombreux en Ile de France et donc des électeurs potentiels ? Il est vrai que l’homme que les conséquences terribles de la mondialisation sur l’homme, dont les inégalités, n’émeut guère aime à se donner des airs de grand Seigneur ; c’est pourquoi sans doute il a fait voter la gratuité du transport en Ile-de-France pour les Rmistes, laissant ceux qui se lèvent tôt pour gagner parfois bien moins que le smic dans un monde où précarité et temps partiel se généralisent payent leurs tickets ! Sans doute que ceux-ci sont moins nombreux que ceux-là.

On pourrait pourtant croire que ce vice-président d’un cabinet de chasseurs de tête n’a pas vraiment besoin, pour vivre, des indemnités (plus de 5300 euros mensuels) que lui rapporte son statut de Président de Conseil Régional, d’autant que la société que dirige son épouse a obtenu moults contrats de la Région dirigée par Jean-Paul Huchon, ce qui a valu à celui-ci, en correctionnelle(4), 6 mois de prison avec sursis en 2008 et plusieurs dizaines de milliers d’euros d’amende…

Bref un beau parcours qui pourrait valoir à celui que ses amis appellent « Gros Paulo » un maroquin de ministre si, par malheur, la gauche revenait au pouvoir. Dans le cas contraire, le Sénat serait parfait pour finir une carrière exemplaire d’énarque socialiste.

Christine Tasin

http://christinetasin.over-blog.fr

(1) [http://www.sitecommunistes.org/310310huchon.htm->http://www.sitecommunistes.org/310310huchon.htm]

(2) [http://www.leparisien.fr/politique/couloirs-26-11-2000-2001786730.php->http://www.leparisien.fr/politique/couloirs-26-11-2000-2001786730.php]

(3) http://www.islamisation.fr/archive/2008/05/02/jean-paul-huchon-defend-la-mosquee-clandestine-du-crous-d-an.html

[http://www.conseil-etat.fr/cde/node.php?articleid=1474->http://www.conseil-etat.fr/cde/node.php?articleid=1474]

(4) [http://www.lepost.fr/article/2010/02/18/1947880_jean-paul-huchon-condamne-en-correctionnelle-pourquoi-les-medias-n-evoquent-pas-l-affaire.html->http://www.lepost.fr/article/2010/02/18/1947880_jean-paul-huchon-condamne-en-correctionnelle-pourquoi-les-medias-n-evoquent-pas-l-affaire.html

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