Pour un rituel laïque

Publié le 30 septembre 2008 - par
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« La clairvoyance est le seul vice qui rend libre, libre dans un désert ».
Cioran.

Ce désert, les religieux l’occupent depuis des millénaires et bercent l’angoisse humaine avec leurs fables à dormir debout. Il s’agit de cela, de donner des réponses à cette angoisse et de l’endormir. Mais dénoncer les fables ne suffit pas à éradiquer l’angoisse. Stigmatiser l’infantilisme des réponses est inopérant face à l’ampleur des questions. Elles relèvent de ce besoin en nous de transcendance. Oui, de transcendance. C’est le mot le plus innocent que j’ai trouvé pour qualifier cette exigence qui distingue apparemment l’humain de son grand frère animal, le primate. Exigence de comprendre, d’expliquer. Inquiétude métaphysique, en somme. Métaphysique, le gros mot ! Je me suis gardée de recourir à « sacré », « spiritualité ». Dans nos cercles laïcs, rationnels, féministes, ces mots là sont tabous. Sous prétexte qu’ils sont maqués par les religions, honni soit celui qui les prononce. Attitude aussi infantile, mes frères, que celle que vous dénoncez.

N’ayons pas peur des mots. Ils ont un contenu, peu importe qu’il soit approprié par le religieux. Ne lui en laissons pas l’exclusivité . Le grand défi est là : il faut dessaisir les religions de leur OPA sur l’exigence de transcendance de l’homme et l’angoisse qui s’ensuit. Et commencer par admettre qu’il y a en nous ce besoin d’autre chose, que ne comble ni l’eau bénite, ni le caddie. Que nous avons ancré dans notre psyché, cet incoercible besoin de savoir, de questionner, que rien ne satisfait. Nous, les rationalistes, ne savons y répondre que par la dénégation et la désunion.

Bien beau en effet de faire le compte des minarets qui poussent sur nos sols. Très utile de pointer les crimes commis au nom du respect des dogmes. Indispensable de stigmatiser les salamalecs qui ont entouré la venue du pape. Oui, mais nous sommes infichus de mobiliser les nôtres, ne fut qu’autour d’une simple manif. Ce n’est pas un hasard. Sous prétexte que le rituel est le propre des religions, nous refusons tout recours au rite. Et voilà comment nous sommes incapables de donner une forme à ce qui nous relie. IL nous faut trouver des réponses à nous, à la hauteur de cette exigence d’absolu. Des aménagements laïques pour la conforter et l’entourer. Ils passent par l’invention de pratiques et de rites, qui permettent aux gens de se retrouver dans une appartenance commune.

Il en existe déjà : le mariage civil, le banquet républicain. Une pratique encore plus intéressante est en train de se mettre en place : le divorce civil ou cérémonie de démariage. C’est l’occasion d’une fête entre ami/es pour entériner la séparation. Elle n’est plus vécue comme un déchirement mais comme le début d’une nouvelle vie. Voilà une façon concrète de désacraliser le mariage et d’en célébrer la sortie, comme un heureux événement. Mais aucun lieu, ni rituel ne sont prévus pour ceux qui se pacsent. La chose est bouclée en catimini. Aucun lieu ni rituel pour ceux qui veulent accompagner leurs morts, autrement qu’à l’église. Et pourtant le nombre de français qui recourent à la crémation est en augmentation constante. Pourquoi cette clandestinité acceptée ?

Une rédactrice de RL, Rosa, a posé la bonne question :

« Y a t il dans les mairies une salle pour des obsèques civiles ? » Je ne m’étais jamais interrogée là dessus. J’ai donc téléphoné à ma mairie. La question a mobilisé trois personnes, on cherchait qui pouvait y répondre. Finalement, on m’a orientée vers l’état civil. S’en est suivie une conversation avec le préposé, interloqué par ma demande, mais néanmoins intéressé. Il a justifié l’absence de salle par cette réponse :« Mais la mort n’est pas comme le mariage, une fête. Et puis ça ne relève pas de l’administratif, c’est intime ». J’avais beau lui expliquer qu’il s’agissait pour les proches d’avoir un lieu mis à disposition, où se recueillir, avant ou après l’enterrement ou la crémation, il ne démordait pas de « l’administratif ». Les mariages, c’était déjà le travail à la chaîne, 15 minutes pour chaque mariage, le samedi. Alors, si en plus, il fallait planifier la gestion de salles post enterrements…

L’air de rien, nous vivons sous l’intimidation du religieux. Nous avons beau le dénoncer, nous n’osons pas affirmer une autre manière de concevoir et de célébrer les grands moments de l’existence humaine. Par un autre biais, il arrive à nous clouer le bec, à nous stériliser l’imagination. C’est elle qu’il nous faut mobiliser pour continuer à donner un contenu concret, à l’idéal laïque. Il y va de sa survie. Ce sont les formes qui garantissent la survie du fond.

Pour ma part, je vais écrire à mon maire, pour lui demander une salle pour des obsèques civiles.

Anne Zelensky.

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