Pour une télévision publique de qualité

Publié le 15 décembre 2008 - par
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La réforme de l’audiovisuel initiée par le gouvernement a paralysé l’Assemblée nationale depuis quinze jours. Noël Mamère et Patrick Bloche, principaux chefs de la guérilla parlementaire, ont mené à l’Assemblée nationale une obstruction systématique, utilisant les rappels au règlement, les suspensions de séance, les amendements multiples mais sur le fond le débat est assez pauvre.

Certes, ils n’ont pas de mots assez durs pour fustiger ce projet dénonçant un véritable coup d’Etat mais pour occuper leur temps de parole, faute de propositions et à bout d’arguments, ils n’ont pas hésité à évoquer les baptêmes républicains des sans papiers, les test de l’Adn ou la sarabande faite par la droite à propos de la Marseillaise. C’est ce que le bouillonnant député girondin appelle « contextualiser l’événement ».

Les débats et la fronde de l’opposition se sont focalisés sur deux points essentiels : la suppression de la publicité après vingt heures et la nomination du Président de France télévisions par le Président de la République.

Concernant le premier point, j’avoue ne pas bien comprendre l’hostilité générale que cette proposition a déclenchée… Voilà des lustres que l’on explique dans tous les débats sur la télévision que si la qualité des émissions publiques est médiocre c’est la faute de la concurrence avec les chaînes privées, la pression des annonceurs et des taux d’audience. En clair, plus l’émission est regardée, plus les espaces publicitaires sont chers, et plus les chaînes gagnent de l’argent. Busines is busines, les émissions dites intellectuelles ont été reléguées en deuxième ou troisième partie de soirée, voire supprimées.

C’est pourquoi vouloir libérer les chaînes publiques de la pression de la publicité et assurer un budget de fonctionnement qui les mette à l’abri de la concurrence me semble une excellente idée. Je n’arrive même pas à comprendre pourquoi la gauche proteste contre ce principe.

Au lieu de se féliciter de la suppression de la publicité, l’idée a prévalu que c’était un cadeau fait à TFI et à Martin Bouygues. Pourtant dans la conjoncture actuelle, les recettes publicitaires sont loin d’être garanties. Évidemment, les détracteurs professionnels dénoncent à l’avance que les budgets ne suivront certainement pas malgré l’engagement triennal dans un contrat d’objectifs et de moyens avec l’Etat. La grande crainte est de voir les chaînes obligées de réduire leurs dépenses et la qualité des émissions, comme si la qualité dépendait du coût consacré..
D’ailleurs, réduire les dépenses et les gaspillages, ce serait déjà extrêmement salutaire. Dans cette période de crise, pourquoi ne pas commencer par diminuer les rémunérations scandaleuses de certains présentateurs vedettes? Il y a de la marge avant qu’ils se retrouvent au SMIC ! Abandonner les émissions paillettes, de strass qui coûtent des fortunes pour un intérêt proche de zéro.

Pour ce qui est de la qualité, parlons en. Ce projet aurait dû être l’opportunité d’un véritable débat sur l’audiovisuel public et l’occasion à saisir pour réfléchir à ce qu’il peut apporter aussi bien en terme d’information, d’éducation populaire qu’en terme de divertissement Or, je n’ai rien lu de tel chez les opposants à la réforme comme si la télévision publique actuelle donnait toute satisfaction. Pourtant, en dehors de quelques émissions d’exception, je pense à Thalassa et n’en vois pas beaucoup d’autres, la plupart me semblent d’une grande médiocrité.

Qu’il s’agisse des émissions de variétés qui coûtent des fortunes, toutes conçues sur le même principe où l’animateur est en vedette face à un public manipulé, des débats superficiels qui ne permettent jamais d’aller jusqu’au fond des choses où là encore l’animateur se met en vedette, ou des fictions à l’eau de rose. L’originalité est rare et on navigue le plus souvent dans une mer de bons sentiments. A l’inverse, pour concurrencer TFI et les séries américaines, les films policiers de plus en plus violents se sont multipliés. Il faut vraiment zapper sur les chaînes câblées pour trouver quelque chose à regarder. Dès que l’on passe en période de vacances pour la télévision (et les vacances sont calées sur les vacances scolaires avec cumul des zones), le téléspectateur n’a droit qu’aux reprises et films passés cinquante fois. Va t-on oser encore ressortir Le père Noel est une ordure ou Le gendarme de Saint Tropez?

Ce bilan ne donne vraiment aucunement lieu à satisfecit mais je ne crois pas que les chaînes publiques aient appelé les téléspectateurs à un vaste forum pour les interroger sur la télévision qu’ils désiraient. Voilà pourtant qui eût été intéressant et novateur.

A l’abri de la concurrence, et laissant à TFI la Star académie et les émissions dégradantes de télé-réalité , la télévision publique pourrait se fixer comme stratégie la recherche de la qualité et de l’originalité. J’ai encore en mémoire le souvenir d’une époque où il n’y avait que deux chaînes de télévision, mais des émissions qui captivaient les téléspectateurs par leur qualité.

Il y place pour des émissions culturelles, scientifiques à des heures de grande écoute, émissions où la télévision pourrait jouer un rôle d’éducation et de connaissances sans être rébarbative ou ennuyeuse comme le sont malheureusement, trop souvent, les émissions d’Arte. Il y a tant de choses nouvelles à faire, à montrer. Voyages, découvertes scientifiques, théâtre, danse, opéra, jeunes talents, chanteurs -mais pas ceux programmés de la star ac… Même pour le sport dont je ne suis pas adepte : pourquoi seuls le football et le rugby ont-ils droit de cité ? Parce que les annonceurs payent grassement ? Et le handball, et le baskett, et les sports athlétiques qu’on ne voit qu’au moment des jeux olympiques ? Au lieu de repasser toujours les mêmes films pourquoi ne pas rechercher dans les films étrangers qui sont si peu diffusés ? Avoir des rendez vous réguliers consacrés à la littérature, aux théâtres non pas pour des débats abscons mais pour présenter ces arts auxquels si peu accèdent.

Autre excellente idée : la réorganisation des horaires. La dérive des horaires empêchait le plus grand nombre de regarder les émissions en deuxième partie de programme. Telle qu’ils sont annoncés, les programmes de janvier de la 2 semblent très prometteurs. On annonce même le retour du Ciné club : je me souviens encore avec émotion des films russes des années 20 programmés dans les années 70 !

Mais ce qui fait le plus hurler, c’est la nomination du Président de France Télévision par le président de la République. Noel Mamère n’hésite pas à dénoncer un véritable coup d’État ! D’autres parlent de retour de l’ORTF. Pour les plus jeunes rappelons qu’il y avait à l’époque de l’ORTF un ministre de l’information et qu’en 1968 La religieuse de Diderot fut interdite de passage à la télévision. Il est assez difficile d’imaginer que l’on revienne à cette période vu le nombre d’autres chaînes existant.

Bien que le gouvernement s’appuie sur le principe qui veut que le Président de la République nomme tous les dirigeants des entreprises publiques, je ne suis pas convaincue que cette modalité de nomination était indispensable. Cependant, j’ai un peu de mal à croire dans le contexte d’aujourd’hui que le Président de la République en revienne aux lettres de cachet. En outre, il faut être singulièrement naïf ou de mauvaise foi pour croire que l’Élysée même avant Sarkozy ne suivait pas de très près la nomination du Président du CSA, de ses membres et du Président de France Télévision. Certes, depuis son élection et même avant, un certain nombre de médias, comme Marianne qui en a fait son cheval de bataille, et de commentateurs ne cessent de nous seriner que Sarkozy a tous les médias à sa botte. C’est ce qu’a encore sous- entendu Laurent Fabius sur Europe1 la semaine dernière. Pourtant, comme il le dit lui même, pour quelqu’un qui tient les médias, on ne peut pas dire qu’ils soient très complaisants à son égard.

En réalité, toute cette agitation révèle en fait que la télévision publique était jusqu’à présent fort peu démocratique. Qu’il s’agisse des chaînes de télé ou de radio, elle est accaparée par une caste bien pensante, entre Ségolène et le Modem, mâtinée de vert et de tendance libertaire chez qui il va de soi qu’il faut être contre Sarkozy et surtout qui ne mêle pas de culture.

Une fois de plus, on a encore assisté à un de ces procès d’intention où la caricature a pris le pas sur les objectifs de la réforme pour justifier en réalité la défense des places acquises et des petits ou gros intérêts personnels qui font le lit de l’immobilisme.

De toute évidence, si cette réforme avait été présentée par la gauche tout le monde aurait applaudi. Présentée par Nicolas Sarkozy, c’est devenue un coup d’Etat contre la démocratie.

Je ne suis pas loin de penser que chez ces professionnels de la culture et des médias, il n’y ait pas un profond mépris pour le peuple pour qui l’idée même de culture populaire est étrangère. C’est un peu comme pour la crise financière et économique, comment obtenir des mêmes responsables des idées neuves. Ils sortent tous du même moule et s’avèrent incapables de penser autrement.

Comme l’ a écrit Marin Karmitz dans le Monde du 8 décembre 20008, Nicolas Sarkozy a peut-être sauvé l’audiovisuel public… La télévision publique doit s’adresser à des publics divers, sortir des sentiers battus, découvrir le monde au lieu de toujours cibler le plus petit commun dénominateur.

Il y a un certain temps, quand la droite est revenue au gouvernement au milieu des années 90, une loi a imposé un quota de chansons françaises. Que n’a –t-on entendu ! Or, grâce à cette obligation que de nombreuses radios ont essayé au départ de contourner en passant les chansons en français la nuit, on a assisté à une véritable renaissance de la chanson française avec de jeunes chanteurs comme Bénabar, Vincent Delerme, Trio, Mickey 3D, Dyonisos et tant d’autres.
Contrairement aux déclarations des Cassandre professionnels qui nous prédisent le pire « La démocratie est en danger » déclare Corine Lepage, Noël Mamère dénonce « une régression démocratique sans précédent » cette réforme apporte autant à la télévision publique que cette loi a apporté à la chanson française

Gabrielle Desarbres

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