Pourquoi je n’ai pas vraiment aimé « Fitna »

Publié le 1 avril 2008 - par
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Le court-métrage « Fitna » vient d’être diffusé sur Internet.
Je salue le courage de son réalisateur Geert Wilders, qui est allé jusqu’au bout de son projet malgré les menaces de mort dont il était la cible.
D’autres avant lui ont été assassinés pour avoir osé dénoncer la violence et le fanatisme des islamistes.
D’autres encore vivent vingt-quatre heures sur vingt-quatre dans la peur d’être tués. Ils sont obligés de se cacher à l’étranger ou bien de vivre entourés de gardes du corps.

Geert Wilders attire l’attention du spectateur sur les dangers réels représentés par l’islam politique en Hollande, en Europe et dans le monde entier.
Etant laïque, humaniste, profondément attachée aux libertés fondamentales, aux droits humains, à la démocratie et à l’égalité des sexes, je suis comme lui choquée, indignée, inquiète et horrifiée face à tout ce que l’islam politique glorifie : terrorisme, violence aveugle, haine, fanatisme, intolérance, arrogance, oppression des femmes, obscurantisme, tyrannie, despotisme, rejet de la culture et impérialisme.
Cependant je n’ai pas vraiment apprécié le film.

Geert Wilders a choisi de réaliser un court-métrage de quinze minutes.
Son objectif n’était pas de faire œuvre pédagogique. Son but était de choquer, avertir, mettre en garde, ouvrir les yeux des spectateurs.
Son film est un condensé d’images rappelant les horreurs commises par les fanatiques religieux : attentats terroristes, lapidations, pendaisons, décapitations. On voit des corps mutilés, du sang, des cadavres. On entend des voix qui vous arrachent le cœur, celle d’une femme coincée dans l’une des Tours Jumelles du World Trade Center ; celle d’un otage dont on coupe la tête. C’est traumatisant.

Je reconnais que de telles scènes sont efficaces car elles prouvent sans besoin de commentaire la barbarie indescriptible et inqualifiable de ces fanatiques.
Ce que je reproche au court-métrage, c’est qu’il soit justement très court.
Il me rappelle les spots télévisés ou les affiches réalisés pour des campagnes de sensibilisation contre le tabagisme, l’alcool au volant, le SIDA.

La solution que ces spots et affiches proposent n’a même pas besoin d’être énoncée. Les clichés de la gorge ou des poumons d’un fumeur invétéré incitent le spectateur ou le lecteur à faire une croix sur la cigarette. La vue d’un tétraplégique victime d’un accident provoqué par un conducteur à moitié ivre nous incite à réduire voire arrêter notre consommation d’alcool avant de prendre le volant. La photo d’un malade du SIDA en fin de vie nous rappelle la prudence lors des rapports sexuels.

Le film de Geert Wilders nous montre des images-chocs mais ne propose pas de solutions.
Ces images peuvent traumatiser des êtres fragiles et vulnérables, elles peuvent provoquer une véritable psychose ; elles peuvent inciter des gens vivant dans la précarité et la misère intellectuelle au nationalisme, à la méfiance et à l’hostilitié vis-à-vis de tous les musulmans, sans distinction aucune entre ceux qui sont islamistes et ceux qui ne sont ni pratiquants ni arriérés. Je m’identifie à tous les musulmans pacifiques qui essaient de vivre à l’occidentale et qui risquent d’être la cible d’agressions.

La question « c’est ça la Hollande du futur ? » nous renvoie à un tableau cauchemardesque du pays mais ne fournit pas de réponse.
Les militants laïques, les spécialistes qui se penchent sur ce sujet peuvent détenir les réponses multiples à cette question grave, mais qu’en est-il des citoyens lambdas ? Pour eux la réponse risque d’être le refuge dans la xénophobie, la chasse à tous les musulmans.
Il faut alors poser la question suivante : peut-on chasser d’un pays, d’un continent des milliers voire des millions d’individus ? Peut-on chasser des gens qui sont nés dans un pays ou un continent ?
Le réalisateur accentue la panique en indiquant l’augmentation de la population musulmane aux Pays-Bas et en filmant des policiers allant prier à la mosquée.

Les spectateurs doivent se sentir cernés, menacés de l’intérieur.
Mais quelles solutions leur propose-t-on pour « stopper l’islamisation » de leur pays ? Doivent-ils chercher les solutions tous seuls ? Comment ? Avec l’aide de qui ? Avec quels moyens ?
Bien sûr il y a des amorces de réponse dans le film.
Wilders semble s’adresser aux autorités en leur reprochant indirectement d’avoir autorisé la fermeture des écoles pendant les fêtes musulmanes, d’avoir permis la prolifération des écoles coraniques et la prolifération des mosquées sans que celles-ci soient surveillées pour empêcher qu’elles deviennent des centres de formation de terroristes.
Wilders s’adresse directement aux musulmans lorsqu’il les invite à épurer le Coran de tous les versets incitant à la haine, à l’intolérance, à la violence.

Ce qui me frappe, c’est que dans le film le mot « laïcité » ne soit pas utilisé une seule fois.
Wilders aurait dû commencer par poser une question fondamentale : où avons-nous failli ? Où l’Europe a-t-elle failli ? Pourquoi en sommes-nous arrivés là ?
Pourquoi y a-t-il dans nos pays une prolifération de voiles islamiques, voire de burqas ? Pourquoi y a-t-il de plus en plus de jeunes barbus ? Pourquoi dans de grandes industries (Renault pour n’en citer qu’une) on autorise les ouvriers/employés musulmans à aller faire leurs prières pendant leur journée de travail et on aménage leur emploi du temps à l’époque du ramadan ? Pourquoi avons-nous accepté l’idée qu’il puisse y avoir une différence des droits qu’on fait passer pour un droit à la différence, un droit à la liberté ?

Pourquoi certains élus locaux acceptent la ségrégation des sexes dans les piscines communales ? Pourquoi des chefs d’établissement acceptent des menus différents pour les musulmans dans les cantines scolaires ? Pourquoi certains partis politiques font la cour aux islamistes ? Pourquoi Tony Blair a-t-il proposé à Tariq Ramadan d’être son conseiller ? Pourquoi certains professeurs ont soutenu les élèves qui voulaient absolument garder le voile à l’intérieur des collèges et lycées ? Pourquoi les juges condamnent-ils une femme qui a eu le courage d’affirmer que le voile est le symbole de l’oppression et de l’avilissement de la femme ? Pourquoi y a-t-il des jeunes français de souche qui jeûnent pendant le ramadan par solidarité avec leurs camarades musulmans ? Pourquoi y a-t-il des français de souche qui se convertissent à l’islam et deviennent plus fanatiques que les islamistes ? Pourquoi est-ce qu’il n’y a que 3800 personnes qui ont signé la pétition demandant l’interdiction du voile à l’université, de la burqa dans tous les lieux publics et du voile pour les mineurs ? Beaucoup de gens, y compris des gens éclairés, y ont vu une atteinte aux libertés individuelles.

Il aurait fallu que Wilders pose des questions explicites pour pointer du doigt l’indolence, les erreurs de jugement, l’absence de clairvoyance et de lucidité.
Il aurait fallu insister sur la nécessité de l’éducation à la laïcité dans les écoles, les collèges et les lycées. Il aurait fallu insister sur le fait qu’on ne doit pas mettre dans le même sac tous les musulmans, car il y a des musulmans qui sont capables de prendre des distances par rapport aux prescriptions du Coran parce qu’ils sont dotés d’une excellente aptitude à la réflexion personnelle et savent prendre des décisions empreintes de bon sens et sagesse. L’épuration et la refonte du Coran me semblent difficiles à concrétiser. Qui ordonnerait cette refonte d’un texte sacré ?
Dans son interview du 24 janvier dernier Wilders affirme : « Nous devrions nous débarrasser de ce livre terrible ». Comment ? Les autorités du pays doivent-elles l’interdire ? Est-ce possible ?

Il faudrait sortir les gens de leurs ghettos, où ils vivent en vase clos. Il faut ouvrir des centres sociaux, culturels et sportifs gérés par les communes et les départements pour ouvrir l’esprit des enfants, les sortir de leur indigence intellectuelle et leur permettre une véritable intégration sociale. Il faut saisir chaque occasion pour susciter la réflexion, ébranler les fausses convictions, conduire aux lumières.
Dans le film « Fitna » on fait allusion à l’excision. Wilders semble ignorer que cette barbarie n’est pas pratiquée uniquement par les musulmans.
Dans son interview du 24 janvier il fait l’amalgame entre les immigrés musulmans qui profitent de l’Etat-providence et les islamistes terroristes. Les allocations incitent-elles à la violence contre l’Etat-providence ? N’oublions pas que des jeunes nés au Royaume-Uni, ayant fait des études supérieures dans ce pays ont commis l’attentat terroriste à Londres. Ils se sentaient musulmans avant de se sentir britanniques. Pourquoi cette montée du religieux ? A qui profite-t-il ? Pourquoi depuis un certain temps des dirigeants politiques confèrent aux cultes une importance grandissante ?

Tout ceci impose une vigilance accrue afin que tous les droits et acquis sociaux obtenus après de longues luttes soient préservés, notamment les droits des femmes. Il faut dénoncer les compromissions. Il faut s’accrocher aux valeurs qui sont les nôtres sans tomber dans la tentation de la xénophobie et de la haine.

Il faut que les autorités apprennent à dire non aux revendications sectaires et communautaristes.
Il faut dénoncer les guerres injustifiées (Iraq, Tchétchénie, l’invasion de l’Afghanistan par les soviétiques, etc.).
Il faut inventer des moyens pour détourner les jeunes du religieux et les intéresser à la res publica, à la solidarité avec tous ceux qui, chrétiens, juifs, hindouistes, musulmans, athées ou agnostiques, blancs ou noirs, hommes ou femmes, jeunes et moins jeunes, subissent les mêmes injustices dans le monde du travail, sont victimes des mêmes mesures économiques et politiques et se battent pour une vie meilleure ici-bas.

Rosa Valentini

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