Pourquoi les filles veulent-elles toutes être "maîtresses" ?

Depuis peu, il est devenu possible de séparer les filles et les garçons à l’école (1). Anne Zelenski, dans ce numéro de Riposte Laïque analyse les causes de la situation, elle montre que si cela arrive, ce n’est pas un hasard, car il y a des causes structurelles, liées au fonctionnement scolaire et à l’orientation.
Elle a raison sur de nombreux points, mais je me permettrai d’en nuancer d’autres.
En effet, se fonder sur les rapports « d’experts es sciences de l’éducation » me semble dangereux pour une bonne raison, c’est que c’est en partie à cause de ces experts que nombre de décisions funestes à l’école ont été prises depuis 30 ans… méfiance.
Autre point de divergence, je nuancerai l’importance qu’elle accorde à la Convention pour la promotion de l’égalité des chances entre les filles et les garçons, les femmes et les hommes dans le système éducatif qui devrait, selon elle, si elle était appliquée, remédier à pas mal de maux. Je suis très réticente sur certains point du contenu mais aussi et d’abord, par principe, parce que cette convention est signée de trois éléphants socialistes qui ont prouvé depuis longtemps qu’ils étaient nocifs à l’école comme à la laïcité (et donc à la défense des filles). Les 3 noms ? Martine Aubry, Ségolène Royal, Claude Allègre. Méfiance.
D’abord, on se lasse des rapports des experts qui ne cessent de stigmatiser les professeurs, grands responsables de tous les maux. Et prétendre que l’inconscient des enseignants les pousserait à négliger les filles au profit des garçons est facile et plus que discutable.
Il en est des études, questionnaires etc. proposés aux enseignants comme des sondages, les questions sont toujours orientées, jamais ouvertes, pour faire accoucher le prof de la vérité sous-jacente qui se trouve être, ô hasard étonnant, le sujet de recherche (et du prochain livre) du chercheur/expert…
Ensuite, si, il y a 20 ou 30 ans, on pouvait avoir encore le schéma « filles » = « mères en puissance », c’est terminé depuis longue date et les enseignants ont pris l’habitude de regarder leurs élèves, qu’ils soient garçons ou filles, comme leurs propres enfants, égaux et pouvant prétendre au même traitement. D’ailleurs les filles réussissent mieux que les garçons, au moins jusqu’au lycée. Si les enseignants les dévalorisaient systématiquement comme on veut nous le faire croire et les délaissaient, elles n’auraient pas leurs résultats, bien plus brillants que les garçons.
Quant à la désaffection des filles pour les études scientifiques ou pour les métiers de direction et de responsabilité, j’ai bien envie d’en donner une autre explication qui me vaudra sans doute l’ire de quelques féministes. Certes, je ne nierai pas le rôle de la tradition : l’image de la femme-mère qui soigne et éduque est sous-jacente et amène les filles à s’identifier à ce modèle de « femme accomplie » donné par les médias ou la famille.
C’est une réalité indiscutable ; néanmoins, ne peut-on pas, également, se dire que nombre de nos enfants ne sont guère attirés par le monde technologique et matérialiste qu’on leur propose ? Ne peut-on imaginer que le garçon, dans le continuum de son rôle « culturel » de « mec », « qui domine la technique comme la voiture, qui doit quoiqu’il arrive « gagner l’argent de sa famille » répugnerait moins que la fille à s’investir dans un métier sans poésie, sans tendresse, sans échanges humains, ce qui expliquerait que nombre d’entre eux s’engagent vers les métiers de l’avenir, l’informatique, le commerce … ?
N’oublions pas que, malgré les conquêtes des dernières décennies, il est encore très mal vu de voir un homme pleurer. Un homme n’a pas le droit d’avoir des émotions, il peut donc sacrifier plus facilement que les filles les études vues comme plus « attrayantes », plus « humaines », plus « épanouissantes » et donc s’engager plus facilement dans des voies exigeantes, où l’on gagne de l’argent, où l’on a des responsabilités, et donc moins de temps pour soi et les autres.
Aussi me semble-t-il que loin de faire porter l’information sur les filles pour les convaincre de faire des « métiers d’homme » il conviendrait de convaincre les garçons que danser, pouponner, soigner, nettoyer … sont aussi des métiers d’hommes. Combien d’hommes, qui ont suivi les conseils traditionnels, les « modèles » ont-ils une spécialisation scientifique ou un métier qui ne leur plaît pas et ont le sentiment de passer à côté de leur vie parce que leurs passions sont ailleurs, dans l’art, par exemple ?
J’entends déjà les réponses ou plutôt les cris d’orfraie : pragmatisme, chômage, évolution de la société, besoins de la société …
En effet, tout se passe comme si notre société, convertie au capitalisme et à la mondialisation, voulait éradiquer l’humain, faire disparaître le compassionnel, réserver l’art à la vie privée, voire le faire disparaître, noyé dans le très populaire et très peu élitiste divertissement : on ne cesse de dire aux filles qu’elles se dévalorisent en choisissant les métiers de la santé, de l’enseignement, du secrétariat, de l’aide à domicile.
C »est vrai, parce que notre société sous-paye ces métiers, parce qu’elle les considère comme dévalorisants, comme des appoints et parce qu’il y a peu de débouchés. La persistance de cette prévention des filles à l’égard des sciences et techniques est constatée en France comme dans la plupart des pays européens. Elle les détourne de branches professionnelles porteuses d’emploi. La société est privée de ressources indispensables à son développement. Pour fixer clairement la nécessité d’une modification des comportements, l’un des indicateurs de performance retenu dans le cadre de la LOLF fixe à l’enseignement scolaire un objectif ambitieux : la proportion de jeunes filles dans les classes terminales séries scientifiques générales et technologiques doit augmenter de 20 % avant 2010. (2) Pourquoi tout cela ? A cause du modèle de société qui se développe et qui veut faire de l’individu un technicien sans émotions et sans attaches.
Quelle société voulons-nous ???
Une société vouée à l’argent, à l’efficacité ? Alors faisons en sorte que garçons ET filles laissent les métiers non productifs aux laissés pour compte de la société.
Une société qui met l’homme au centre, qui privilégie les relations humaines ? Alors faisons en sorte que garçons et filles soient attirés par les métiers correspondants et laissent les métiers à haute responsabilité, à efficacité scientifique à ceux qui ont envie de les pratiquer, qu’ils soient filles ou garçons. Et rebellons-nous contre un monde qui ne cherche pas l’épanouissement de chacun de ses membres mais l’enrichissement du petit nombre par l’exploitation du plus grand nombre, à qui l’on demande, en plus, de renoncer à ce qui pourrait faire la qualité de la vie pour participer au chiotte géant de la consommation/défécation.
Quant à la fameuse Convention pour la promotion de l’égalité des chances entre les filles et les garçons, les femmes et les hommes dans le système éducatif du 9 mars 2000 (3), (réactualisée par celle du 1er février 2007 (4), en-dehors de recommandations classiques et intéressantes, elle présente l’inconvénient de faire quelques injonctions qui me laissent perplexe :
Privilégier des approches pédagogiques susceptibles de dénoncer les mécanismes traditionnels de domination pour les remplacer par l’apprentissage de modèles relationnels respectueux et égalitaires. Cette approche réclame notamment un accompagnement du contenu des programmes et une attention portée au choix des manuels scolaires dès le primaire, ainsi que des livres de littérature jeunesse proposés dans les classes.
Cela signifie-t-il qu’il faudra éliminer des livres scolaires les extraits d’œuvres non conformes ? Exit l’Assommoir, de Zola, exit Montherlant ? Exit Racine ? On ne se méfiera jamais assez des censeurs et des exaltés du féminisme à tout crin.
Inscrire dans le règlement intérieur l’obligation pour tous d’adopter et de faire respecter des attitudes non sexistes y compris dans des comportements généralement non stigmatisés.
N’est-ce pas là un cas caractérisé de non respect de l’égalité républicaine ? La loi doit être la même pour tous, et avoir besoin de distinguer, dans un règlement, des attitudes spécifiquement sexistes est problématique.
Tenir compte des différences entre filles et garçons concernant le rapport au savoir, en particulier dans les travaux pluridisciplinaires encadrés.
Cette recommandation est la plus scandaleuse, c’est le premier pas vers la non-mixité des cours : en quoi et pourquoi les filles et les garçons auraient-ils un rapport spécifique au savoir ? En quoi et pourquoi faudrait-il tenir compte de leurs différences ? Et pourquoi dans les travaux pluridisciplinaires tout particulièrement ?

Évaluer la place faite aux femmes dans les programmes, rappeler l’apport des femmes dans tous les champs du savoir et dans les matières enseignées et introduire des contenus relatifs à la construction des rôles sociaux.
Quand on est à l’intérieur du système on rit et on pâlit en lisant ce gente de phrases, on sent poindre tous ces textes insipides, ces discours prêchi-prêcha, tout ce savoir utilitaire qui ennuie, qui ne sert à rien, qui prend du temps sur l’essentiel, qui est artificiel et que les élèves n’entendent pas. Point n’est besoin de parler des femmes et de les valoriser spécifiquement, il suffit, tout simplement, de faire lire les élèves, de leur faire travailler la LITTERATURE pour qu’ils apprennent à réfléchir, à nuancer et, en plus fassent leurs les valeurs véhiculées. Evidemment, les politiques comme les pédagos fous ont peu à peu travaillé à faire disparaître des programmes des pans entiers de cette littérature et ils s’étonnent maintenant que les valeurs ne soient plus transmises !
La mise en œuvre de cette convention sera assurée par un comité national de pilotage et de suivi interministériel. Celui-ci s’appuiera sur des groupes interministériels implantés dans chaque académie (délégations régionales et missions départementales aux droits des femmes, syndicats professionnels, chambres consulaires, services déconcentrés du ministère de l’emploi et de la solidarité, de l’agriculture et de la pêche et des associations compétentes…) et sur le réseau des chargés de mission académiques à l’égalité des chances, renforcé à cet effet.
Un bilan des actions réalisées sera élaboré et rendu public chaque année.
Parallèlement, afin d’évaluer l’efficacité des dispositifs mis en œuvre depuis la première convention signée entre le ministère de l’éducation nationale, de la recherche et de la technologie et le ministère des droits de la femme en 1984, un rapport sera publié et diffusé aux acteurs.

Morte de rire ! Combien d’inutiles, de nuisibles, dans ces comités de pilotages qui se gargarisent de ce titre pompeux qui ne sert qu’à justifier leurs coûteux appointements ? On paye le prix fort en France à la mode des comités en tous genres, à la parlotte institutionnalisée, à la réunionnite aiguë. Il n’en sort JAMAIS rien de bon ni pour l’élève, ni pour l’enseignant, ni pour le savoir ni pour l’école, ni pour les deniers publics. Quel gâchis !
Bref, la mixité, grave problème, peut devenir une usine ubuesque pour technocrates désireux d’exister et alibi pour tous ces gens qui, à la tête de notre pays ou de l’Europe veulent nous convertir à une société qui broie l’homme et la femme. Le féminisme est nécessaire, mais, comme partout et pour tout, il faut raison garder et se méfier des excès, parfois pires que le mal.
J’ajouterai à ce propos que je ne comprends pas les féministes qui souhaitent la victoire de quelqu’un sous prétexte que c’est une femme et non pas parce que cette personne a ou aurait des qualités indéniables. C’est là un raisonnement antirépublicain. C’est pourquoi, femme ou pas femme, je me suis réjouie de la défaite de Royal qui aurait fait à peu près la même chose que Sarkozy et aurait conduit tout droit, en 2012, à l’émergence d’une extrême-droite revitalisée par les déceptions populaires. Hélas ce scénario ne sera même pas à exclure si, en 2012, ce sont toujours les mêmes apôtres de la social-démocratie qui incarnent la candidature de gauche, les mêmes technocrates pleins d’idées inapplicables et absurdes, les partisans d’une place accrue des religions dans le domaine public comme Royal, Delanoe ou Aubry. On rappellera la place Jean-Paul II que l’on doit à Delanoe, les propos de Royal sur Ayaan Hirsi Ali., osant mettre sur le compte de sa souffrance de femme ses critiques de l’islam, ou les horaires de piscine réservés aux femmes par Aubry…
Et il paraît qu’ils ont beaucoup d’autres idées pour faire notre bonheur … brrr!
Christine Tasin
http://christinetasin.over-blog.fr
(1) http://www.ripostelaique.com/Du-danger-de-mettre-ensemble-des.html
(2)http://www.education.gouv.fr/cid4006/egalite-des-filles-et-des-garcons.html
(3) http://www.education.gouv.fr/botexte/bo000309/MENE0000586X.htm
(4) http://www.education.gouv.fr/bo/2007/5/MENE0603248X.htm

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