Pourquoi nous avons peur

Publié le 15 décembre 2007 - par
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Si nos frères musulmans veulent s’épanouir en Occident, ils doivent changer – comme la France a su le faire par les Révolutions de 1789, de 1830 et de 1848, et comme elle saurait encore le faire. A eux donc de définir des priorités à visage humain, en commençant par le bannissement de la violence pour régler de simples conflits d’interprétations ! Et puisque les populations musulmanes sont à même de réagir vivement à la violence fictive d’un coup de crayon, elles devraient pouvoir réagir à la violence effective de ceux qui prennent des tours pour des pistes d’atterrissage, ou qui décapitent Nick Berg ou Daniel Pearl parce qu’ils sont juifs !

Or, face à ce type d’horreurs, l’Occident reçoit au mieux des marques de silence, au pire des manifestations d’allégresse, comme il s’est vu un peu partout dans la communauté musulmane de quelque pays que ce soit après les attentats du 11 septembre : pourquoi ? Mais il y a tellement de « pourquoi » !

Pourquoi ceux qui défendent avec la détermination que l’on sait la liberté religieuse ne manifestent-ils point contre le régime saoudien qui interdit aux chrétiens vivant en Arabie Saoudite de célébrer la messe, et punit de mort ceux qui propagent la Bible en arabe ? Pourquoi ne s’élèvent-ils pas contre la loi algérienne adoptée le 20 mars 2006, qui punit d’une amende de 10 000 euros et jusqu’à 5 ans de prison « quiconque incite, contraint ou utilise des moyens de séduction tendant à convertir un musulman à une autre religion » ? Pourquoi ne s’insurgent-ils pas contre le Front Moro de Libération Islamique qui, aux Philippines, décapite des prêtres ? Pourquoi ne dénoncent-ils pas les musulmans qui brûlent des chrétiens au Nigeria ? Pourquoi ne protestent-ils pas, d’une façon générale, contre le sort réservé aux religions non musulmanes en terre d’Islam ?

Pourquoi de plus en plus d’étudiants musulmans demandent l’interdiction du Mahomet de Voltaire, sans se soucier un seul instant de L’Antéchrist de Nietzsche ? Pourquoi s’offusquent-ils qu’on puisse montrer l’érotisme des danses orientales, et ne disent-ils pas un mot sur Les Onze mille verges d’Apollinaire ? Pourquoi incriminent-ils le prétendu « racisme » des évocations orientales de Chateaubriand, sans jamais accuser le racisme d’où qu’il vienne ? Comment se fait-il que la communauté musulmane reconnaisse en chaque mosquée « un lieu de recueillement et de prière » qui commande le respect, et qu’elle ne semble point troublée par l’occupation illégale de nos églises ? Nos églises ne sont-elles pas des lieux « de recueillement et de prière » ? Ne méritent-elles pas, à ce titre, le même respect ?

Que faut-il en conclure ? Que l’islam ne s’intéresse qu’à l’islam ? Que le monde se réduit à l’islam seul ? Que l’islam veut, à terme, réduire le monde non islamique comme on réduit l’ennemi par le fer et le feu ? Si le régime de fer qui cadenasse l’Iran déchaînait le feu nucléaire sur Israël, le feu nucléaire ne se déchaînerait-il pas sur l’Iran ? L’échange se cantonnerait-il à ces deux pays ? Les retombées radioactives respecteraient-elles les frontières ? Et quid des retombées politiques ? Est-ce à cela que doit conduire la soumission au Dieu de miséricorde et de paix ?

NOUS AVONS PEUR !

La situation actuelle est suffisamment sérieuse pour qu’un questionnement de ce type ne soit pas écarté. Or, nous l’écartons de toutes nos forces, au point d’oublier qui nous sommes. Et je crains que la raison de cet oubli ne soit contenue dans cette nouvelle donne géopolitique qui fait que nous sommes dans le viseur de certains musulmans de notre pays, comme de certains pays musulmans, et que nous avons peur ! Voilà pourquoi, en France comme en Europe, nous avons peur de faire de la politique, c’est-à-dire d’assumer « ce perpétuel péril de guerre au milieu de l’universel désir de paix ». (Jean Jaurès, Discours à la Chambre des députés, 7 mars 1895)

D’où nos amputations progressives, que nous dissimulons sous le prétendu respect de ceux qui nous tiennent en respect ! D’où nos sursauts contre nous-mêmes ! D’où nos indignations contre l’indignité de quelques dessins ! Sus donc aux caricatures, et par suite aux dessins ! Sus aux journaux satiriques, et par suite aux journaux ! Sus aux films de divertissement, et par suite au septième art ! Sus aux imitateurs, et par suite au music-hall ! Sus aux humoristes, et par suite à la plaisanterie ! Sus aux libres penseurs, et par suite à la pensée ! Sus à la pensée, et par suite à l’homme ! Sus à l’homme, et par suite… ?

Mais la peur n’est pas une excuse, surtout lorsque cette peur émane du Pouvoir. Tout Pouvoir a un devoir, et ce devoir, c’est de pouvoir ! Si tout Pouvoir est périlleux, l’absence de Pouvoir est pire ! En politique, la faiblesse est une erreur, et la bonté une niaiserie : si la bonté régnait, pourquoi aurions-nous une police, des tribunaux, des huissiers, une armée ? L’humanitaire lui-même a besoin de la politique, et la politique a besoin de fermeté, surtout si cette politique est démocratique, car que peut faire une démocratie face à ceux qui la combattent ? Les ignorer ? Mais s’ils ne l’ignorent pas ? Les respecter ? Mais s’ils ne la respectent pas ? Les tolérer ? Mais s’ils ne la tolèrent pas ? Les convaincre ? Mais comment le pourrait-elle s’ils sont convaincus de la justesse de leur combat ?

Maurice Vidal

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