Pourquoi nous sommes à notre place à Riposte Laïque

Nous, Annie Sugier et Anne Zelensky, sommes irritées et blessées par une rumeur qui colporte sur notre revue des bruits nauséabonds : nous serions racistes, antimusulmans, proches de l’extrême droite, pro-catholiques… Cette image détestable, véhiculée par une poignée de bien pensants de gauche, qui ne nous lisent même pas ou qui interprètent ce que nous écrivons, est une véritable insulte à notre honneur. Pendant ce temps, partout où nous sommes invité/es sur le terrain, en France, le public nous manifeste chaleureusement son soutien. Le décalage se creuse entre une minorité qui se prend pour l’élite et une majorité qui n’ose plus s’exprimer.
Croyez-vous vraiment que des féministes reconnues, compagnes de route de Simone de Beauvoir, et solidaires des combats de la gauche depuis des décennies, auraient accepté de collaborer à une revue correspondant à ces accusations ? Riposte Laïque réunit sur des thèmes communs – la question du voile islamique, la laïcité, la défense des droits des femmes – des gens venus d’horizons divers, aux parcours et aux sensibilités différents. Esprits libres, ils/elles tentent de produire une réflexion originale sur ces problèmes, sans a priori, ni souci de correspondre au politiquement correct.

Des exemples. On peut être en désaccord sur certains points avec Eric Zemmour – n’a-t-il pas fustigé les féministes ? – et coïncider avec lui sur sa critique du voile. Se poser des questions pertinentes sur l’immigration ne signifie pas qu’on la rejette en bloc et qu’on demeure insensible à la souffrance des exilés. Rejoindre Geert Wilders, le député néerlandais, classé à l’extrême droite par la presse bien-pensante, (bien qu’il défende homosexuels et juifs), sur sa critique du Coran, ne veut pas dire qu’on partage ses positions politiques.
Il faudra bien que nos bien pensants osent un jour consentir à critiquer ce fameux texte, qui, comme tous les textes religieux, doit évoluer et renoncer à ses prétentions à faire la loi pour tous. Leur frilosité qui ressemble à de la lâcheté, autorise la progression d’une idéologie dont les visées expansionnistes sont une menace pour le monde libre.
Riposte laique est pour nous une façon d’agir et d’échanger avec des milliers de lecteurs au fil de l’actualité. Une façon d’oser prendre parti et de progresser dans notre réflexion. Nous tentons de sortir du manichéisme si facile et si propice à la pensée totalitaire, nous nous essayons à surmonter notre tendance bien humaine à rejeter en bloc une personne, dès lors qu’elle n’est pas d’accord avec nous sur une des questions qui nous préoccupent. Cela s’appelle la tolérance, pas celle qui se confond avec le mépris mais au contraire avec l’estime. Quand une Taslima Nasreen ou une Ayaan Hirsi Ali, dit ou écrit la même chose que nous, elle a la bénédiction de ceux qui prétendent représenter l’opinion.
Quand Djemila Benhabid écrit dans son livre « Ma vie à contre Coran » (éditeur ?) : « Le voile illustre l’état de délabrement intellectuel, culturel, et spirituel de la pensée islamique contemporaine. » ( p.64), personne n’aurait l’idée de la traiter d’islamophobe. Faut-il être née musulmane pour avoir le droit de critiquer l’islam ou les dictatures archaïques qui en adoptent la loi ? Au nom de quoi aurait-on décidé d’avoir l’universalisme honteux ?
Par contre les mêmes qui nous stigmatisent, sont bien indulgents avec ceux qui dénigrent notre culture française. Pourquoi cette honte d’appartenir à un pays qui a su élaborer et promouvoir une conception généreuse de l’humain, à travers les droits de l’homme, la laïcité, l’égalité homme/ femme ? Elle a servi de modèle au monde entier, même si elle comporte des zones d’ombre. Nulles plus que nous, les femmes, n’en ont pâti.
Nous, qui venons d’ailleurs, Annie d’Espagne, Anne de Russie, apprécions cette terre d’accueil qu’ont choisi nos parents ou nos grands-parents.
Ceci étant, nous ne sommes pas toujours d’accord avec l’expression parfois abrupte de certains articles, qui ont tendance à cogner trop fort. Mais comment taper sur la table sans faire de bruit ? Il faut cependant savoir clore les polémiques et ne pas se complaire dans l’affrontement, éviter les procès d’intention, et les insinuations malveillantes.
L’affaire Fanny Truchelut a marqué un tournant décisif dans le paysage laique et féministe. Il y a ceux/celles qui se sont imposé une autocensure dans la critique de l’islam, pour des raisons tactiques, et les autres qui osent aller au bout d’une logique qui, loin de stigmatiser les musulmans, les prennent pour des égaux, capables d’entendre une critique que beaucoup partagent, et capables de passer outre l’intimidation qu’exercent sur eux les plus extrémistes.
Oui, nous écrivons dans Riposte Laïque, parce que nous y trouvons un lieu rare de libre expression, dans un univers intellectuel frileux et étouffant de conformisme.
Annie Sugier et Anne Zelensky

image_pdf
0
0