Pourquoi un militantisme si passionnel en faveur de l’euthanasie ?

Publié le 24 janvier 2011 - par
Share

Dans une conjoncture où aucun des politiques en place ne s’émeut de l’indignité qui frappe de plein fouet la vie des hommes livrés aux méfaits de la mondialisation marchande et financière (exclusion sociale, pauvreté, chômage, désespoir, suicide), on peut se demander ce qui motive réellement leur soudaine passion pour « la dignité de mourir par l’euthanasie « , soigneusement orchestrée par les médias…1

L’ADMD (Association pour le Droit de Mourir dans La Dignité), qui se distingue par un militantisme actif en faveur de la légitimation de l’euthanasie, peut contribuer à nous éclairer. Il n’est pas indifférent que le président de cette association, Jean-Luc Romero, est aussi celui du groupe de réflexion UMP “ On est là ! ” qui se donne pour vocation de « déringardiser » la droite en lui permettant d’affronter des questions de société taboues. Ainsi ce groupe propose t-il, outre la légitimation de l’euthanasie, tout un panel d’extensions de jouissances tels la création de « salles de shoot » où serait délivrée de l’héroïne sous contrôle médical, le droit à l’adoption pour les couples homosexuels, un « cours des différences de genre et d’éducation sexuelle de la sixième à la troisième ». 2

Cette inscription singulière de l’euthanasie au coeur de ce panel représentatif de l’idéologie libérale-libertaire, structurée par l’Impératif de jouissance consumériste, peut nous éclairer sur la dynamique, plus ou moins inconsciente, qui sous-tend le débat passionnel sur l’euthanasie.

La logique implicite au militantisme en faveur de l’euthanasie, c’est en effet que la vie ne vaut la peine d’être vécue qu’à l’aune des jouissances que l’on peut s’y servir. Où nous pointerons le versant à la fois utilitariste et mortifère du libéralisme libertaire en cours de totalitarisation.

Dans l’immédiat, le plus dur pour les « gouvernances » (dont on sait qu’elles ne se préoccupent plus que d’économie, je veux dire… de profit) c’est de déverrouiller la boîte de Pandore : légitimer le droit de tuer. Selon les modalités de « ‘l’air du temps », la stratégie adoptée est de déguiser les intentions et le forfait sous des habits « humanitaires »…
Nous voyons en effet que l’activisme en faveur de l’euthanasie se propulse à l’opportunité de tragédies intimes portées régulièrement sur le devant de la scène médiatique. Cette stratégie qui appelle à la communion dans le pathos, s’applique à affecter à l’euthanasie une immense valeur humanitaire, à donner à ses figures représentatives un profil sublime et héroïque, a pour vocation de rallier les masses à cette cause afin de lui affecter le sceau de la légitimité populaire. Ainsi en est-il du zèle « compassionnel « pro-euthanasie promu comme exemple par un ministre en exercice, M. Kouchner, qui exprima publiquement son acquiescement au désir de Mme Sébire de se faire euthanasier, en valorisant cette décision par l’expression de son « admiration et de son amour »… 3

En effet, légiférer arrangerait bien la question omniprésente de la jouissance dans sa version libérale : celle du profit. Car la légitimation de l’euthanasie ouvre aux « gouvernances » le pouvoir de statuer sur la légitimité à vivre des plus faibles. Dans un contexte où ne prévaut plus que la rentabilité, les coûts de la vieillesse, de la santé et celui des retraites sont aux avant-postes sacrificiels en raison de leur rapport jouissance/prix, aussi onéreux qu’anachronique dans un contexte où toute finalité humaine et sociale est perdue de vue pour ne plus prendre en compte que les exigences gestionnaires du Profit.

La solution la moins chère pour les vieux, les souffrants, les grabataires et toutes espèces de « peines à jouir » étant évidemment le cercueil…
Alors, quelle aubaine quand les malheureux intéressés collaborent à l’idéologie au point de faire eux-mêmes appel à l’euthanasie. L’idéal sado-masochiste du système libéral-libertaire , devenu totalitaire, atteint là un sommet inespéré…

Véronique Hervouët

1. On peut s’étonner par exemple que la logique du Marché, implacable comme on le sait, puisse demander à des travailleurs de métiers pénibles d’exercer leur métier plus longtemps pour combler les déficits, au point de condamner la plupart d’entre eux à arriver à la retraite dans un tel état d’usure physique et psychologique que l’on doit augmenter les demandes de prise en charge pour de multiples handicaps liés à cette situation. Cela paraît a priori aberrant, sauf si l’euthanasie vient opportunément offrir ses «  »secours  » à ces malheureux …

2. Voir  » L’homosexualisme, dernier avatar de la révolution sexuelle et cheval de Troie du néolibéralisme  » en ligne sur l’Observatoire du Communautarisme.

3. « J’ai beaucoup d’admiration et d’amour pour Chantal Sébire », M. Kouchner (Le point 19/03/2008).

Print Friendly, PDF & Email
Share

Les commentaires sont fermés.