1. Préambule : pour une vision républicaine des langues régionales

Publié le 23 septembre 2008 - par
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Il est temps pour un républicain laïque de faire connaître une position claire dans le domaine de la politique des langues, car c’est bien insidieusement que l’offensive contre les fondements de la constitution du concept républicain de nation se fait en utilisant la « défense des langues régionales et minoritaires » et la promotion de l’anglais comme langue véhiculaire. En effet les forces mondialistes héolibérales agissent notamment par ces deux biais pour affaiblir le fondement des
états-nations, et ainsi réduire nombre d’obstacles politiques à leurs domination.

La République Française est certainement pour eux l’obstacle le plus coriace dans sa conception républicaine d’égalité en droit, de fraternité sociale et de liberté individuelle, source du concept de laïcité émancipatrice qui fonde l’unité de la nation. Or, un des éléments de cette unité de la nation a été, pour la réaliser et lui permettre d’avoir cette force politique, l’adoption d’une seule langue nationale, la langue française

Certes c’est le régime capétien qui, par François 1er et son édit de Villard-Cotteret en 1539, fut la source de cette politique de construction de l’unité nationale par le moyen d’une seule langue officielle qui soit une langue parlée et non une langue antique savante qui n’était plus parlée comme le latin, même si elle était universellement utilisée par l’Eglise Catholique dans toute l’Europe.

Mais c’est la révolution française, héritière de la pensée des « Lumières », qui en 1789 et les années suivantes, fit de la langue française un moyen privilégié de la constitution de la République française en une nation unie et unique de l’ensemble des citoyens vivant dans le pays, quelque soit leur origine.

Nous rappellerons pour ce faire la célèbre phrase du rapport du conventionnel occitan Barère en 1794 : « Le féodalisme et la superstition parlent bas-breton, l’émigration et la haine de la république parlent allemand, la contre-révolution parle italien, et le fanatisme parle basque ». Cette phrase est-elle toujours d’actualité? Sans doute, si on la recadre un petit peu pour l’époque actuelle: l’allemand doit sans doute être remplacé par l’anglais, l’italien par le latin du Vatican, mais pour le reste, y a-t-il quelque chose à modifier? Certes, bien sur en précisant quand même avec force que l’inverse de cette affirmation n’est pas forcément vrai : l’obligation de l’utilisation de la langue française dans la vie publique n’est pas faite pour interdire par ailleurs toute autre langue dans les échanges privés entre personnes qui ne peut relever que du choix de chacun pour assumer de la manière qu’il le veut bien ses liens communautaires ou d’origine.

Car ce qui nous différencie de l’époque où il était nécessaire d’engager nombre des mesures coercitives pour imposer la langue nationale contre l’obscurantisme n’a plus de raison d’être. Le combat est gagné au bout de 200 ans pour que la langue française soit la langue parlée par tous les français… à moins que l’offensive menée contre l’état-nation par les forces mondiales néolibérales prenne ce moyen d’affaiblissement de toutes les langues nationales et tente de remettre en cause cet acquis de l’utilisation universelle du français en France!!!

Comme tant d’autres je ne peux que faire référence au passé de combat de mes ancêtres. 6 sur 8 de mes arrière grands-parents avaient eux-même des parents, paysans illettrés de la région Rhône-Alpes qui parlaient presque exclusivement Arpitan (appelé aussi franco-provençal) ; mais républicains anticléricaux intransigeants dans leur combat sous le Second empire dans des milieux hostiles, ils obligèrent leurs enfants à aller à l’école pour apprendre à lire et à écrire en français, en leur interdisant eux-même de parler à la maison le patois local de l’arpitan. La pratique du français était pour eux le moyen indispensable pour acquérir un savoir émancipateur, seul capable pour eux d’écraser l’obscurantisme religieux, royaliste ou bonapartiste.

Nous ne pouvons pas oublier les modalités de ce combat de toutes les familles républicaines pour définir à notre époque une politique linguistique adaptée qui conforte les principes républicains laïques.

Car la lutte pour affaiblir les états-nations afin de permettre aux grands groupes financiers mondiaux d’étendre leurs profits par une augmentation de l’exploitation capitaliste passe désormais par la tentative d’imposer la langue anglaise comme langue véhiculaire. Ce sont d’ailleurs les capitalistes mondiaux à domination anglo-saxonne qui le disent expressemment :

– d’abord lors de l’ANGLO-AMERICAN CONFERENCE de 1961 qui proclame la nécessité d’imposer la langue anglaise partout pour modifier les mentalités dans le monde entier en faveur des valeurs de la mondialisation anglo-saxonne.

– puis la PRAISE CULTURAL IMPERIALISM de 1997 dont les conclusions sont : « il y a de l’intérêt économique et politique des étasuniens de veiller à ce que, si le monde adopte une langue commune, ce soit l’anglais ».

– enfin l’acte de foi de Margaret Thatcher prononcé en l’an 2000 : «au 21ème siècle, le pouvoir dominant est l’Amérique, le langage dominant est l’Anglais, le modèle économique est le capitalisme anglo-saxon ».

Evidemment, le meilleur moyen d’imposer la langue anglaise comme langue véhiculaire commune est d’affaiblir les langues nationales en les supplantant progressivement par le développement de la pratique des langues dites « régionales et minoritaires » à l’intérieur des états-nations.

Il paraît évident que la Charte européenne dites « des langues régionales et minoritaires » est instituée dans cet objectif et non pour simplement protéger et développer ces dites langues. Rappelons en effet déjà que l’adoption de cette Charte impose l’utilisation dans tous les actes de la vie publique dès qu’un certains nombre de locuteurs le demandent (même si d’ailleurs nombre de ceux-ci parlent mal ou même pas du tout ces langues). L’objectif politique est donc bien d’affaiblir les structures des états-nations en faveur de toutes les sortes de féodalités qui sont, elles, les alliés objectifs de la mondialisation néolibérale et de leurs profits.

C’est bien l’analyse qu’il faut faire de l’adoption le 21 juillet 2008 dans la Constitution française de l’amendement « les langues régionales font parti du patrimoine de la France » qui, curieusement n’apporte rien à la préservation de ces langues. Elle n’est donc certainement que le premier pas vers l’adoption de cette Charte européenne pour mieux asseoir par ce biais l’hégémonie de l’anglais et par voie de conséquence concourir à l’affaiblissement de la langue française, support de l’unité nationale par la réalisation effective de l’égalité en droit de tous.

Cette adoption est d’autant plus curieuse qu’il n’est pas fait mention dans la même occasion de la richesse culturelle apportée par les langues des immigrés tout au long de notre histoire.

Cette adoption est aussi d’autant plus curieuse qu’il n’est rien proposé après les conclusions du fameux rapport GRIN (professeur de l’économie de la communication linguistique à l’université de Genève), paru en Octobre 2005, établi à la demande du Haut Conseil de l’évaluation de l’Ecole en France (organisme officiel dépendant du ministère de l’Education Nationale) sur le problème de l’apprentissage des langues étrangères, qui démontre sans appel que la solution de l’apprentissage de l’Espéranto comme première langue chez les jeunes (après le français) est la plus avantageuse et la plus adaptée pour apprendre plus facilement par la suite d’autres langues et faire un rempart efficace à l’hégémonie de l’anglais.

C’est donc en une dizaine d’articles que je vais m’efforcer de définir une authentique politique des langues dans un point de vue républicain laïque, en analysant au départ la situation linguistique de la France et de l’Europe.

Valentin BOUDRAS-CHAPON

Ces articles sur le point de vue républicain laique pour une politique des langues sont à relier en premier lieu = la conception républicaine de la nation que j’ai exposé en 16 articles et consultable sur le site; http://laicite.republique.free.fr du cercle « Laicité et République Sociale »

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