Propositions autour du vidéogramme révélé par Djamila Gérard sur l’abattage rituel

Publié le 21 décembre 2009 - par
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Je ne regarde jamais ces horreurs, il y aurait de quoi se fâcher avec l’humanité tout entière.

Pour ce qui est de vider les bêtes de leur sang, je ne souscris pas à l’explication hygiéniste et utilitariste qu’on trouve dans Wikipédia et ailleurs. Comme pour la circoncision, c’est d’autre chose dont il est question. Faut-il manger les bêtes ou non ? La question taraude l’homme (omnivore, mais dont le système digestif, intestin moyennement long et bouche pauvre en canines, l’apparente plutôt à un granivore-frugivore) au moins depuis la Grèce antique. Le sang dans la Bible et souvent dans l’antiquité est le support de l’âme. On leur prend leur corps, on ne va pas de plus leur prendre leur âme. Il s’agit de ne pas rajouter de la peine à la peine.

Pour ceux qui ne l’ont pas lu, je conseille le livre d’Elisabeth de Fontenay, «Le silence des bêtes, la philosophie à l’épreuve de l’animalité », somme de 800 pages, qui interroge la philosophie sur cette question, des présocratiques jusqu’à Derrida.

Elle pense que le temps des sacrifices a été un âge d’or pour les bêtes, elles y jouissaient d’un statut d’être animé, digne de considération. Elle reproche au christianisme d’avoir trop privilégié le propre de l’homme, homme fait à l’image de Dieu, et puisque Dieu s’est offert en sacrifice tel un agneau, d’avoir aboli ce statut et fait qu’on ne se pose même plus la question de savoir ce qui rentre dans notre bouche. La conséquence est cet abattage industriel qu’on veut ignorer. C’est ainsi qu’elle voit dans l’abattage rituel des juifs et des musulmans des restes de cet âge d’or.

Il est regrettable qu’elle ne dise pas que les contraintes de l’industrialisation, ajoutées aux obligations rituelles, engendrent l’horreur au centuple. La dérogation à l’étourdissement des bêtes pour l’abattage rituel est une monstruosité. C’est une directive européenne qui a imposé cette dérogation, avec subsidiarité admise dans un premier temps, et subsidiarité supprimée dans un deuxième temps. La viande halal se retrouve de plus en plus dans le circuit classique sans que les consommateurs ne le sachent.

C’est dommage que les républicains du XXe siècle ne se soient pas emparés de la question comme ceux du XIXe siècle. Michelet était végétarien dans l’âme, sans pratiquer, et pensait que «persécuter les animaux c’est compromettre la démocratie», Victor Hugo l’était réellement.

Nous sommes au XXIe siècle et il n’est jamais trop tard pour bien faire. J’ai toujours trouvé choquant les menus sans porc ( encore que je me réjouissais pour les cochons), et encore plus choquant les menus halal. Le menu sans viande, qui ne convient qu’aux musulmans, puisqu’il n’est pas végétarien, des cantines scolaires de Lyon, est une capitulation devant les pressions communautaristes des musulmans, en attendant le halal généralisé. Michèle Vianès a bien fait de saisir le tribunal administratif.

Plutôt que de construire des digues qui céderont les unes après les autres, pourquoi est-ce que la République ne ferait pas droit à cette question philosophique posée depuis la Grèce ancienne ? La commission Stasi avait recommandé des menus de substitution quand cela est possible. Un menu de substitution pour ceux qui le veulent, oui, mais végétarien. Exit le sans porc, le sans viande et le halal. Voilà qui replacerait le sacré républicain au dessus des particularismes et qui rendrait un peu ridicules ces misérables interdits et obligations eu égard à la gravité de la question.

Je fais cette proposition de menu de substitution laïc, associée à celle d’un retour à la douceur de la loi républicaine par la suppression de la dérogation à l’obligation de l’étourdissement des bêtes pour l’abattage rituel. Voici une contribution-réponse à l’éditorial de Cyrano dans le n° 113 de Riposte Laïque qui appelait les lecteurs à faire des propositions pour que vive la République.

Pascal Olivier

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