Quand la Libre Pensée du 78 ne veut surtout pas qu’on interdise la Burqa…

Publié le 4 novembre 2008 - par

La Libre Pensée du 78 vient de se ridiculiser totalement dans un texte prétendant critiquer la proposition de loi de Jacques Myard (1). La mauvaise foi y côtoie le grotesque. La haine du catholicisme y côtoie la plus basse complaisance pour l’islam. La compassion pour les RMistes y côtoie l’indifférence au sort des femmes. Qu’on en juge.

Le titre du pamphlet de Sam Ayache, “Un texte discriminatoire et liberticide”, pouvait laisser penser que le fond du texte proposé par Jacques Myard serait présenté dès l’introduction. Que nenni !

Ce grand morceau de littérature commence par ce qui n’a aucun rapport avec la condition des femmes ni le port de la Burqa, une anecdote : en participant à l’inauguration du lycée Jean-Paul II de Sartrouville, Jacques Myard aurait montré son attachement à la religion catholique et aurait donc perdu le droit de se battre pour la laïcité.

D’emblée on voit que les arguments vont être biaisés et que qui ne crache pas sur le catholicisme ne pourrait défendre la laïcité. Or, si, à Riposte Laïque, l’on est plus que réservé sur les compromissions des élus avec les religions, quelles qu’elles soient, il faut reconnaître que nombreux sont les citoyens qui considèrent qu’il entre dans les attributions de leurs maires d’inaugurer tout bâtiment, public ou privé, et que, par ailleurs ses concitoyens attendent très souvent de tout maire de petit village, quelles que soient ses convictions, qu’il organise les travaux d’entretien des églises et participe aux éventuelles inaugurations après restauration.

On pourrait ajouter qu’au sommet même de l’Etat on reçoit le pape, des ministres participent à la messe que celui-ci sert et participent même à la rupture du jeûne lors du Ramadan… On sait que tout cela, à Riposte, nous semble aberrant et est contraire à la laïcité. Néanmoins, dénier au seul Jacques Myard le droit de défendre la laïcité à cause de ces péchés véniels largement répandus dans la sphère politique, c’est vraiment s’acharner sur un bouc émissaire. C’est vraiment vouloir empêcher un homme courageux, et qui n’a pas sa langue dans la poche de parler.

Le reste de la démonstration vaut son pesant de cacahouètes :

D’abord, la proposition de loi de Jacques Myard serait ” discriminatoire car [elle] ne vise évidemment que la religion musulmane” Ah bon ? Parce que vous connaissez d’autres religions qui obligent les femmes à porter la burqa ?

Oui, prétend notre adepte de la libre pensée, prêt à tout pour attaquer le catholicisme et encenser l’islam, les “bonnes sœurs catholiques” qui ont l’obligation de chasteté… A se rouler par terre ! Quand quelques femmes choisissent de se consacrer à Dieu exclusivement, d’en faire “leur mari” et de lui rester fidèle, ce serait pire que l’obligation faite à toutes les femmes de se couvrir des pieds à la tête ? Bien mieux, puisque l’on tolère que des femmes, librement, choisissent de ne pas avoir de sexualité, on devrait tolérer toute obligation de se cacher faite à l’ensemble des femmes ??? Autrement dit, il est interdit de tolérer que des femmes (et des hommes ?) décident de rester vierges toute leur vie ! La Libre Pensée des Yvelines se veut stalinienne et totalitaire. Sa vision du bonheur doit être imposée à toute l’humanité ! Elle est belle votre liberté, Messieurs de la Libre Pensée !

Ensuite, la proposition de M. Myard serait discriminatoire à un second titre, “elle contrevient aux règles les plus élémentaires de l’équité en matière de justice puisqu’elle prévoit des sanctions différentes en fonction de la nationalité des contrevenants”. Effectivement, le député de la 5° circonscription des Yvelines prévoit une amende pour les Français et l’expulsion pour les étrangers. Quoi d’étonnant ? Si un étranger ne respecte pas la loi française, il s’expose, tout à fait normalement et légalement, à ne plus être accepté sur le territoire de la République. C’est précisément cela l’équité ! Mais, bien évidemment, pour Sam Ayache, oser imposer à celui qui arrive en France pour y vivre de respecter, sauf à quitter le territoire, les lois comme n’importe quel habitant du territoire national constitue une atteinte insupportable au droit d’affirmer sa différence, sa culture, sa religion, éléments apparemment prioritaires sur le droit du pays d’accueil et sur ce qui fonde une nation, sur ce qui fonde le vivre ensemble.

Enfin, le plus drôle (mieux vaut en rire qu’en pleurer) c’est le passage prétendant démontrer que le texte est liberticide car, en interdisant que quiconque ait le visage voilé, et ce malgré les prescriptions religieuses ou culturelles, Jacques Myard prétendrait “dicter aux habitants du territoire de la République la façon dont ils s’habillent, ce qui lui vaut une interpellation musclée : “De quel droit un député de la République se permet-il de décider de la teneur des prescriptions religieuses ?”

Vous l’avez compris, s’il est monstrueux car anti-laïque pour un maire d’inaugurer un lycée privé catholique, il serait monstrueux de ne pas accepter, recommander et appliquer les prescriptions religieuses qui doivent avoir le pas sur les lois de la République.

Vous l’avez compris, la République idéale de monsieur Sam Ayache, c’est une théocratie. Vous l’avez compris, Monsieur Sam Ayache rêve de voir les mollahs iraniens, seuls habilités à décider de la façon dont s’habillent les Iraniennes, et seuls habilités à décider des prescriptions religieuses remplacer nos députés et sénateurs ! Elle est belle votre liberté, Messieurs de la Libre Pensée !

Quant à la dernière partie du texte de Sam Ayache, elle relève non seulement de la fantaisie la plus débridée mais aussi des pires sophismes : “le port du voile heurte la conscience ? Mais il est d’autres choses qui heurtent la conscience, mendiants et SDF par exemple et, surtout, les mendiants et SDF subissent leur condition quand les femmes voilées, dans leur écrasante majorité, ont choisi d’être voilées”.
Exactement comme les femmes excisées ont choisi, librement, de faire exciser leurs filles. Exactement comme les femmes Afghanes ont choisi d’être exclues des soins et de l’éducation sous les Talibans, exactement comme les femmes soumises ont choisi d’être battues… Ainsi, puisqu’il y a en France des RMistes et des SDF, il est interdit de s’occuper de quoi que ce soit d’autre et de légiférer !!!!

Sam Ayache, systématiquement, choisit un procédé de rhétorique basique : il détourne l’attention du problème évoqué en prétendant qu’il y a des choses plus importantes, il compare ce qui n’a rien à voir et, dans la foulée, n’hésite pas à comparer une police française qui serait chargée de veiller à ce que les femmes ne soient pas discriminées à la police qui sévit en Arabie Saoudite pour interdire aux femmes de laisser une mèche dépasser de leur voile ou pour les empêcher de conduire… Elle est belle votre liberté, Messieurs de la Libre Pensée !

Par ailleurs, on peut s’interroger sur la cohérence de la Libre Pensée du 78, qui livre par ailleurs un juste combat contre les carrés musulmans dans les cimetières ou le financement public de salles de prières. Refusant ainsi la séparation des corps morts elle accepterait volontiers celle des vivants quand elle concerne les femmes ? Comment les adhérents de l’association peuvent-ils accepter ces contradictions ?

Il y a là un fonctionnement intellectuel pervers qui rappelle les procédés de l’extrême gauche, prête à tout accepter de ceux qu’elle considère comme des exploités, de ceux dont les ancêtres ont pu être exploités ou colonisés, prête à se battre pour que la “religion des pauvres”, l’islam, mette à genoux la République, pourvu que les Français de souche, fussent-ils descendants de mineurs exploités au XIX° siècle, fussent-ils descendants d’immigrés espagnols, italiens ou portugais soient humiliés, niés dans leurs valeurs, voire leurs croyances. Evidemment, on peut supposer que le fait que Jacques Myard soit de droite, même si ce n’est pas dit, justifie et explique cette attaque indéfendable…

Que de haine ! Quel besoin de revanche, quelles frustrations tout cela cache-t-il ?

Christine Tasin

(1) La proposition de loi déposée par Jacques Myard : Un texte discriminatoire et liberticide

Le député-maire (UMP) de Maisons-Laffitte a participé, aux côtés du maire (UMP) de Sartrouville, à la bénédiction du nouveau lycée Jean-Paul II de Sartrouville. L’évêque des Yvelines, Monseigneur Aumônier (ça ne s’invente pas) est venu bénir la construction de ce nouvel établissement scolaire confessionnel.

Il peut être utile de préciser que cet établissement catholique a reçu près de 2 millions d’euros de subventions votées (selon le maire de Sartrouville) à l’unanimité des groupes représentés au Conseil Régional d’Île de France, présidé par Jean-Paul Huchon (PS). Parmi ces subventions publiques, on trouve quelque 776 960 euros (80 % du montant total) versés au titre du « transfert » d’un CFA (Centre de Formation d’Apprentis) de Poissy à Sartrouville. Bien entendu le CFA sera totalement imbriqué au sein du lycée Jean Paul II : ce subterfuge avait été utilisé auparavant par Jack Lang pour faire construire la cathédrale d’Evry aux frais des contribuables.

Le fait que le député-maire de Maisons-Laffitte participe en sa qualité d’élu à une cérémonie religieuse est déjà en soi une entorse au devoir de neutralité des élus de la République.

Mais l’affaire se corse quand on se rappelle que M. Myard veut passer pour un grand défenseur de la laïcité. C’est précisément au nom de la laïcité qu’il vient de déposer ce 29 septembre une proposition de loi visant à interdire le port de la burqa sur tout le territoire de la République !

Dans l’exposé des motifs, M. Myard se targue en effet de défendre la laïcité (« La très grande majorité des Français considère la laïcité comme la garantie de vivre en paix dans le respect des religions ») et la dignité de la femme (« Le port du voile intégral constitue la forme la plus extrême des dérives communautaristes, et porte directement atteinte au vouloir vivre ensemble dans une société diversifiée et démocratique, fondée sur l’égalité des sexes »).

Or, cette proposition de loi est à l’image de son auteur qui n’évoque la laïcité que pour mieux la trahir. Disons-le tout de suite, le texte de loi proposé par M. Jacques Myard n’a rien à voir, ni de près ni de loin, avec la laïcité. C’est un texte discriminatoire et liberticide.

C’est d’abord un texte discriminatoire.

Discriminatoire car la proposition de loi de M. Myard ne vise évidemment que la religion musulmane. Discriminatoire car M. Myard mène sa croisade contre le port de la burqa exclusivement. Il ne s’offusque jamais de l’obligation de chasteté des bonnes sœurs catholiques. Pourtant cette interdiction des rapports sexuels chez les catholiques n’est-elle pas tout autant une négation de la personnalité des femmes qui sont contraintes de vivre recluses et cloîtrées, et auxquelles on dénie le droit d’être amante, épouse ou mère de famille ?

Discriminatoire car la proposition de M. Myard contrevient aux règles les plus élémentaires de l’équité en matière de justice puisqu’il prévoit des sanctions différentes en fonction la nationalité des contrevenants. Selon la proposition d’article 2 le contrevenant de nationalité française s’expose à une amende de 15 000 € assortie d’une peine de deux mois de prison – ces sanctions étant doublées automatiquement en cas de récidive. Dans la proposition d’article 3, le contrevenant de nationalité étrangère ne relève plus de l’appréciation d’un tribunal mais il est « éloigné du territoire national sur décision du ministre de l’Intérieur ou des préfets de la République » sans aucun jugement et par simple mesure administrative.

C’est un texte liberticide.

Dès le premier article de sa proposition de loi, M. Myard prétend dicter aux habitants du territoire de la République la façon dont ils s’habillent : « Article 1 : Aucune prescription culturelle ou religieuse n’autorise quiconque à voiler son visage sur la voie publique ; toute personne allant et venant sur le territoire de la République doit avoir le visage découvert permettant aisément sa reconnaissance ou son identification ».

De quel droit un député de la République se permet-il de décider de la teneur des prescriptions religieuses ? De quel droit un député de la République se permet-il de régenter la tenue vestimentaire des habitants « allant et venant sur le territoire de la République » ?

La loi laïque de 1905, dans son article premier stipule que « la République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes, sous les seules restrictions édictées ci-après dans l’intérêt de l’ordre public ». A l’inverse de ce principe de liberté des cultes, Monsieur Myard se prend pour un nouveau Mustapha Kemal alors qu’il se comporte en fait comme un simple ayatollah de la tenue vestimentaire.

Bien entendu, le spectacle d’une femme entièrement voilée heurte la conscience de tous ceux qui sont épris de liberté, tout comme le spectacle, hélas de plus en plus répandu, des mendiants et des SDF heurte la conscience de tous ceux qui sont épris de justice sociale. Il est beaucoup de choses aujourd’hui qui peuvent heurter la conscience.

Cependant, pour combattre l’obscurantisme, il convient de savoir de quoi l’on parle. Pratiquement aucun SDF n’a choisi sa condition, alors que le port du voile intégral par une femme majeure relève d’un choix personnel – certes contestable – mais qui relève de la liberté individuelle. Certaines femmes sont contraintes, par leur conjoint ou leur famille, de se voiler entièrement. C’est sans doute vrai pour une partie d’entre-elles qui sont victimes de ce qui s’apparente juridiquement à des violences conjugales. Cependant, une partie importante de celles qui acceptent de se voiler entièrement le font de leur plein gré et c’est bien là l’essentiel d’un problème qui ne peut être résolu en faisant appel à une nouvelle police de la tenue vestimentaire que réclame M. Myard. Cette police ne serait que la version française de la police religieuse qui sévit en Arabie Saoudite par exemple.

Autre problème auquel se heurte la proposition de loi de M. Myard : sa définition du « territoire de la République » englobe aussi bien la propriété privée que le domaine public. Quand je suis dans mon domicile privé, je prétends avoir le droit de me vêtir comme je le veux – et j’ai même le droit d’aller et venir chez moi sans aucun vêtement – tout en restant sur le « territoire national ».

La police va-t-elle réglementer la façon dont je m’habille en privé ? De quel droit ?

La proposition de loi de M. Myard constitue une grave menace pour les libertés publiques et pour la laïcité. Elle est le reflet fidèle de sa position politique en faveur d’une laïcité « positive » qui légitime l’octroi de subventions publiques à l’enseignement catholique.

Sam AYACHE

Print Friendly, PDF & Email

Les commentaires sont fermés.

Lire Aussi