Que pensent les enfants de Marx, de Trotski et de Bakounine de Durban 2 ?

Publié le 23 mars 2009 - par
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J’ai eu l’occasion de dire, dans un article publié la semaine passée, ce que je pensais de ce que madame Caroline Fourest défend (1), concernant ce que l’on appelle Durban2. A la question faut-il participer à ce happening destiné à corseter la pensée et son expression partout, elle répond encore présentement : oui ! Oui il faut participer et, dans cette perspective, négocier.

Je voulais lui consacrer un second article, pour revenir sur une ou deux questions que je n’ai pu aborder dans mon précédent article.
Des amis m’ont fait remarquer qu’il n’était peut-être pas juste de concentrer mon « tir » exclusivement sur une jeune femme, Caroline Fourest, – à laquelle effectivement on pouvait reprocher d’appeler à avaler quelques très grosses couleuvres islamistes menaçant les libertés chèrement conquises par les femmes, et commençant à dresser ces potence juridiques et morales qui servent au règlement de la « question homosexuelle » dans l’Iran de la « révolution islamique » ; qu’elle n’était certainement pas la seule à promouvoir ce que faute de mieux j’appellerai une attitude politique « munichoise ». Le reproche n’était pas faux.

Je veux cependant répondre ceci à mes critiques : la notoriété de cette journaliste est due essentiellement, sinon totalement, à sa défense opiniâtre de causes que Durban2 prétend remettre sous les chaînes et/ou réprimer au nom de la suprématie religieuse. Le nom de Caroline Fourest reste attaché à des combats que la « négociation » menée par les fonctionnaires de la soi-disant Union européenne s’apprêtent à enterrer sous des tonnes de soumission, pour trouver un terrain d’entente avec le djihad diplomatique dont le champ de bataille s’appelle Durban2.

Bien évidemment Caroline Fourest n’est pas la seule militante de la laïcité qui baisse aujourd’hui la tête, pour pouvoir passer sous les fourches caudines de l’islamisme. Des organisations s’apprêtent à faire la même chose. Ce sont pour l’essentiel des organisations qui ont longtemps « bouffé du curé », ayant, plus que de raison, dénoncé l’alliance du sabre et du goupillon.

Je veux parler ici de feu le Grand PCF, feu le parti de fils du peuple le défunt Maurice Thorez, jusqu’à ce que ce dernier préconise la politique de la main tendue aux catholiques.
A l’époque, pour contestable qu’ait été ce mot d’ordre, il ne s’agissait pas d’accepter que les femmes de France soient rétablies dans un statut d’humain de seconde zone pour ne pas offenser les convictions religieuses des travailleurs chrétiens.

Il ne s’agissait pas d’accepter les critères dogmatiques qui avaient produit les dizaines d’années de guerres de religion, la nuit de la Saint Barthélemy, la censure et les bûchers de l’inquisition. La loi de séparation des églises et de l’état, faisant de la religion une question personnelle et privée, n’était pas remise en cause par la « main tendue » du PCF de Maurice Thorez. Ce qui reste, de cet ancien premier parti politique dans notre pays, n’a pas encore dit un mot sur ce qui se trame à Durban2.

Je pense au NPA, l’ex LCR. Se réclamant hier de Marx et Trotski, aujourd’hui d’un autre Juif, je veux parler de Guevara, « le ché », la tradition de cette formation puisait dans le terreau du mouvement ouvrier français. Le terreau change, manifestement. Elle s’est opposée à la loi sur l’interdiction du voile islamique à l’école primaire et secondaire.
Fini donc, pour NPA qui succède à la LCR, la tradition hostile au cléricalisme née du combat des sections des sans culottes de 1792 contre la puissance politique et économique de l’Eglise; fini les références au coq rouge de la révolution des paysans et des journaliers nivernais, menant la guerre à l’église et à toute religion prêchant l’impuissance de l’humanité ; fini juin 1848, fini la Commune qui proclama et réalisa ce que le parlement de la troisième république mit enfin dans la loi en 1905, séparant radicalement l’église et l’état.

Le ci-devant « nouveau parti anti capitaliste », comme son devancier le parti communiste français- le parti « de type nouveau » du fils du peuple installé par Staline, le « nouveau parti (anticapitaliste ?) » tend la main, pas à l’église catholique dans son cas, à Hamas, au Hezbollah et à leurs succursales en France.

Cette fois, avec cette main tendue, il ne s’agit pas d’un front populaire pour le pain, la paix et la liberté avec des travailleurs et des petits bourgeois catholiques se libérant de l’emprise cléricale. Au contraire, il s’agit d’une alliance avec des forces décrétant « raciste » la liberté de penser et son usage public ; il s’agit d’un front unique avec des forces obscures et belliqueuses enfermant les femmes et prêchant de tuer les Juifs partout où on peut les trouver.
On ne sera donc pas étonné que Durban2 soit, pour NPA, un non événement absolu.

Je ne connais pas bien la position des héritiers de Bakounine, épigones de Berneri et des anarcho-syndicalistes d’Espagne qui mettaient l’instruction du peuple et son émancipation intellectuelle au point de départ de leur combat pour la libre fédération des communes libres.
Mais à voir la quantité de keffieh et les accointances évidentes dans les récentes manifestations avec des éléments ouvertement pro Hamas, je ne suis pas certain que l’instituteur Francisco Ferrer et que Durruti reconnaîtraient des leurs parmi les vociférants éléments de la groupusculaire CNT française associée aux militants pro Hamas au nom du combat pour détruire Israël.

Comme pour NPA, Durban2 et les opérations préparatoires destinées à la mise en œuvre de la charia obligatoire pour tous, cela n’existe pas ou ne présente aucun motif d’inquiétude.

Je conclurai sur les héritiers de la quatrième internationale en France, que l’ont appellent le plus souvent les « lambertistes ». Ils ont défendu longtemps et avec intransigeance, la laïcité contre ses « fossoyeurs » préconisant la « laïcité ouverte ». Cette période de refus de la capitulation des laïques ouverts provoqua la scission du courant syndical de l’école émancipée au sein du syndicat des instituteurs (le SNI qui organisait jusqu’en 1968 la quasi-totalité des hussards de la république).

Aujourd’hui, ou en sont-ils ?

Via leur filiale algérienne, ils ont réalisé il y a quelques années un front commun avec le FIS algérien. Aujourd’hui, pour les besoins de leur stratégie de destruction d’Israël (2), ils défendent le point de vue que la terreur quotidienne, que les exactions de la police religieuse de Hamas contre les gazaoui, que la guerre pour chasser les « yahoud » infidèles du Dar el islam dont Israël serait une portion illégitimement occupée, ou que l’objectif de la réduction des survivants au statut d’inférieur institutionnels, la situation de « dhimmi », c’est : la « résistance héroïque du peuple palestinien ».

Pour cette stratégie là, ils avalent eux aussi de très grosses couleuvres. Ils montrent qu’ils sont candidats pour avaler celles, plus grosses encore, qui se trouvent derrière chaque virgule du projet de résolution de la conférence de Durban2.

Jusqu’à ce jour (23 mars), ce courant politique tient lui aussi Durban2 pour un non événement.

Alain RUBIN

(1) http://www.ripostelaique.com/Le-conte-a-dormir-debout-de-Madame.html

(2) Le courant « lambertiste » a lancé à l’été 2008, une campagne internationale pour : « comme partout dans le monde », le « retour de tous les réfugiés palestiniens ». Ce courant, qui dresse le bûcher de la criminelle « entité sioniste » qui refuse leur droit démocratique aux descendants de six cents mille arabes de Palestine, devenus six millions de « réfugiés », ce courant politique cultive une hypocrisie rare.

A l’assemblée des Nations-unis, le représentant du gouvernement soudanais de l’islamiste El Béchir vient de répondre (21 mars) à l’orateur américain, que : « l’expulsion (de 2,5 millions de Darfouri chassés de leurs villages réduits en cendres ces cinq dernières années) est une décision irrévocable ».

J’attends avec impatience la dénonciation, par le POI et ses alliés internationaux, de cette « décision irrévocable » confirmant que les milices Jenjawid ont eu raison de chasser plus de deux millions et demi de Darfouri. Je voudrai me tromper, mais je crains bien que ce courant politique, s’étant totalement auto aveuglé, n’aura pas un mot pour se démarquer de ce cynisme belliqueux de l’islamisme gouvernemental qui dément l’affirmation que : seul Israël, état criminel de ce fait, refuserait le libre retour de réfugiés obligés de fuir leur maison à la suite des conditions de formation du pays ou du fait d’affrontements armés.

J’attends de voir si, – pour ces antisionistes revendiquant un droit inaliénable au retour de tous les descendants des six cents mille Arabes de Palestine ayant fui la guerre déclenchée par la ligue arabe ou chassés à l’époque de leurs villages-, les ethnies négro africaines sont aussi dignes d’intérêt.

J‘attends de lire, dans leur hebdomadaire ou sur un tract, une affirmation quelconque de la légitimité des droits de Darfouri, annexés de force au Soudan par l’ancienne puissance coloniale britannique ; condamnant leurs spoliateurs et leurs assassins, qui ont massacrés trois cents mille d’entre eux, hommes, vieillards, femmes et enfants, généralement désarmés ; spoliateurs et assassins à très grande échelle, qui sont des alliés stratégiques et tactiques du Hamas et, comme Hamas, un segment de l’armée du djihad international. Mais peut-être que pour nos soit- disant internationalistes fossilisés, le djihad est une cause si absolument juste, qu’elle autorise l’ambassadeur soudanais à déclarer irrévocable l’expulsion de millions de Darfouri.

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