Quelle belle surprise, votre numéro spécial 68

Publié le 13 mai 2008 - par
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Bonjour à toute l’équipe de rédaction,

Quelle belle surprise ce numéro spécial « mai 68 » (1) qui m’a permis de connaître enfin la personnalité des auteurs de ce journal des esprits libres, pour l’égalité hommes-femmes, pour la République sociale !

Les interventions toutes fort intéressantes n’appellent pas de commentaire mais il me reste en mémoire quelques faits marquants, émouvant ou pleins d’humour :

– Christin Tasin qui, à 13 ans, traitait les manifestants de connards, en mangeant son saucisson-coca, et qui se faisait traiter de « fille de la bonne » par le petit-fils de la famille bourgeoise chez qui sa mère travaillait, mais surtout le linge sale de quatre personnes déversé dans la baignoire, chaque dimanche, par la fille du patron ! j’espère que sa mère utilisait la formule « mouiller c’est laver, sec c’est propre ! ».

– Pascal Hilout, la révolte estudiantine et populaire marocaine, et aussi son arthrose au genou ! Eh, oui, on est -presque- tous des « vieux de la vieille » ! La première fois que j’ai lu un article de Pascal Hilout, je me suis sentie « réconfortée » parce-qu’il y avait, parmi ceux qui défendaient le droit des femmes et la laïcité qui en est le garant, un gars « venu d’ailleurs » qui pensait comme nous.

– Anne Sugier, et sa peur de « pourrir sur place », heureusement il y avait le « bordel MLF » ; on s’est peut-être rencontrées mais je ne me souviens plus, c’est si loin…et si présent dans ma mémoire en même temps, en tout cas, je n’étais pas « dans l’Eglise »…!

– Pierre Cassen et son grand gaillard d’Afrique noire qui veut faire chanter la « Marseillaise » à la manif anti-FN, je me doutais bien que la personne qui, à Respublica, autrefois, signait les édito où il était question, entre autre, de foot, de repas dans le midi et de radars…, ce ne pouvait être qu’un gars, maintenant je sais que c’était lui…!

– Maurice Vidal, qui ne voulait pas être ouvrier toute sa vie, sa mère proclamant « Mais tu ne vas tout de même pas croire qu’il aura le bac ! », et qui sur le tard défendra des valeurs menacées : l’égalité des sexes, la liberté d’expression et la laïcité.

En 1968, j’étais parisienne depuis un an. J’avais 22 ans et je travaillais dans une entreprise privée à Neuilly et les grèves des transports nous bloquaient à notre domicile. Je rêvais de retourner dans ma famille en Bretagne, en faisant de l’auto-stop, mais la crainte que la grève ne cesse du jour au lendemain m’en a empêchée, alors que cette grève a duré tout le mois de mai… ! J’ai toujours regretté de n’avoir pas eu l’audace de le faire, mais il n’était pas question pour moi de risquer mon emploi. J’allais voir une amie deux banlieues plus loin et nous « battions le pavé » à pied pour nous rencontrer.

Je suivais la révolte estudiantine de loin, je ne me sentais pas concernée. J’étais informée des évènement par la radio car je n’avais pas la télévision à l’époque. En revanche, étant devenue une salariée, je faisais connaissance avec le monde du travail et aussi la solitude dans mon petit appartement de banlieue après une vie bien remplie en Bretagne.

En 1972, j’ai pris contact avec les femmes de le MLF. Je ne me souviens plus comment cela s’est fait ! Nous nous retrouvions chaque semaine chez Anne Zélinski, dans le groupe qui organisait la lutte pour le droit légal à l’interruption volontaire de grossesse, avec parfois la présence de Simone de Beauvoir, Gisèle Halimi.

Nous nous sommes donc retrouvées dans la rue avec nos pancartes pour un défilé  » droit à l’IVG » avec un sitting quelque part sur une place de Paris, devant des CRS qui nous observaient avec circonspection puis se sont rués sur nous comme une nuée d’oiseaux, en nous empoignant sous les bras, sans violence, mais direction le commissariat pour nous ficher… « êtes-vous étudiante ? » … !

Une autre manifestation a été organisée à la Mutualité où des femmes témoignaient de leurs expériences d’interruption volontaires de grossesse sauvages, en France ou à l’étranger, avec Simone de Beauvoir au sein du groupe, sur l’estrade où nous étions installées, assises en rond, devant une assemblée de femmes, malgré la non-prescription des délits d’IVG, pour quelques-unes. J’ai conservé les papiers donnant les consignes à chacune d’entre nous pour l’organisation de cette rencontre-témoignages, remis lors des réunions par Anne, ainsi que les coupures de presse et des courriers de femmes sollicitées, dont l’une, cela me revient, qui me disait qu’elle faisait partie du MLF et qu’un peu plus de coordination entre nous serait bienvenu..! Une autre qui me répondait qu’elle était trop âgée et laissait la place aux jeunes comme moi.

La loi autorisant l’interruption volontaire de grossesse a été votée en 1973. Après nous ne nous sommes plus jamais revues, sauf Anne Zelinski, très fortuitement, au ministère des droits de la femme, où elle était reçue par Yvette Roudy, dans les années 80 mais, compte-tenu des années passées, je doute qu’elle se souvienne de moi …!

J’ai mené ma propre vie de femme.

Aujourd’hui, je me retrouve dans un contexte que je n’aurais jamais imaginé : devoir, encore et encore, se battre devant les atteintes aux libertés que nous, les femmes d’avant et d’après « 68 », avions obtenu après des années de lutte contre des lois élaborées par des hommes, après que des femmes aient payé de leur vie le droit de disposer de leur corps, après qu’elles aient refusé la morale religieuse ou bourgeoise ; entendre Lionel Jospin dire que le « voile n’était pas contraire à la laïcité » ; rencontrer chaque jour des jeunes françaises voilées, emburquanisées, comme si c’était la mode, comme si de rien n’était ; et, dernièrement, découvrir des évènement comme le colloque « Voile, pudeur et élégance » à l’Université de la mode de Lyon, qui, au lieu de me mettre en colère, me font plutôt éprouver du mépris devant le ridicule de la chose, mais qui m’a fait écrire au président de cette université « qu’on en rirait s’il n’y avait de quoi pleurer ».

Bravo à toute l’équipe de Riposte laîque et merci pour ce numéro spécial « mai 68 » !

Avec toute mon amitié,

Aimée Toulgoat

(1) http://www.ripostelaique.com/-Numero-39-.html

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