Quelques enjeux pour une éventuelle transformation de Riposte Laïque

Publié le 22 mars 2010 - par
Share

Nous voyons bien que de plus en plus de lecteurs de Riposte Laïque demandent que nous n’en restions pas là et que nous transformions ce journal en ligne en un mouvement plus politique, en nous disant que beaucoup de citoyens nous rejoindraient. D’autre part, il semble que la réunion parisienne de Riposte Laïque qui se prépare mette ce point là, entre autres, à l’ordre du jour.

Cette volonté, souhaitée par certains, de traduction dans l’espace politique appelle un certains nombres de commentaires et demande à être très vigilant quant à son contenu, mais aussi vis-à-vis de qui participerait à ce mouvement.

En effet, un mouvement politique se doit, avant tout, d’être très généraliste. Un programme politique représente un projet global de société et, même si cela doit être un point cardinal, la laïcité ne peut, à elle seule, constituer l’entièreté d’un programme politique. Si nous devions choisir cette voie là, il nous faudrait pouvoir formuler des propositions bien plus larges. Il nous faudrait nous positionner sur l’économique, le social, l’écologie, les relations internationales, l’Europe, la santé, l’éducation, la sécurité, la redistribution des richesses, notre manière de produire et de consommer, la notion de service public, la volonté d’un Etat fort ou non, la décentralisation et bien d’autres choses encore.

D’autre part, la question du positionnement politique se poserait, inévitablement, et même si le monde politique ne peut et ne doit être réduit à une vision bipolaire, il faudrait que nous puissions nous situer sur ce qu’il est convenu d’appeler l’échiquier politique français, ne serait-ce que parce qu’il conviendrait d’offrir aux citoyens quelques repères stables avec la garantie qu’ils ne changeront pas au gré du vent. La notion de républicanisme ne peut suffire, même si cela constitue une condition première, essentielle et primordiale. Cela ne peut suffire car nous voyons bien que l’immense majorité des formations politiques s’en réclament, mais, par exemple, y a-t-il une commune mesure entre l’UMP et le Parti de Gauche que l’on ne peut accuser ni l’un ni l’autre de ne pas être républicains ? Certes non et même partant de ce socle commun, les différences sont patentes et évidentes. Le fait de se définir comme démocrate ne suffit pas non plus, même si, là aussi, c’est un préalable incontournable. Effectivement, qui oserait aujourd’hui se dire antidémocratique ? A n’en pas douter personne, en tous cas pas ouvertement, et c’est heureux.

Prenons quelques exemples. Debout la République se situe clairement à droite, une droite sociale, avec des accents gaulliens certes, mais à droite quand même. Ils sont souverainistes, mais souvenons nous du non au traité constitutionnel européen, nous savons bien que ce non se divisait en un non de gauche, un non de droite, un non d’extrême droite. Donc nous voyons bien que les choses ne sont pas si simples et qu’elles demandent à être travaillées et affinées. Nous voyons bien aussi toutes les difficultés de positionnement du MODEM qui, dans certains cas, appelle à voter à droite et, dans certains autres cas n’hésite pas à mettre en œuvre des alliances avec le Parti Socialiste, amenant incontestablement un problème de lisibilité et de clarté politique. Transcender le clivage gauche/droite est très difficile, voire impossible, même si au sein de ces deux blocs plusieurs sensibilités existent, fort éloignées les unes des autres parfois. C’est un des paradoxes, sans que cela soit pour autant une mauvaise chose, français car il y a bien une bipolarisation mais qui reconnaît et accepte les différences de sensibilité dans une même grande famille. Rien de commun avec la bipolarisation extrême des USA et de l’Angleterre. Ne serait-ce pas cela aussi la République ?

Continuons et affinons quelque peu nos exemples. Il est tout a fait possible de se revendiquer de gauche en se sentant très éloigné, voire opposé, du NPA, en n’étant pas d’accord avec la Parti Communiste, ou le Parti de Gauche. A l’inverse, être de gauche ne veut pas forcément dire adhérer à l’ensemble du projet de société du Parti Socialiste. De la même manière, être de droite peut recouvrir différentes appartenances, même très différentes.

Si nous franchissions ce Rubicond là, nous devrions aussi être très vigilants sur qui participerait à un tel mouvement. En général, les adhérents se définissent par rapport à un projet de société, mais aussi sur le fait d’être « accolé » à certaines personnalités. La politique est certes faites avant tout d’idées, mais il ne faut jamais oublier que ces mêmes idées ne peuvent être conçues et portées que par des Humains et il est normal que la vie politique soit faite aussi de personnalisation, tout étant une question de dosage pour que ce dernier aspect ne soit pas trop envahissant et ne se transforme pas en culte de la personnalité. Cela nous demanderait beaucoup de vigilance car nous voyons bien, si nous sommes honnêtes, au travers du courrier des lecteurs de Riposte Laïque, que certaines prises de position posent question, pour le moins, quant au message politique extrême qu’elles semblent contenir. Alors, ce qui est pertinent pour un journal en ligne comme Riposte Laïque qui défend, à juste titre, la liberté d’expression en ouvrant ces colonnes au plus grand nombre sans ostracisme ni censure, ne serait plus possible dans le cas d’une transformation en mouvement politique dans lequel il ne peut y avoir de grands écarts idéologiques. Un mouvement politique a besoin d’unité et il ne peut être ni un fourre tout ni un attrape tout, au risque de devenir incohérent.

Pour continuer à illustrer cela, prenons un autre exemple, celui du Front de Gauche. Il a toujours été clair que ce Front de Gauche était prévu, dès son origine, pour regrouper le Parti de Gauche, le Parti Communiste et le NPA, avec quelques autres formations moins importantes en nombre d’adhérents. Nous disons clairement que ce Front de Gauche, au moins dans son intention de départ, atteint déjà ses limites. En effet, pour nous, comment imaginer être compagnon de route avec un NPA qui ouvertement n’est pas républicain, est communautariste, n’est pas laïque, soutien le terrorisme aveugle du Hamas et du Hezbollah, s’affiche clairement comme étant révolutionnaire n’excluant pas la lutte armée. Impossible, tout simplement impossible et si cela devait finalement arriver (pour l’instant, le NPA n’a jamais intégré le Front de Gauche), nous en tirerions les conséquences en nous mettant clairement en retrait.

Une autre illustration de cela réside dans un autre fait que nous vivons toutes et tous au quotidien. Nous devons sans cesse argumenter pour bien essayer de faire comprendre que critiquer l’islam n’est pas être raciste, que remettre en question certains dogmes n’est pas être lepéniste, que la laïcité concerne bel et bien toutes les religions et qu’alerter sur l’islamisation rampante de notre société n’est pas être un affreux réactionnaire, que parler d’identité nationale n’est pas être maurassien (d’ailleurs, toute une certaine gauche oublie un peu vite que la question de la nation était un des thèmes de prédilection d’un Jaurès, pour ne citer que lui, sans oublier Jean Ferrat bien sur, paix à sa mémoire). Bref, nous voyons bien qu’il conviendrait de placer des filtres à l’entrée d’un tel mouvement politique, ne serait-ce que pour éviter l’entrisme et les amalgames que nous connaissons déjà.

Encore une fois, la défense de la laïcité, si importante soit elle, ne peut, à elle seule, constituer un projet global de société. Effectivement, nous savons bien qu’il ne s’agit pas d’un concept univoque et qu’il y a plusieurs positionnements, parfois antinomiques, quant à sa prise en compte.

En fait, et avant tout, un projet sociétal doit s’appuyer sur des valeurs, au sens de l’éthique et non pas du marchand bien sur. Mais dire que nous défendons des valeurs ne suffit pas, encore faut-il définir lesquelles et le faire le plus précisément possible afin que cela soit sans ambiguïté pour les citoyens qui viendraient nous rejoindre. Encore une fois, il nous apparaît clairement que certaines valeurs énoncées dans le courrier des lecteurs ne correspondent pas à ce que nous souhaitons pour la République française.

Hervé BOYER

Précision de Cyrano : Nous remercions Hervé de cette contribution, mais, afin de lever toute ambiguïté, RL n’a jamais émis l’intention de se transformer en parti politique, pour toutes les raisons qu’évoque justement Hervé.

Print Friendly, PDF & Email
Share

Les commentaires sont fermés.