Quelques réflexions d’un spectateur du procès

Publié le 4 septembre 2008 - par
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Hier 3 septembre à Nancy se déroula le procès en appel de Fanny Truchelut.

Bien qu’habitant en région parisienne, et n’étant plus de la première jeunesse (77 ans), j’avais tenu à faire le voyage, le sort de cette femme m’ayant bouleversé dès que j’ai eu connaissance de cette affaire.

Le président, et le procureur général déclarèrent l’un et l’autre que ce procès dépassait de loin le cadre régional, ils semblaient en être surpris et quasiment impressionnés.

Ils menèrent les débats avec beaucoup de professionnalisme, tous les deux étaient conscients du retentissement de cette malheureuse affaire et de l’importance de la décision qu’ils auraient à prendre.

Les avocats des parties civiles quand à eux n’avaient aucun état d’âme, ils étaient venus réclamer leurs dûs, avec la même détermination il fallait punir cette impie.

On peut supposer que la connaissance qu’ils avaient de l’état des finances de la malheureuse Fanny, qui est ruinée, les freina pour demander un petit supplément, toutefois si le service était compris, on sentait bien qu’un petit pourboire serait le bienvenu.

L’avocat du MRAP le socialiste Gérard Wetzel se surpassa dans l’émotionnel, on sentait que cet homme avait travaillé son dossier qu’il avait gratté jusqu’à l’os. Voilà l’histoire telle qu’il la raconta à la Cour.

En gros, voilà une tenancière de gîte rural sans cœur, qui chassait cette pauvre famille, en reniant ses obligations contractuelles, n’hésitant pas à faire prendre des risques majeurs à ces pauvres gens ; car il faut bien se rendre compte, et là cet avocat a tenter de nous faire partager son émotion que l’on voyait grande.

Cette famille avait dans les bras un bébé, et sur les bras un enfant malade, trisomique.

Avec la magie du verbe, cet homme, qui se veut de cœur, mais à sens unique, nous a fait imaginer ces malheureux errant dans la campagne vosgienne à la recherche d’un toit, qui plus est un week-end du 15 août, un jour où les chambres dans cette campagne à cette époque sont introuvables. Nous savons tous, que même en août les nuits sont fraîches dans la région, et ça Fanny est du coin, le savait, il y a derrière cette attitude un fond de perversité pour le moins.

Avec un doigt de talent supplémentaire qui lui a fait défaut, nous sortions tous les mouchoirs.

Rassurons-nous, toute la famille Demiati a survécu et se porte bien, sans aucune séquelle.

Mais poussons le raisonnement de ce brave homme, supposons que comme il le craignait lui-même, toute cette famille ait été obligée de se réfugier dans la forêt sous un arbre et que cette situation ait été fatale à l’enfant, les données de cette affaire dramatique changeaient du tout au tout, nous étions dans un cas de non-assistance à personne en danger.

Comme l’a démontré sereinement et brillamment l’avocat de Fanny, Maître Chabert, en se contentant de lire les pièces du dossier : en refusant d’enlever son voile dans les parties communes et réclamant la restitution de ses arrhees, la plaignante refusait le toit qui lui avait été réservé.

Qui dans ce cas extrême aurait porté la responsabilité du drame ?

La plaignante qui choisissait de respecter ses croyances, en gardant son voile et quittant le gîte ? Ou Fanny qui assistait à un départ qu’elle n’avait pas demandé ?

Nous aurions été dans le cas d’un témoin de Jéhovah qui refuse une transfusion sanguine pour son enfant malade, ou d’un papa qui refuse que sa femme soit accouchée par un médecin homme, quelles qu’en soit conséquences.

Pour Michel Tubiana représentant la LDH les arguments développés furent les mêmes que son confrère, peut-être avec un peu moins d’émotion, il ne faut pas abuser de la sensibilité des juges, ça peut les rendrent méfiants.

Il tint à nous préciser qu’il n’était pas un ignorant, il savait que les pays ou le port du voile est obligatoire n’ont pas toujours bonne réputation, ou les femmes qui dérogent à cette loi divine s’exposent à passer un mauvais moment.

Mais que diable nous sommes en France pays des libertés, alors il faut bien accepter des accommodements raisonnables, et si un jour nous arrivons à ces extrémités il sera bien temps de légiférer, même bercés par le chant du muézine.

Pour la Licra j’étais un peu loin, je suis un peu dur d’oreilles et l’avocat ne parlait vraiment pas fort, je ne voudrais pas trahir sa pensée…

Guy Beaupin

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