Régionales : 53,5 % d’abstentions, mais surtout ne rien changer à la mascarade !

Publié le 15 mars 2010 - par
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Les élections régionales auront été une sacrée catastrophe pour la démocratie, un véritable hold-up, derrière les combines politiciennes qui s’agencent dans les couloirs le soir d’un premier tour, avec 53,5 % d’abstentions, du jamais vu. Après les 60% d’abstentions des Européennes de 2009, voilà clairement énoncé par une majorité large de Français l’approfondissement d’un abîme entre les citoyens et ce que font de la démocratie les partis qui dominent la vie politique en France, à l’aune de l’UMPS.

53,5 % d’abstentions : circulez, il y rien à voir !

En reflet du titre du journal le Monde sur l‘abstention incroyable aux dernières élections européennes, « Une abstention record qui ne discrédite pourtant pas l’Europe », ce soir personne ne parlait de discrédit des régions et de leur politique en regard de cette situation de désaffection massive des électeurs.

Pourtant, il s’agit ici entre les européennes et les régionales, de deux des niveaux essentiels des décisions politiques qui orientent la vie nationale : l’Europe donne son cadre à 80% des décisions politiques de la France et la Région a été choisie comme territoire politique premier par la Réforme des collectivités territoriales, dans le prolongement de la doctrine libérale qui entend faire prévaloir sur le cadre national le rapport métropole-région-Europe, en reflet des prédicats de la mondialisation capitaliste. Il s’agit en réalité rien de moins que d’une grave crise du politique, qui reflète bien le danger de la confiscation entre Régions et Europe de la démocratie par une nouvelle forme de pouvoir impériale échappant aux peuples. Il suffit de voir aujourd’hui ce qu’impose l’Europe à la Grèce au nom des critères de convergence pour avoir tout compris !

Le rapport litigieux qui ne cesse de se développer entre le citoyen et la démocratie est comme l’image dans le miroir du fossé qui se creuse entre la politique et le monde du travail, avec une gauche et une droite institutionnelles qui adhèrent derrière les faux-semblants au même modèle libéral, où le seul choix qui reste semble ne pouvoir être que celui du meilleur gestionnaire. Leurs satellites, peu ou prou, suivent la même destinée même lorsqu’ils se présentent comme plus à gauche comme le PC, prêt demain à gouverner sans sourciller si on le lui propose, avec le PS.

Pro du mensonge et experts en trahisons, UMP et PS même combat !

Le Front de Gauche précisément où est fondu le PCF est présenté comme ayant un franc succès, tout relatif pourtant avec ses 6,2 %. Aux dernières élections régionales, le PCF faisait à lui seul plus de 7%… Chercher l’erreur ! Mais le pire dans tout cela, c’est qu’ayant plus de 5%, ce parti va pouvoir fusionner avec les autres listes de gauche, pour repartir comme il est venu, malade d’une dérive gestionnaire aigüe, de la logique de la politique des élus, qui paralyse toute velléité révolutionnaire depuis nombre d’années côté communiste. Triste France ! Pauvre peuple !

D’ailleurs, on notera que Marie-George Buffet sur les différents plateaux de télé, ne prononcera pas la moindre critique envers ses alliés d’Europe Ecologie et du PS qui soutiennent à corps et à cris l’Europe libérale, de celle de Maastricht à celle de Lisbonne. Pas un mot sur les déclarations de l’anarcho-libéral Cohn-Bendit qui au Parlement européen dit souhaitez la libéralisation en France les services publics. Pas plus sur la question des retraites vis-à-vis desquelles Mme Aubry n’avait pas hésité à devancer le gouvernement en matière de démantèlement dans ce domaine des acquis, en proposant d’en finir avec la retraite à 60 ans avant de se raviser pour cause électorale.

Le PS fanfaronne relativement à son résultat, 29,38 %, dans ce contexte d’abstention massive, une honte. La probité des socialistes en politique est à prendre à la mesure de leurs trahisons non seulement en matière de promesses électorales où Mitterrand excellait, mais de laïcité dont ce parti se prétend la référence et qui pratique en grand, là où il dirige les affaires, la confusion des genres en matière d’accommodements raisonnables vis-à-vis d’un islamisme qui impose sa loi dans trop de nos quartiers, lorsqu’il n’est pas question tout simplement de financement sur les deniers publics de mosquées sous couvert d’égalité de traitement des religions.

Mme Aubry dans sa bonne ville de Lille donne en la matière l’exemple, en ouvrant, c’est un comble, avec la complicité de son centre social, la piscine municipale à des femmes voilées en dehors des horaires règlementaires, rompant avec l’égalité de traitement des usagers requise pourtant concernant ce service communal et ce, en toute impunité. Que fait donc la HALDE ? S’exclameront certains ! Elle est trop occupée à défendre le droit des femmes voilées à accompagner les sorties scolaires du service public de l’école, censée être pourtant neutre religieusement!

Dans ce contexte, cela n’a pas fait de mal au PS d’avoir à en rabattre en regard du score d’un Georges Frêche qui en Langue doc-Roussillon, pulvérise la candidate socialiste qui lui était opposée par la rue de Solférino, après qu’il fut mis au ban de la politique par des socialistes qui n’ont rien de plus reluisant à proposer que des oukases.

Surtout ne rien changer à la mascarade…

Fillon nous explique qu’il n’y a pas d’enseignement national de ce scrutin, alors que l’UMP retombe à 27 % avec un score désavouant le gouvernement. Qu’il faut absolument poursuivre la Réforme des Collectivités Territoriales dans le sens de la simplification de ce qu’on appelle le soi-disant « mille feuilles français », pour aller en réalité encore plus loin dans la désagrégation du cadre national, et de sa capacité à résister au déferlement de la mondialisation dont le but est de briser le modèle social français, cette épine dans le pied du dieu capitaliste. Ils n’entendront rien ! Car la démocratie ne vaut pour eux que lorsqu’elle valide un résultat déjà inscrit dans le marbre, qu’elle le contredise, c’est la même !

Le recul des écologistes par rapport aux précédentes élections européennes pourrait bien être le reflet d’un début de prise de conscience des Français depuis Copenhague, que le catastrophisme écologique relatif au mythe dû réchauffement climatique dont l’activité humaine serait responsable est faux. Chaque jour il apparait un peu plus qu’il s’agit là d’un mensonge portant au-dessus des partis une cause qui passe pour la seule grande, confisquant la démocratie, pour n’être en fait qu’un fond de commerce pour politiciens de tous bords cherchant à nous faire perdre la boussole de la justice social et du combat anticapitaliste que ces verts –là ne remettent jamais en cause.

Le Front National se refait quant à lui une petite santé dans ce contexte, avec près de 12 % des voix, surfant sur les déçus de la politique sécuritaire de Sarkozy et en regard d’une montée du communautarisme islamique qui ne cesse de croitre dans notre pays et que personne ne dénonce en dehors de ce parti, à l’exception peut-être d’un Nicolas Dupont-Aignan, de « Debout la République », mais qui, avec un score de 4,8% en Ile de France qui n’est certes pas ridicule, ne peut jouer malgré tout dans la cour des grands. L’extrême-droite a malheureusement de beaux jours devant elle si rien ne change de cette mascarade.

Le NPA se prend une véritable claque avec un flop magistrale, après avoir joué aux apprentis sorciers à présenter une femme voilée au nom de la liberté et du féminisme comme candidate à représenter les institutions de la République. C’était tout de même trop… Léon (Trotski) ! Réveilles-toi ! Ils sont devenus fous ! Heureusement, pas les citoyens !

La démocratie entre confiscation et reniement : le denier mot appartient au peuple !

En l’état, en France, aucune force politique digne de ce nom n’est en mesure ou n’entend défendre les intérêts du peuple, qui est comme orphelin de la démocratie qui ne le représente plus, ce que ce scrutin à travers son niveau d’abstention jamais vu souligne sans appel.

La responsabilité des journalistes est aussi immense dans ce résultat, qui fabriquent à coup d’artifices une République des sondages, des petites phrases qui montre quel niveau de crispation il peut il y avoir entre la société médiatico-politique qui étaye la domination de la logique de l’argent et les citoyens qui se sentent de plus en plus nombreux, étrangers à cela. Ces élections auront montré avec acuité combien la démocratie n’est rien de moins qu’en danger, entre confiscation et reniement.

Méfiez-vous tout de même du peuple, sous les pavés la rue n’a pas encore dit son dernier mot ! Un mai peu en cacher un autre…

Guylain Chevrier

historien.

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