Relativisme Cultuel

Publié le 13 mai 2008 - par
Share

Mais que sont réellement nos croyances ? Qu’est-ce qui distingue une superstition d’un dogme religieux ? Qu’est-ce qui nous pousse à définir comme « respectable » sans aucune condition ni réserve la moindre pensée religieuse, fut-elle sexiste et obscurantiste ? Qu’est-ce qui nous pousse à soustraire au jugement humaniste et républicain tous les endoctrinements spirituels, fussent-ils violents et xénophobes ? Il est grand temps de prendre les cultes pour ce qu’ils sont, c’est-à-dire… de relativiser leur légitimité et de les confronter à leur haute improbabilité.

Pour ce faire, j’appelle à la barre deux contemporains, Pat Condell et Richard Dawkins. Le premier, pour les nombreuses vidéos iconoclastes et sarcastiques qu’il a pu poster sur Youtube ou Dailymotion (1). Le deuxième, pour ses nombreux ouvrages sur « Dieu », en particulier « The God Delusion », qui vient d’être traduit en français sous le titre évocateur de « Pour en finir avec Dieu » (2).

Dieu, la menace fantôme

Pat Condell a certes une dent contre l’islam, religion la plus souvent mise en cause dans les conflits de notre quartier / ville / pays / planète (rayez les mentions inutiles, si seulement il pouvait y en avoir), mais son analyse va beaucoup plus loin. Dans une dernière vidéo, il s’attaque aux croyances en général et au christianisme en particulier (à tout seigneur tout honneur, cette religion étant la plus répandue sur la planète). Le concept est simple – Dieu vous aime, mais si vous ne l’aimez pas, il vous enverra rôtir en enfer et ne lèvera pas le petit doigt pour vous. Je dois bien avouer qu’en tant que futur-rôti, cet enseignement « chrétien » m’a toujours paru assez étonnant de la part d’un Dieu qu’on voudrait bienveillant et juste. Victor Hugo lui-même, déiste (il croyait en un « être suprême » sans vouloir pour autant adhérer à une quelconque religion ni mettre un nom dessus), ironisait : « à en croire les religions, Dieu est né rôtisseur ».
Et finalement, cette peur-chantage est la première cause de survie des religions : c’est celle qui pousse les croyants à ne pas oser les remettre en cause, à imposer le même bourrage de crâne à leurs enfants génération après génération, « pour leur bien »… ou bien pour que la pilule qu’on leur a donnée dans leur propre enfance, passe mieux ? Pour qu’ils ne soient jamais confrontés au ridicule de leurs dogmes en perpétuant l’aveuglement sur les jeunes cerveaux encore malléables ? Pat Condell s’offusque qu’on s’en prenne ainsi aux enfants pour leur imposer, à un âge où ils ne peuvent de toute façon pas juger de quoi il retourne, le carcan handicapant et castrateur d’une chape de plomb religieuse. Chérie, j’ai rétréci les gosses !

D’ailleurs, sans préjuger le moins du monde du contenu d’un dogme ou d’une théorie politique, comment pourrait on accepter qu’il soit imposé par la peur d’une menace type « enfer / paradis » ? Le meilleur des projets humains est irrecevable s’il s’appuie sur un abrutissement des masses ! Qui sont ces religions qui nous préfèrent idiots et soumis, même dans un but de paix, plutôt qu’intelligents et « trop » curieux ? Ces idéologies-là, en vérité, sont bien loin d’être des humanismes… en plus de nous prendre pour des C… (il faut bien l’avouer… jusque là, ca a plutôt bien fonctionné !)

Et des idioties, on nous en a tellement fait gober, que nous ne les prenons plus du tout pour des idioties. A une amie qui venait me voir, bouleversée et désemparée parce que sa mère lui avait déclaré « parler avec des anges », je rétorquais : « et alors, ce n’est pas si grave, il y en a bien qui pensent que Dieu a envoyé l’ange Gabriel engrosser une jeune fille vierge en Galilée il y a 2000 ans ». Cette amie, prompte à renvoyer au domaine psychiatrique les illusions de sa mère, a bien failli me boxer pour cette agression contre ses propres illusions, pourtant pas forcément plus plausibles (j’aurais tendance à dire : beaucoup moins…).

De même, je me suis souvent amusé à constater à quel point les croyants de n’importe quelle religion étaient goguenards et moqueurs face aux billevesées des camps adverses, tout en étant incapables d’admettre le ridicule de leurs propres inventions surnaturelles. Pas touche ! La liberté d’expression elle-même s’y casse les dents aujourd’hui. On a le droit de s’attaquer à des choses prouvables, mais quand des idées ne sont absolument pas appuyées sur un quelconque début de réflexion ou de rationalisme, on doit « les respecter », c’est-à-dire ne pas les contredire. Et même, plus elles sont dépourvues de raison et de sens, plus il est « irrespectueux » voire, maintenant, « raciste » (!!!) de les attaquer. Comme si on avait peur de confronter les croyants à ce qu’ils professent eux-mêmes, de leur mettre le nez dans leur propre ex-rationalité. On vit une époque formidable. A la découverte de l’ADN et à la conquête spatiale ont succédé la glorification de l’obscurantisme et la construction d’un piédestal pour tous nos délires psycho-hallucinés. Osez déchirer un Coran en public, et revenez ensuite me contredire… En France, pays de l’anticléricalisme par excellence, le rétablissement du délit de blasphème n’est pas loin !

Dieu, c’est comme l’homme invisible. On lui a collé tellement de « vêtements » sous la forme de légendes, de lois religieuses, de protocoles ecclésiastiques, de bouquins sacrés, de codifications sacerdotales et de récitations mécaniques, qu’on a fini par habiller complètement l’homme invisible. Et résultat, l’homme invisible, on le voit ! Mis à part que… ce que l’on voit, ce ne sont que ses vêtements. Et qu’on est tellement obnubilés par ces vêtements qu’on oublie complètement que dessous… il n’y a que du vide.

Pour en finir avec Dieu

« The God Delusion », de Richard Dawkins, maintenant disponible en français sous le titre « Pour en finir avec Dieu », est une mine d’or. Il devrait être distribué à la sortie de toutes les églises, temples, mosquées, synagogues, et assemblées nationales. Moi qui pensais que l’agnosticisme était la position la plus sincère et raisonnable, j’en ai pris pour mon grade. Effectivement, l’agnosticisme en tant que tel ne sert à rien. Il préfère répondre à la question de Dieu en disant « on ne saura jamais » et s’en lave les mains, en laissant sous-entendre qu’il y a autant de chances pour que Dieu existe, que pour qu’il n’existe pas.

Autant dire que ce comportement botte en touche dans le seul sujet qui le concerne, la foi – même s’il a pour lui une incontestable honnêteté intellectuelle. Or, Dawkins, qui a oublié d’être con et de laisser son cerveau aux bonnes œuvres des cléricaux de tous poils, a décidé de remettre en question l’entièreté du magma religieux qui nous entoure, que nous soyons élevés dedans ou pas. A ce sujet, Dawkins s’offusque au même titre que Pat Condell, qu’on continue à utiliser les expressions « un enfant juif », « un enfant musulman », « un enfant chrétien », plutôt que « un enfant de parents juifs », « un enfant de parents musulmans », « un enfant de parents chrétiens ». La nuance est de taille. Un enfant n’a pas de religion. Il gobe ce qu’on lui raconte, mais il est bien incapable de comprendre et d’analyser, voire de contredire, les concepts qu’on lui présente comme « éducatifs ». Le grand retour des religions à l’école le prouve : c’est tellement plus facile de s’attaquer à un esprit innocent…

Et on fabrique au cœur de l’école laïque et républicaine, des enfants « communautarisés » qui ne mangent que la nourriture de leur « clan » et ne suivent que les cours permis par leur « caste ». Bon sang, à l’école, il n’y a que des écoliers-futurs-citoyens, pas des « enfants musulmans » ou des « enfants zororastres » ! L’apprentissage de la vie en communauté passe justement par l’acceptation de l’idée qu’on fait partie d’une communauté dont les participants ont les mêmes droits, les mêmes devoirs, les mêmes chances. Laisser la religion s’immiscer là dedans procède exactement de l’inverse. Cessons de prétendre qu’un enfant « appartient » à une religion. Non seulement c’est incongru et castrateur pour son jeune cerveau, mais c’est également ségrégationniste et devrait tout simplement être interdit. Un écolier ne devrait pas avoir à subir la pression religieuse de ses parents, et l’école de la république devrait être ce havre a-religieux où il peut s’épanouir au milieu de ceux qui seront ses concitoyens.

La bible, info ou intox ?

Dawkins nous fait également profiter de sa grande connaissance des légendes bibliques et de l’historique de sa rédaction, pour mettre à mal la belle homogénéité que nous lui conférons, et la légitimité que certains vont lui donner jusque dans les tribunaux. Depuis les licences poétiques de l’ancien testament jusqu’au non-sens de la rédaction du nouveau, bricolé de façon totalement arbitraire au mépris de la plus simple rigueur factuelle (par exemple, la naissance de Jésus, qui devait être à Bethléem et non à Nazareth, pour coller avec la légende, ou bien la parenté de Joseph avec le Roi David, donnant lieu à de croustillants mélangeages de pinceaux religieux), le livre-référence de 2 milliards de croyants perd de sa superbe pour devenir aussi « sincère » et fidèle à la réalité qu’un prospectus distribué sur la ligne 2 station Pigalle (3).

Et puis, diantre, qui s’est permis de sélectionner 4 évangiles seulement, parmi au moins une douzaine, en nous interdisant de chercher le « message de Jésus » dans les autres évangiles dits apocryphes ? Evangiles qui se trouvent être… plus gênants, dirons nous. Par exemple, l’enfant Jésus aidant son père en allongeant miraculeusement une poutre ou transformant ses camarades de classe en chèvres… Les ecclésiastes sélectionneurs ont dû trouver que, quand même, les gogos risquaient de se rendre compte de quelque chose. Grâce à leur subtile sélection des meilleurs mélanges, 2000 ans après, le gogo en redemande.

La théière céleste de Russell

Pour illustrer de façon concrète le nécessaire relativisme cultuel, et la remise en cause de dogmes admis, Dawkins nous rappelle l’hypothèse faite par Bertrand Russell (4) :
« Prenons l’hypothèse suivante. Je déclare qu’entre la Terre et Mars, une théière céleste en porcelaine décrit une orbite elliptique autour du soleil. Je prends la précaution de préciser que cette théière est trop petite pour être détectée par le plus puissant des télescopes. Alors, personne ne peut prouver que ma « foi » ne tient pas debout. Pourtant, face à ce cas, n’est il pas légitime de se déclarée athée, ou plutôt a-théière ? » Ce n’est pas aux incroyants de prouver que les théories avancées par les croyants sont fausses. C’est aux croyants de prouver qu’elles sont vraies ! Maintenant, si d’anciennes écritures mentionnaient l’existence de cette théière céleste, et que chaque dimanche, un culte lui était voué, il est fort probable que le ridicule de cette hypothèse farfelue se réduise à une peau de chagrin, voire que le culte de la théière céleste poursuivrait pour blasphème tous ceux qui oseraient le contredire.

Ainsi, le ridicule des dogmes religieux qui sévissent aujourd’hui, ne nous apparait plus si évident. Cela ne les rend pas moins ridicules… tout comme le dieu de la boue, à qui on sacrifiait des femmes de cro-magnon (c’est toujours plus facile de taper sur les femmes, à n’importe quelle époque…), ou comme toutatis, la loufoquerie (parfois dramatique) de ces superstitions finit toujours par éclater au grand jour. Aux journalistes qui lui demandent s’il est athée, Dawkins répond par une question : « n’êtes vous pas athée en ce qui concerne Zeux, Apollon, Amon Râ, Mithras, Baal, Thor, Wotan, le Veau d’or, et le « flying spaghetti monster (5) » ? Eh bien, je suis juste athée pour un dieu de plus ».

Alors, finalement, pourquoi est-il si difficile de s’avouer athée aujourd’hui, et de se moquer des « grandes religions » actuelles ? Pourquoi ne les prend-on pas pour ce qu’elles sont, c’est-à-dire des hypothèses surnaturelles farfelues destinées à calmer l’angoisse de l’être humain devant la vanité terrible et pathétique de sa vie ? On pourrait rajouter dans le lot d’autres mythes tels que la licorne, le dahu ou bien la petite-souris-des-dents, toujours est-il que, je ne sais pas vous, mais moi, tous ces bigots commencent sérieusement à m’escagasser les racines dendritiques. Les voir se disputer l’espace public et tenter de légiférer nos vies me faisait rire, maintenant cela m’épouvante. L’être humain est il si bête que cela pour trouver son bonheur dans le fait de se laisser manipuler et escroquer en disant… « Amen » ?

Jérémie Ménerlach

1_ à déguster sur http://youtube.com/watch?v=fWfCOsmpWI4 ou http://www.youtube.com/user/patcondell?ob=1

2_ disponible sur amazon.fr : http://www.amazon.fr/Pour-en-finir-avec-Dieu/dp/2221108930/ref=sr_1_1?ie=UTF8&s=books&qid=1210554553&sr=8-1

3_ http://www.moryc.net/roman/divers/magopinaciophilie/page.php

4_ http://en.wikipedia.org/wiki/Russell’s_teapot

5_ http://www.venganza.org ou bien http://en.wikipedia.org/wiki/Flying_Spaghetti_Monster

Print Friendly, PDF & Email
Share

Les commentaires sont fermés.