Réponse à Hervé Boyer, pour qui la liberté d’expression doit être sans limite

Publié le 12 janvier 2009 - par
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Cher Monsieur,

Je me permets de répondre à votre article intitulé « Liberté d’expression, peut-on tout dire ? » en espérant qu’au nom même de votre position sur ce sujet, vous ferez connaitre ma réaction !
Vous défendez le principe d’une liberté d’expression sans limites, arguant de la contradiction toujours possible en ce qui concerne le contenu des idées exprimées, puisque nous sommes bien d’accord qu’il s’agit des idées.

Vous regrettez même que la loi française considère comme un délit les propos incitant à la haine raciale, faisant l’apologie du nazisme … Vous préféreriez , qu’à l’instar des pays anglo-saxons par exemple, quelques nazillons puissent arborer les insignes nazis en toute quiétude ou tout individu puisse inciter les passants à la haine et à la violence, tel que je l’ai moi-même connu dans les rues de Londres dans les années 90. Qui a pu contredire Hitler lorsqu’il haranguait les foules et prônait la discrimination et la haine avec les conséquences que l’on sait ? Que sont devenus ses quelques malheureux contradicteurs ? Quel état a pu lui opposer des principes universels reconnus par l’Allemagne auxquels il aurait fait violence ? Et le gouvernement de Vichy, n’a-t-il pas impunément repris ces arguments de discrimination pour les mettre en pratique ?

C’est bien sur le constat d’une nécessité d’établir des principes universellement reconnus de droits humains , qu’ a été adoptée la Déclaration Universelle des Droits de L’Homme par l’ONU en 1948, dont les 2 derniers articles (29 et 30) nous fixent les limites, à savoir toute incitation à les bafouer. Et même si nous déplorons qu’ils le soient trop souvent, il appartient à chacun d’entre nous de les défendre, précisément parce qu’ils existent.

C’est aussi pourquoi, les lois nationales, comme en France, ont quelquefois jugé opportun de renforcer ces limites en déclarant certains propos délictueux. Je ne suis pas choquée que certaines condamnations soient intervenues pour sanctionner des propos incitant à la haine et à la discrimination, dont bien sûr les thèses négationnistes. Comment peut-on laisser se propager ouvertement des idées qui entraineront des actes ignobles ? Il faut de toute façon les combattre parce qu’elles se propagent sous le manteau et à cet égard l’éducation civique est l’affaire de tous. Mais ne me dites pas que vous seriez serein si les Croix de Feu reprenaient du service dans la rue, autant que des prosélytes de tout poil ! Pas d’angélisme, merci. Nous défendons bien la Loi de 1905 que certains pays nous envient tandis que d’autres la déplorent (c’est un euphémisme).

Comme vous, je me réfère volontiers à Voltaire. Mais n’oublions pas qu’il s’exprimait avec un courage inouï, dans un période où la liberté d’expression pouvait vous coûter la vie. De ces ténèbres, il a ouvert un courant de lumière…qui doit encourager à poursuivre la réflexion, le jugement critique, la mesure aussi. Les Lumières doivent éclairer notre lanterne mais non nous aveugler !!

Merci de votre attention, bien cordialement

Joëlle Bertin

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