Réponse à un adversaire du droit à l’IVG, qui considère Riposte Laïque comme son ennemi

Publié le 31 janvier 2011 - par - 421 vues
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Cher Cyrano,

une réponse à Rémy Bert, pour le courrier…

Cher Monsieur Bert,

Riposte Laïque est, à la différence de quelques autres, un media ouvert au débat et accueillant des positions fort différentes les unes des autres. Je profite de cette hospitalité pour répondre à votre courrier de la semaine dernière.

En tant que médecin de « structure » chrétienne, je suis, comme beaucoup de mes confrères, confronté au débat intérieur qui voit s’opposer en moi l’homme de compassion et de fraternité face au témoin des injustices et des drames humains que toute société engendre. La destinée des autres peut sans doute être accompagnée avec humanité, autant que faire se peut, mais il est des épreuves de la vie qui privent bien des êtres, et notamment des femmes, du droit essentiel à en maîtriser le cours. Je parle ici de l’avortement comme dernier recours contre des dérives de l’existence, humiliantes, menant bien souvent à la négation de soi-même.

Je suis comme vous choqué par les IVG « de confort », comme vous choqué par l’idée même que l’on puisse, par le simple choix, pratiquer ce qui est et demeure une forme d’eugénisme. Et si je pratique la pédiatrie, ce n’est pas par hasard, mais bien parce que j’ai préféré me consacrer à l’enfant vivant plutôt qu’aux géniteurs de celui dont on a, un jour, décidé qu’il ne vivrait pas. J’assume cette attitude.

Pourquoi cette réponse alors? Parce que, au point où nous en sommes rendus, c’est bien de notre futur collectif qu’il s’agit. De notre avenir de vivants, dans un pays qui s’appelle la France et dont les enfants, si nous ne nous dressons pas pour les protéger, sont promis à un avenir de dominés dans un monde dont ils ne maîtriseront plus rien, à commencer par la seule liberté de penser. À vous lire, je vois bien que vous éprouvez comme moi et comme de plus en plus de nos compatriotes, cette terrible inquiétude. Elle balaie à mon avis tout le reste. Elle doit balayer tout le reste. Pour la raison qui suit.

Les Français, depuis une quinzaine de siècles, ont réussi le tour de force de pouvoir régler en famille leurs problèmes internes, et ce malgré quelques brûlantes périodes (courtes, heureusement) au cours desquelles ils durent composer avec l’étranger. Regardez bien le reste du monde, aucune ancienne nation, sauf l’Angleterre, donc y compris l’Ecosse et l’Irlande, n’a eu le privilège de conserver de manière si pérenne son intégrité comme l’a fait la notre. Ce miracle de l’Histoire, qui se nomme Bouvines, Arc, Vauban, Danton, Clémenceau, Moulin, de Gaulle n’a pas son égal.

La France a réglé « en famille » le problème des Armagnacs et des Bourguignons, les guerres de religion, 1789 et ses suites, la Commune de Paris, l’épuration, la décolonisation, entre autres séquences qui la mirent en réel péril. De même, elle s’est sortie de quelques signalés guêpiers internationaux, parfois seule, parfois assistée, contre des adversaires qu’elle put, à chaque fois, refouler vers leurs terres d’origine. La France, quoi !

Cette fois, l’adversaire est dans les murs. « On » lui a ouvert la porte avec une grande imprudence, pensant que le génie propre de notre pays, sa baraka millénaire, sa raison et son goût pour la discussion convaincante suffiraient à réussir un amalgame des plus hasardeux. « On » a perdu ce pari. Nous savons bien qui, et comment. Le résultat est là : nous sommes en passe de tout perdre et cette fois, il est fort à craindre, hélas, que le miracle de l’été 14 (les Allemands se détournant vers le sud-est au lieu de prendre Paris), ne se reproduira pas.

Alors, que faire? Une seule chose : s’unir. Lorsque vous écrivez, à la fin de votre courrier, parlant de Riposte Laïque : « cette fois je serai face à vous », sous prétexte que le site permet à des tenants de l’IVG de s’exprimer, vous commettez une faute double. Vous quittez le débat « familial » sur un sujet certes hyper-sensible et vous laissez la seule vraie grande menace (extérieure et intérieure) couvrir de son ombre ceux qui ont entrepris de la dénoncer et de la combattre. De ces deux fautes, la seconde est, aujourd’hui, de très loin la plus lourde de conséquences.

Loin de moi l’idée de vous asséner une quelconque morale. Je constate, c’est tout. Et je déplore l’éparpillement des énergies au moment où elles doivent de rassembler. Alors, je vous fais simplement une recommandation, en forme de supplique. Il est, dans la très diverse communauté chrétienne de France, un grand marais d’opinion qui balance encore entre la réalité du danger et la nécessité de la charité. Ces gens pour la plupart intellectuellement honnêtes n’ont pas encore décidé sous quelle bannière se ranger. Des scrupules comme le vôtre les agitent, ils se demandent si la situation est vraiment aussi grave que ça, si ceux d’en face sont vraiment aussi méchants qu’on le prétend, bref, ils doutent. Parlez leur! Dites leur qu’ils doivent ouvrir les yeux sur ce qui se passe ouvertement et l’esprit sur le non-dit, le mensonge, la dissimulation derrière quoi avance la guerre qui nous est désormais faite.

Si vous persistez à penser que le reste ne peut être mis de côté, même le temps d’une lutte pour la meilleure cause qui soit, alors, ouvrez un front de vôtre côté, enrôlez ceux qui partagent votre vision de la vie sur cette terre et battez vous. Mais surtout, ne vous repliez pas sur les amertumes et les ressentiments qui, par avance, nous livrent au fauve très énervé dont vous et moi sommes censés être bientôt le dîner .

Bien sincèrement vôtre,

Alain Dubos

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