Réponse à un article « anti-impérialiste » qui valorise l’action d’Ahmadinejab

Publié le 26 octobre 2009 - par
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L’ennemi de mon ennemi n’est pas forcement mon ami !

« Lorsque l’on est très à gauche, on risque de virer très à droite ». Ce dicton semble trouver sa véracité avec la lecture de l’article « La leçon des élections en Iran » du Bulletin International.

L’article vante le« nationalisme–populisme» de M. Ahamadinéjad comme une valeur, en négligeant l’histoire ou en faisant croire que les leçons de l’histoire peuvent être vraies pour les uns et pas applicables pour les autres. N’est-ce pas le nationalisme–populisme de Mussolini qui a conduit l’Italie au fascisme, ou celui d’Hitler qui a conduit l’Allemagne au nazisme ?

Pourquoi, quand à l’Iran, ce populisme conduirait-il à une politique sociale et au socialisme, comme le laisse entendre l’article… Pourquoi ne voit-il pas le caractère islamo fasciste de ce régime, dit « national–populiste » ?

En effet, il faut juste rappeler que « l’ennemi de mon ennemi n’est pas forcement mon ami ».

La gauche iranienne (le parti « toudeh » et l’organisme « fédaian ») a payé très cher, presque de son existence, pour le comprendre. Car lorsque Khomeiny a pris le pouvoir, la gauche iranienne l’a soutenu, le considérant comme anti-impérialiste. Ceci au mépris de ses revendications pour la liberté, l’égalité et la justice sociale.

L’article de BI prétend que MA a gagné les élections avec plus de 63% de votants. Cette question ne mérite pas de réponse car ce mensonge, même en Iran, n’est plus ni soutenu ni répété, même par MA.

En revanche, la révolte du peuple iranien, qualifiée par ce journal comme pro-occidentale et faite par les « ultralibéraux », nécessite quelques réflexions.

Probablement l’écrivain de l’article doit se considérer de « gauche »… Mais, avant de se faire le porte parole de la partie la plus répressive, la plus conservatiste d’un régime extrêmement violent, il aurait pu, au moins, se renseigner pour savoir si la gauche iranienne ou ce qui en reste encore soutenait le régime islamiste.

Force est de constater, à la lecture de son article, qu’il ne sait pas qu’au sud de Téhéran, existe un cimetière que le régime islamiste s’obstine de détruire, et ce depuis 21 ans, afin d’effacer toute trace d’un immense massacre de prisonniers politiques, principalement de gauche, en 1988.

Des prisonniers politiques exécutés à la hâte et enterrés dans les fosses communes de ce cimetière. Des femmes et hommes dits « infidèles » et qui « souilleraient » le cimetière des fidèles ! Des jeunes hommes et femmes pendus après avoir enduré les pires des tortures… Oui depuis le fondement de ce régime, la répression, le mensonge et la violence font partie de sa pratique courante.

A cette époque noire de l’Iran, M. Moussavi, l’adversaire électoral de MA, était au pouvoir.

Car, si en Europe, il y a cette illusion que MM est un « démocrate, libérale, pro occidental », ceci ou cela, le peuple iranien n’a aucune illusion sur Moussavi : il sait que celui-ci est en opposition avec MA par conflit d’intérêts personnels et de clans.

Seulement, pourquoi des étudiants, des femmes, des ouvriers, des familles des assassinés, des familles des prisonniers politiques,… qui sont qualifiés par cet article comme pro-occidentaux, riches, et d’hommes d’affaire, ne pourraient-ils pas aspirer à la liberté ? Une aspiration qui ne semble pas intéressante, importante et primordiale pour certains gaucho-islamiste. Les pays du tiers monde devraient se complaire dans leurs misères noires, le despotisme et l’oppression lorsque leurs régimes, même faussement, se prétendent anti-impérialiste.

La bourgeoisie iranienne, quel que soit sa croyance et sa fidélité religieuse, s’épanouit sous ce régime, où elle ne paye aucun impôt, où elle jouit de tous les pouvoirs, et où, en payant les gardiens de la révolution, elle peut entraver tous les interdits.

Cette bourgeoisie, grâce à son pouvoir financier, a les pleins droits. Car, dans ce pays corrompu, avec de l’argent, on obtient tout, même les fiesta à domicile, accompagnés de l’alcool et …

Cette bourgeoisie, malgré son islamisme ou son absence d’islamisme, envoie ses enfants étudier dans les écoles américaines du Qatar, d’Abou Dhabi, de Malaisie, d’Angleterre, voire aux USA.

Pourquoi se mettrait-t-elle en péril pour la liberté ou l’égalité, ou la démocratie ? Depuis quand les riches bravent-ils la mort de façon aussi audacieuse, comme le font ces femmes, ces hommes, ces jeunes et moins jeunes en Iran ?

Ceux qui se sont révolté contre l’oppression, le mensonge et l’état théologique, ce ne sont pas les « technocrates », ce sont ceux qui n’ont rien à perdre ! Si elles/ils méprisent la mort en descendant dans des rues noires de milices islamistes, c’est qu’ils/elles veulent pour leur pays les droits humains. Elles/ils n’ont rien à faire avec l’occidentalisme.

Face au régime armé jusqu’aux dents, les iraniennes et iraniens, dans leur révolte, ont fait la preuve d’une intelligence incroyable. Pacifistes devant l’oppresseur.

L’article parle des « jeunes riches » qui ont brûlé les banques, les automobiles,….mais il omet de parler de l’explosion du mausolée de Khomeiny. Il ne se questionne pas sur les auteurs de ces attentats. Cette explosion, qui était sensée de mettre fin aux protestations, car « c’était un sacrilège », cette explosion orchestrée, n’a pas pu arrêter le peuple iranien.

Depuis plusieurs années, M Ousanlu, le chef du « syndicat ouvrier des bus de Téhéran et de la banlieue téhéranaise » est emprisonné, car il lutte pour le droit d’un syndicat libre.

Depuis trente ans des femmes, individuellement et ou collectivement, luttent contre l’apartheid sexiste en Iran. Elles veulent sortir du statut de vassal.

Il y a un an, le docteur Z. Bani yaghob, une jeune femme des quartiers sud et populaires de Téhéran, en stage dans un des hôpitaux de Hamadan (une ville de province), a été arrêtée dans un parc avec son fiancée. Elle a été violée et tuée après 48 h d’arrestation.

C’est contre cette situation que des femmes sont en révolte.

Depuis des années, les étudiants luttent pour la liberté. Des combattants qui sont liquidés par le viol, la torture moyenâgeuse, l’emprisonnement, et la mort. Tous ces gens là ne seraient-ils que des riches et des pros américains ?

Ce sont les étudiants, dans tous les pays du monde, qui par leurs révoltes apportent du changement. Pourquoi, en Iran, cette jeunesse serait-elle qualifiée de « dorée » ?
Le paupérisme serait-il une valeur en soi?

En lisant cet article on peut se dire que l’écrivain ne connaît rien sur l’Iran…

L’article soutient que MA met en place un système de protection sociale. Peut-on définir une politique de protection sociale par la distribution de quelques sacs de pommes de terre un peu avant les élections ? Ou bien n’est-ce que du populisme ?

Montrez nous les logements sociaux construits pour les classes défavorisés. Les emplois créés pour les millions chômeurs, les inégalités sociales réduites depuis ces trente ans (ou ces cinq ans…). Des lois votées contre l’apartheid sexiste. Est-ce cela la politique sociale ?

L’auteur de l’article nous dit que seulement qu’à Téhéran, les gens se révoltent, donc qu’ils ne sont que des privilégiés.
Il oublie de nommer Shiraz, Ouroumieh, Zahedan, Esphahan….
Il nous parle des populations frontalières qui ont voté massivement MA. Car « celui-ci a renforcé la sécurité et a diminué la menace de la guerre des américains/israélien. »

Je ne me suis pas penché sur les résultats des élections (de toute façon faussés), mais il faut savoir que l’Iran est trois fois plus grand que la France avec d’immenses frontières, où vivent des populations abandonnées délaissées du pouvoir central, et dans une grande pauvreté matérielle et intellectuelle. Si MA a eu plus de vote dans ces parties, cela n’est guère étonnant. Mais cela ne démontre rien.

Qualifier le système économique d’Iran de « moral » nous oblige à revoir le sens du mot « moral ». Est-ce que l’auteur sait que tous les systèmes économiques et financiers sont entre les mains de quelques organismes, les « Bonyads », les Astanehs (fondations), les Comités islamiques, et qui ont à leurs têtes des hommes qui sont eux-aussi liés au pouvoir politique ? Connaît-il le système économique mafio-féodal qui règne sur l’Iran depuis 30 ans ?

La corruption, les pots de vins font partie des mœurs de ce pays islamique.

Les gens doivent avoir un deuxième ou un troisième emploi pour payer les crédits immobiliers, vantés par le régime et cet article. La prostitution aide parfois à boucler la fin du mois. Est-ce cela une « économie morale » ?

Lorsque l’on écrit sur une situation, la moindre des choses, c’est d’avoir l’honnêteté de s’informer pour ne pas livrer des informations erronées et ne pas mêler l’analyse d’une situation avec ses opinions et souhaits personnels.

Ce que refusent de voir certaines personnes dites de gauche en France et en occident, c’est que le peuple iranien est réprimé depuis trente ans et traité comme des citoyens de seconde zone. Le clergé et ses agents, considérés comme les représentants de dieu sur terre, jouissent de tous les droits. La révolte de ces femmes et hommes dépasse la lutte des classes : il s’agit avant tout d’un combat pour l’obtention de droits élémentaires comme la dignité humaine, la liberté, la démocratie et l’égalité. Ce n’est pas rien !

La démocratie c’est ce que veut le peuple iranien.

Anna PAK

Féministe exilée iranienne

Article publié dans BI Infos du mois d’octobre

http://www.b-i-infos.com/

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