Réponse épiscopale à une demande de radiation du baptême

Publié le 20 février 2008 - par - 513 vues

Je me permets de vous adresser la copie d’une lettre émanant de l’évêché à qui je demandais pour la 2ème fois de me radier de la liste des baptisés.

La réponse est très caractéristique de la rhétorique catholique. Je vous la communique afin que vous, acteurs nationaux d’organisations qui défendent vraiment la laïcité, ou vous, personnalités qui poursuivez les mêmes objectifs, en informiez vos adhérents ou vos sympathisants, et que nous sachions riposter, puis convaincre sur le terrain.

Cette riposte suppose non seulement l’information et une réflexion en profondeur sur le terrain, mais simultanément une unité de réflexion et d’actions, au plus haut niveau entre ces organisations, et avec ces personnalités connues qui défendent la laïcité.

Je pense, comme d’autres, que si la laïcité a reculé depuis 100 ans, c’est à cause d’un manque de dialogue et de convergence d’actions entre ces organisations d’une part, ces organisations et ces personnalités connues d’autre part, malgré l’excellent travail de chacune de ces parties.

Pourtant, leur point commun est la défense d’un vivre ensemble en paix (non d’une cohabitation pacifique). Contradictoire, non ?. La célébration d’évènements aussi importants que la naissance et particulièrement la mort est un sujet beaucoup plus important qu’il n’y paraît à 1ère vue, d’autant que cette célébration est majoritairement religieuse, tant par habitude que par défaillance de l’Etat.

1) Dans la réponse de l’épiscopat, vous constatez que pour la 2ème fois, l’Eglise ne respecte pas ma décision, contrairement à ce qu’elle affirme au 4ème paragraphe.

2) Le 1er argument (celui de l’approbation de la CNIL à qui je demanderai confirmation et ses raisons) est étonnant. Il prouve au moins que les catholiques anti-laïques et influents sont infiltrés partout. Mais surtout, pourquoi ma décision de radiation traduirait-elle moins une réalité historique que celle qui m’a été imposée à la naissance, au point de n’être pas prise en considération ?!

3) Beaucoup plus grave me semble-t-il est le fait que « le droit de l’Eglise précise que la réalité d’un baptême validement reçu ne peut être jamais détruite ou effacée ». Lorsque l’Eglise l’administre à un nouveau-né, elle nie alors la liberté de conscience du futur adulte qu’il deviendra puisque l’inconscient de celui-ci est marqué à son insu d’un sceau indestructible.
Par cet acte volontaire et prémédité, elle nie la DUDH (Déclaration Universelle des Droits de l’homme) par l’ imposition de ce « sacrement indélébile », ainsi que l’article 1 de « notre » loi de 1905 par lequel la République est censée garantir cette liberté de conscience. L’Eglise agit donc contrairement à ces 2 principes juridiques et en toute impunité !!!

4) Je ne m’attarderai pas sur la faiblesse de l’argumentation relative tant au baptême preuve de « l’engagement d’amour de Dieu » à l’égard des baptisés (et les autres alors ?) qu’à la comptabilité des catholiques sur une année donnée seulement !! J’en viens à me demander s’il ne faudrait pas dresser une liste des questions épineuses et essentielles à débattre pour défendre la laïcité ou plutôt une liste des réponses anti-laïques à ces questions afin de proposer et provoquer sur le terrain, non l’approbation ou la négation, mais une argumentation étayée, réfléchie, concise et tactique.

Quelques exemples de réponses faussement laïques :

a) Les subventions publiques au privé sous contrat se justifient car ce dernier remplit une mission de service public en accueillant tous les enfants, quelles que soient les convictions spirituelles de leurs parents, et sans obligation de cours de religion.

b) La construction de mosquées sur fonds publics se justifie puisque les catholiques surtout disposent gratuitement d’églises appartenant à l’Etat.

c) Le dialogue entre l’Union Européenne et les organisations religieuses, prôné par l’ancienne constitution et le nouveau traité ( ?) se justifie puisqu’il s’inscrit dans le cadre d’un dialogue avec toutes les organisations, non confessionnelles comprises .

d) La République radicalise les communautés (entre autres musulmanes) en ne permettant pas leur expression dans ces institutions(rappel: le port du voile pour les femmes -elles doivent se soustraire aux regards des hommes- est prescrit dans le Coran).

e) La loi de 1905 a un siècle, il serait temps de la moderniser.

f) L’enseignement du fait religieux(ou le financement de centres communaux d’études sur le fait religieux) se justifie à cause de l’inculture des citoyens à l’égard de « nos racines chrétiennes ».

g) La place ridicule laissée à l’enseignement de l’apport des Lumières dans nos sociétés modernes (et du contexte de son émergence) se justifie par sa courte durée dans le temps. h) L’observation des rites alimentaires religieux dans les cantines est l’expression du respect des individus. Etc!, etc!, etc!!!..

Je conclurai par 2 citations essentielles (à mes yeux) de Todorov, auteur de « L’Esprit des Lumières », et par un constat.
– « Les ¾ de siècle qui ont précédé 1789 ont représenté le grand basculement, qui, plus que tout autre, est responsable de notre identité PRESENTE ».
– « La tradition est constitutive de l’être humain ; mais elle ne suffit pas pour rendre un principe légitime ou une proposition vraie ».

2 fois par an, à Noël et à la veille des congés d’été, les médias nous inondent des rappels culturels sur les religions, soit directement (histoire, fondements, etc), soit par le biais de documentaires mettant en scène des religieux (actions charitables, musique religieuse dans le cadre d’un concert se déroulant dans une église prestigieuse ou d’une information sur l’instrument emblématique de l’Eglise : l’orgue). Ils dupliquent ainsi le monopole passé des religions, et occultent les options spirituelles qui ont été opprimées en France jusqu’en 1789 : les athéismes et agnosticismes.

Je lirai avec un grand intérêt vos réactions ainsi que vos propositions aux réponses faussement laïques, propositions auxquelles je vous répondrai par les miennes. Veuillez accepter mes remerciements anticipés pour l’intérêt et le temps que vous voudrez bien accorder à ce courrier. Recevez mes bien sincères salutations.

Billère le 08-01-08, Evelyne Bigou

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