Retour sur l’étrange revirement de Caroline Fourest

Publié le 1 mars 2010 - par - 1 431 vues
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Depuis que Caroline Fourest a tourné casaque, et choisi de diriger ses flèches les plus acérées non plus contre le « Frère Tariq » – autrefois son ennemi juré – mais contre les militants de Riposte Laïque, beaucoup s’interrogent sur les raisons de cet étrange revirement. A la suite de plusieurs articles publiés par RL sur ce sujet depuis quelques semaines (1), je voudrais à mon tour proposer une tentative d’explication de son singulier itinéraire.

Riposte Laïque a été le premier site d’information à signaler, sous la plume de Radu Stoenescu, l’appartenance lourde de conséquences de Caroline Fourest à la Fondation Anna Lindh, organe essentiel du « processus de Barcelone » et du « dialogue Euromed » – concepts qui désignent dans la novlangue des technocrates de Bruxelles le rapprochement entre l’Europe et le monde musulman, et l’intégration culturelle du continent européen au sein d’un nouveau bloc euro-arabe, que l’historienne Bat Yé’or a désigné par le néologisme d’Eurabia.

Pour beaucoup de citoyens européens et français – et nombre de militants de Riposte Laïque et d’autres associations défendant la laïcité – le concept d’Eurabia a permis de mettre un nom sur une réalité qu’ils appréhendaient sans toujours pouvoir l’expliquer. Loin d’être une « théorie du complot », comme le prétend Caroline Fourest (qui ne fait que reprendre à son compte les attaques contre la thèse de Bat Yé’or, sans aucune originalité), le concept d’Eurabia est le fruit d’une analyse géopolitique fondée sur une étude approfondie de l’évolution du monde arabo-musulman et de l’Occident, par une historienne qui a consacré toute sa vie à étudier l’islam, le djihad et la dhimmitude.

L’attitude de Caroline Fourest, lorsqu’elle parle d’Eurabia, ressemble à celle des bobos de Saint-Germain-des-Prés, poussant des cris de vierge effarouchée quand ils entendent prononcer des mots aussi grossiers que ceux d’islamisation de l’Europe ou de menace démographique… Car Fourest est devenue aujourd’hui la représentante par excellence de cette « France d’en haut » qui ne supporte pas d’être confondue avec la France d’en bas. Enseignante à Sciences-Po, chroniqueuse au Monde et sur France Culture, elle ne connaît en fait des réalités de l’islam en France que ce que lui ont appris sa lecture de Ramadan et ses débats télévisés contre le prédicateur islamiste. C’est munie de ce maigre bagage que Caroline (qui a la culture d’une « petite journaliste » pour citer P.-A. Taguieff), prétend donner des leçons à une historienne de renommée internationale comme Bat Yé’or, et dénonce dans la foulée la soi-disant « dérive » de Riposte Laïque

Si Caroline Fourest s’aventurait un jour à sortir de sa tour d’ivoire et du petit triangle que délimitent les trois « haut-lieux » de la culture française où elle officie, pour s’aventurer au cœur de la France profonde – celle où vivent les lecteurs et les rédacteurs de RL et celle où vit Fanny Truchelut, contre laquelle Caroline Fourest lança ses flèches empoisonnées – elle découvrirait que l’islamisation n’existe pas seulement dans la prose d’une Oriana Fallaci ou des militants de RL… Elle découvrirait aussi que le combat contre l’islamisme ne peut être mené uniquement sur les plateaux de télévision, alors que l’islam est en train de conquérir les rues de la capitale, comme le montre RL semaine après semaine à travers ses reportages au cœur du 18e arrondissement.

En réalité, Caroline Fourest sait parfaitement que RL a raison, mais elle préfère, tout comme nos dirigeants de droite et de gauche, fermer les yeux et se boucher les oreilles pour ne pas voir les musulmans en prière sur les trottoirs de Paris et ne pas entendre les appels du muezzin (et les appels au djihad) lancés au cœur des capitales européennes. « Ceux qui nient Eurabia sont ceux qui y participent », écrit Bat Yé’or avec lucidité (2). Effectivement, depuis que Caroline Fourest siège à la Fondation Anna Lindh, elle participe à ce « dialogue Euromed » qui n’est que le nom artificiel et trompeur de l’islamisation culturelle de l’Europe. Il n’est pas étonnant qu’un Tariq Ramadan ait lui aussi été invité à parler dans plusieurs conférences organisées par les organes du dialogue euro-méditerranéen (aux côtés d’islamologues très tendancieux comme F. Burgat ou J. Esposito).

L’adhésion de Caroline Fourest à la Fondation Anna Lindh a bien été le moment clé de son évolution politique. Autrefois, elle pourfendait Ramadan et l’antisémitisme de Durban, prenant des risques et assumant des positions courageuses aux côtés des militants de la laïcité de RL. Aujourd’hui, elle préfère critiquer l’offensive d’Israël contre le Hamas ou débattre confortablement sur les plateaux TV avec son alter-ego, Frère Tariq, à qui elle doit une grande partie de sa carrière, tout en lançant ses piques acérées contre ceux qui luttent pied à pied contre l’islamisation sur le terrain, à Paris, à Lyon, dans les banlieues et qui tentent courageusement de sauver une certaine idée de la France, laïque et républicaine.

Reuven Shatzky

1. Radu Stoenescu, « Débat Fourest-Ramadan : qui a le mieux défendu l’islam ? », Riposte Laïque 20/11/2009

http://www.ripostelaique.com/Debat-Fourest-Ramadan-qui-a-le.html

Paul Landau, « Le tournant eurabien de Caroline Fourest », RL, 24/11/2009

http://www.ripostelaique.com/Le-tournant-eurabien-de-Caroline.html

Roger Heurtebise, « Eurabia et Fondation Anna Lindh : grand écart de Caroline Fourest à… Tariq Ramadan », RL 15/1/2010

http://www.ripostelaique.com/Eurabia-et-Fondation-Anna-Lindh.html

2. Bat Ye’or, « Le référendum suisse est une défaite d’Eurabia », RL , 7/12/2009

http://www.ripostelaique.com/Bat-Ye-Or-le-referendum-suisse-est.html

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