Riposte Laïque comme force de proposition

Publié le 26 mars 2010 - par - 289 vues
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Nous avons, dans un article précédent, envisagé toutes les contraintes qui seraient les nôtres si nous décidions de transformer Riposte Laïque en mouvement politique. Nous pensons donc que cette transformation ne serait ni pertinente ni judicieuse. En effet, nous aurions beaucoup trop à y perdre, notamment concernant cette liberté d’expression que nous chérissons tant.

Cependant, ne pas être un mouvement politique n’empêche pas, bien au contraire, d’être force de proposition. Effectivement, il y a plusieurs façons de « faire de la politique » et, pour tout dire, nous en faisons déjà.

Donc, nous pourrions et, disons le tout net, nous devrions mettre en œuvre des propositions concernant le principe républicain de laïcité, au delà du fait d’être une force de débat. Ensuite, charge à nous de trouver les meilleurs relais possibles pour donner un écho plus important à nos propositions.

Il y a une certitude, la loi de 1905 dite « de séparation des églises et de l’Etat » est ancienne et commence à dater. Elle ne prend plus suffisamment en compte les « évolutions » sociétales que nous connaissons depuis plus d’un siècle concernant notre relation au religieux. Beaucoup de choses nouvelles se passent dans notre société et force est de constater que la loi de 1905 n’y répond pas, d’où un certain vide juridique vis à vis de certaines postures mêlant religieux et vie publique.

Plutôt que de mettre en œuvre plusieurs dispositions légales éparses, contribuant à renforcer ce qu’il est convenu d’appeler, à juste titre, une « inflation législative », demandons et exigeons que la loi de 1905 soit modifiée et renforcée dans le sens d’un plus de laïcité. Nous garderions ainsi une loi unique, mais renforcée, qui prendrait en compte une certaine modernité du concept de laïcité, sans aucune discrimination et sans aucun particularisme.

Alors, dans une telle exigence, plusieurs pistes pourraient s’offrir à nous.

 Il n’est pas question de multiplier les lois, mais bien de réviser celle de 1905 qui pourrait s’intituler « loi de séparation de toutes les religions et de l’Etat ».

 Le préambule de cette loi revisitée devrait définir ce qu’est le concept de laïcité.

 Clarifier et renforcer l’interdiction de tout financement, direct et indirect, de tout représentant de l’Etat, Hommes et institutions, de toutes les religions. Cela vaudrait aussi pour tout enseignement mettant en avant une dimension confessionnelle. Il ne s’agit pas d’interdire tout enseignement confessionnel, si tant est qu’il ne contrevienne pas aux lois républicaines, mais bien d’en interdire tout financement public.

 Interdire toute contrainte religieuse, officielle ou non, dégradante, humiliante, avilissante et criminelle pour les femmes et les hommes. Ceci d’autant plus dans le cas de non respect de la déclaration universelle des droits de l’Homme et du citoyen qui est inscrite dans le préambule de notre constitution nationale.

 Interdire tous les signes religieux ostentatoires, quels qu’ils soient, dans tous les services publics et dans tous les endroits où l’Etat est représenté.

 Supprimer la dimension religieuse incluse dans le régime concordataire d’Alsace, de Moselle et d’outre mer, rappelant ainsi l’unicité et l’indivisibilité de la République française.

 Maintenir toutes les religions sous la tutelle du ministère de l’intérieur dans le seul but d’intervenir plus efficacement si une quelconque religion contrevenait aux lois de la République.

 Supprimer toutes les fêtes religieuses officielles, quelles qu’elles soient, qui sont au calendrier en les remplaçant par des jours de fêtes et fériés laïques et républicains. Fête des droits de l’Homme, fête de la citoyenneté, fête pour la paix, journée de célébration de la République …

 Interdire toutes références religieuses dans toutes les organisations définies statutairement comme partis politiques, quelles qu’elles soient.

Bien sur, ces propositions ne sont pas exhaustives et demanderaient à être travaillées et affinées, notamment à propos de leur formulation juridique.

Mais, à n’en pas douter, cela pourrait représenter, pour nous, un beau « cheval de bataille ». D’autre part, cela obligerait, en prenant place dans le débat public, beaucoup de nos concitoyens à se positionner sur ce qu’ils veulent réellement comme laïcité.

Le fait de se situer clairement comme force de proposition aurait aussi l’avantage de nous faire sortir d’une posture qui se limite trop souvent à témoigner, dénoncer et critiquer. Nous savons contre quoi nous sommes, formulons des propositions montrant pour quoi nous sommes.

En conclusion provisoire, nous disons que ce n’est pas parce que nous ne serions pas un mouvement politique stricto sensu que nous devrions nous interdire de « faire de la politique », au sens le plus noble du terme, c’est-à-dire au sens du « polis » grec des affaires de la cité qui nous concernent toutes et tous.

Hervé BOYER

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