Robert Albarèdes, Anne Zelensky, des plumes de RL qui écrivent des livres

Publié le 26 mars 2008 - par
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« Eikonoklastes » de Robert Albarèdes (Editions « Amalthée »)

Ne nous laissons pas rebuter par le titre : peut-être pourrions-nous le regretter. Mais ne nous plongeons pas à corps perdu dans une lecture que nous voudrions linéaire : l’ouvrage ne s’y prête pas, lui qui demande de papillonner de page en page, de rubrique en rubrique, d’article en article. D’ailleurs, le terme « Fragments » qui prolonge le titre nous invite à entrer librement dans le texte par tous les bouts à la fois pour nous imprégner peu à peu de la substance d’un livre « kaléidoscope » de notre modernité saisie à travers maintes facettes de sa réalité et examinée sans concession ni indulgence.

Ainsi se veulent les trois dernières parties de l’ouvrage où l’auteur s’interroge, à partir d’un regard acéré jeté sur un réel exposé sans complaisance, sur notre « Res Publica » et sa pratique démocratique dépouillée du discours convenu qui en fait le « nec plus ultra » de la modernité, sur la notion de Droits et de Devoirs, sur cette propension à remplacer parfois la divinité religieuse par des valeurs déifiées. Le propos ne manquera pas de choquer, mais il devrait faire réfléchir le lecteur. D’autant qu’il se prolonge par une mise ne question ironique et cruelle des mœurs qui nous façonnent et des travers qui nous habitent, nous poussant à affirmer ( et faire) avec la même conviction une chose et son contraire, ou à accepter toute manipulation allant dans le sens ce que nous approuvons par habitude ou par faiblesse « d’âme ». Et si la dernière partie du livre évoque ce qui, dans notre société organisée, relève de l’éducation et de l’enseignement, c’est sans aucun doute parce que l’auteur, enseignant lui-même, a vécu cette expérience sur le terrain ( dont il nous fait part à travers maintes anecdotes) et y attache une importance majeure.

L’essai (car, on l’a deviné, c’est la nature du livre) s’ouvre, cependant, sur deux parties qui se veulent plus profondes, sans déroger au principe constitutif de l’ouvrage : partir d’un moment du réel, d’une expérience vécue, d’un fait attesté de l’Histoire, d’une référence littéraire pour aller vers un essentiel susceptible de nous faire réagir puis réfléchir. La première, intitulée « Homo Sapiens Sapiens » se propose d’examiner le passage de l’homme de l’Etat de Nature à l’Etat de Culture. La deuxième (« Non Deo Gratias ») pose la question de l’existence de la divinité pour mettre en cause les religions et exprimer la validité de l’athéisme comme fondement d’une humanité vraie.

Mais n’imaginez pas un texte austère. On peut, certes, être parfois lassé par la longueur des phrases et les périodes oratoires imitées du XVIIIème siècle. Cela peut faire « désuet ». On peut aussi gloser sur la futilité de certains choix illustratifs ou la rapidité de certaines assertions. Mais l’ensemble procure de larges plages de plaisir que favorise le découpage en articles parfois brefs, parfois plus étirés ( que l’on songe à La Bruyère- toute révérence gardée- comme nous y invite l’auteur) et que suscite la pratique stylistique de la formule conclusive, souvent burinée à l’eau-forte : « l’islam porte sa parole comme un gonfanon tout en haut d’une lance » , « La loi d’amour serait la loi du Christ conquérant : c’est ce qu’on dit dans les églises…Il semble que seul le mot « conquête » ait pris sens. », ou encore : « Il y a peut-être des guerres justes : elles sont aussi sales que les autres…Il faut le savoir » , « Il en est d’internet comme de la télévision : il ne cultive que ceux qui sont déjà cultivés »

Ah, un mot encore, pour saluer l’engagement « laïque » du texte, aussi bien dans son aspect politique ( au sens premier du terme) quand il exalte la primauté de la loi générale sur toute autre loi, et dénonce, de ce fait, toutes les dérives communautaristes, que quand il évoque la fonction de l’enseignement et l’absolue nécessité de l’école publique rendue à la laïcité et à sa finalité première de transmission du savoir et d’émergence de consciences libres.

Le regard jeté sur l’Homme et le monde actuel est clinique, il ne manque pas de suggérer le pessimisme. Mais c’est au lecteur à se déterminer librement après l’effort de la lecture et le plaisir de s’être senti « remué ».

(ouvrage disponible : FNAC.com ; AMAZON.fr ; site www.laic.fr)

« Histoire de vivre » de Anne Zelensky-Tristan. Calmann-Levy. 2005

« On devrait pouvoir comprendre que les choses sont sans espoir et cependant être décidé à les changer ». F.Scott Fitzgerald.

« Histoire de vivre » fait suite à « Histoires du MLF », (écrit en 1977 en collaboration avec Annie Sugier), référence en matière d’histoire du féminisme. Il y a encore peu d’ouvrages sur le féminisme des années 70.
« Histoire de vivre » est une histoire à la fois singulière et représentative d’autres parcours de femmes engagées dans le féminisme. A la fois témoignage, itinéraire analytique, réflexion philosophique, récit historique, ce livre est à une croisée des genres.

 » Avec humour et profondeur, Anne Zelensky raconte ces années historiques. Son itinéraire, à la fois singulier et représentatif, mêle actions publiques et tribulations personnelles. Et surtout, elle apporte un démenti convaincant aux clichés sur le féminisme ». L’histoire personnelle et l’action politique se mêlent. Il n’y a en effet pas d’Histoire sans petite histoire. Etre féministe, c’est tenter d’agir sur le monde et à la fois sur soi même.

La lecture de  » Histoire de vivre » permet de mieux comprendre la pensée et le projet féministe, qui ne se limitent pas à demander « l’égalité », mais se proposent de repenser le monde.

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