Roland Clément, vice-président du Comité Ornais de Défense de la Laïcité

Publié le 23 mars 2009 - par - 267 vues
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Riposte Laïque : Tu es un des animateurs du Comité Ornais de Défense de la Laïcité, qui va fêter ses dix ans dans quelques jours, le 28 mars, au soir. Quel est le programme des festivités ?

CODL : Des festivités ! C’est un bien grand mot pour une soirée amicale. Nous retrouverons donc ce samedi soir des amis ornais mais aussi une partie de celles et ceux qui nous ont aidés, qui nous ont accompagnés lors de ces dix ans d’action militante pour la Laïcité (comme Maryse HASLE, Pierre CASSEN….). Nous serons dans la Salle de « la Petite A », la salle des Œuvres Laïques de Flers, tout un symbole ; avant le repas, chacun pourra regarder une exposition résumant par des articles de presse, des photos, nos différentes interventions au cours de cette décennie ; après quelques mots de bienvenue et quelques interventions, l’apéritif sera aussi l’occasion de prendre connaissance du livre « Les dessous du voile » où le « cas de Flers » est présenté par Martine RUPPE. Après ce dîner, Guylain CHEVRIER sera sur scène pour évoquer en chanson le 20 ème siècle et ses luttes pour la République et la Laïcité.

Roland Clément, en compagnie de Martine Ruppé, présidente du CODL, au ministère de l’Education nationale, à Paris.

Riposte Laïque : Dans « Les dessous du voile », vous évoquez, avec Martine Ruppé, la présidente, dans le chapitre 2, « Les établissements publics de Flers dans la tourmente », l’histoire des jeunes filles voilées qui, dans cette petite ville industrielle en milieu rural, a défrayé la chronique, il y a dix ans. Sans dévoiler à nos lecteurs le contenu du livre, quelle est l’anecdote qui t’a le plus marqué, lors de cet épisode ?

CODL : Une anecdote, ce serait trop difficile et trop injuste compte tenu du grand nombre de moments forts que nous avons vécus en quelques semaines. En tant que porte-parole de l’ensemble des Personnels du Collège, j’ai le souvenir de beaucoup de petits gestes, d’événements ponctuels qui me montraient que chacun, dans sa fonction, voulait apporter sa contribution lors de cette lutte pour défendre notre collège public qui était la cible d’une tentative de mainmise sur son fonctionnement de la part d’un groupuscule politico-religieux. C’est cette grande solidarité de l’ensemble des personnels (110 sur 112) qui est pour moi le plus marquant ; cette cohésion a été notre force et a impressionné les administrations et les médias.
S’il faut une anecdote pour illustrer cela, je garde le souvenir d’une matinée passée à expliquer aux nombreux médias présents le sens de notre lutte ; à 13 h 20, la cantine avait fini son service et je devais reprendre mes cours à 14 h ; mais le personnel du restaurant scolaire m’avait mis un plateau au frais….et il y avait deux desserts ! Voilà un petit geste qui reste, parmi bien d’autres, dans ma mémoire.

Riposte Laïque : Quel bilan tires-tu de l’existence de votre association, dix ans après ? Quelles ont été vos principales activités, et vos actions les plus marquantes ?

CODL : Au départ, il fallait s’organiser pour protéger notre établissement et défendre des principes, des valeurs qui font que nous ne faisons pas que de dispenser des connaissances mais aussi une éducation à nos élèves qui sont de futurs citoyens. Ensuite, nous avons apporté notre témoignage, notre « expérience » au cours de différentes réunions nationales. Ce sont ces rencontres qui nous ont amenés à penser, avec beaucoup d’autres, qu’une Loi nous manquait pour consolider la Laïcité. Notre audition lors de la Commission présidée par Bernard STASI, sous « les ors du Palais du Luxembourg », fut une sorte de consécration ; plusieurs personnalités nous ont dit, depuis, que le témoignage « des Normands » avait impressionné les membres de la commission qui nous ont écoutés avec beaucoup d’attention. Autant dire que le Loi du 15 mars 2004 a été pour nous une grande satisfaction car elle s’applique à tous les territoires de la République et sert de référence pour vraiment mettre en œuvre concrètement le principe de Laïcité.

Riposte Laïque : Vous êtes, avec Martine Ruppé, tous deux enseignants. Quel est ton regard de laïques sur l’évolution de l’école publique, et les menaces qui la guettent ?

CODL : L’enseignement public, laïque est une mission essentielle de l’Etat au sein de la République. Comme je l’ai déjà dit, il ne s’agit pas seulement de transmettre des savoirs mais aussi d’apporter une éducation, une bonne manière de vivre tous ensemble en se respectant. Sinon, des enseignements particularistes ne peuvent qu’exacerber les différences ; notre République n’est pas un « patchwork » de communautés mais un ensemble de citoyens qui veulent progresser tous ensemble.

Les deux menaces sont, pour l’essentiel, l’absence d’éducation à la Laïcité au moment de la formation des Enseignants. C’est un acquis précieux que nous devons expliquer aux nouvelles générations de professeurs, de la maternelle à l’enseignement supérieur (et probablement même dans d’autres grands corps de l’Etat comme le milieu hospitalier, les forces de l’ordre, l’armée…etc..) ; l’autre crainte, c’est évidemment le manque de moyens pour assurer pleinement cette grande mission d’enseignement ET d’éducation. IL faut apporter des connaissances solides aux élèves mais aussi des valeurs fortes qui ne sont pas innées. C’est l’avenir économique mais aussi démocratique de notre société qu’il faut assurer.

Riposte Laïque : Penses-tu que l’attachement des Français à leur modèle laïque est toujours aussi fort, ou bien que l’idée de tolérance, de « laïcité positive », gagne du terrain dans l’opinion ? Ce qui l’emporte chez vous est-il l’optimisme, ou le pessimisme ?

CODL : L’attachement à notre modèle laïque n’est peut être pas une préoccupation quotidienne mais on s’aperçoit que cette valeur qu’est la Laïcité revient vite au premier plan quand des problèmes se posent, en France et aussi ailleurs. Expliquer, comme nous l’avons fait, que la tolérance –qui n’est pas le contraire de l’intolérance- ne suffit pas si l’on veut une société où chacun a droit au respect est important. C’est le rôle d’associations comme la nôtre d’être vigilantes et d’apporter de façon argumentée notre réponse laïque. D’ailleurs, de nombreux pays dans le monde se tournent vers notre « Laïcité à la Française » quand ils ont de gros soucis avec les divers communautarismes. IL serait prétentieux de dire que nous sommes « un modèle » ; ce qui est sûr, c’est que nous sommes une référence. Quant à la « laïcité positive », c’est une supercherie : elle utilise le mot mais en contredit le sens puisqu’elle sert à accepter tout et n’importe quoi et nous emmène à la société « patchwork » déjà évoquée et aux discriminations institutionnalisées ! Un comble !

Pour conclure, je voudrais aussi rappeler la position toute récente de la Cour Européenne des Droits de l’Homme (je n’oublie pas le H majuscule) qui vient de confirmer, dix ans après, que les décisions prises à Flers, et au-delà, n’étaient pas une entorse au droit. Sachant que le Loi du 15 mars fut postérieure à ces événements, on constate donc que ces juges d’origines très diverses nous donné raison.

C’est donc un élément extrêmement positif ; alors « optimiste ou pessimiste ? » ; je dirais plutôt confiant tant que nous serons là, et d’autres après nous, pour être vigilants.

Propos recueillis par Pierre Cassen

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