Ségolène, la madone du bling-bling

Sa tunique longue, simple et bleue, se fondant sur le bleu d’un décor où tremblotaient les lettres diaphanes du nouveau credo à psalmodier, voulait appeler sur elle l’adoration de celle qui enfanta, vierge, par le fait d’une divine onction et sa démarche étudiée, sa gestuelle relâchée alliées à une silhouette fluette couronnée d’une chevelure artificiellement ondulée achevaient un tableau qui aurait pu figurer au-dessus d’un jubé dominant l’alignement dense et rigoureux des fidèles attendant que la Dame apparue daigne les bénir des paroles ouatées et insipides de son discours.

Car, le surprenant, dans cette cérémonie initiatique et collective du « Zénith » parisien en ce samedi 27 septembre, c’est qu’il y avait là le troupeau bêlant de 4000 ouailles, déclamant à l’unisson et sous la conduite de « la divinité », le mot « fraternité » comme d’autres ânonnent des versets auxquels ils ne comprennent rien en des écoles « spécialisées » paradoxalement baptisées « lieux de culture ». Car l’étonnant, en cette salle de spectacle où la litanie remplaçait l’analyse et la psalmodie se substituait à l’exercice élaboré de l’argumentation, c’est qu’il y avait 4000 prosélytes prêts à se répandre dans les villes et les quartiers pour y apporter la « parole sanctifiée » comme d’autres, le dimanche, frappent à votre porte pour vous convaincre de lire la Bible ou leur prose éthérée. Car le fascinant, en ce lieu où la fête et les chansons indigentes des « artistes engagés »convoqués parce qu’ils ont la saine attitude d’oindre de leur musique insipide le message du « guru » autoproclamé, c’est qu’il y avait 4000 fidèles frappant dans leurs mains et se tenant par le cou comme d’autres, en des lieux spécifiques , se prosternent jusqu’à la terre, alignés en rang d’oignons, dont chacun a la face dans l’arrière-train de celui qui est devant, pour marquer la totalité de leur soumission.
On aurait pu espérer une approche raisonnée des questions politiques et économiques du moment, un débat autour d’arguments différents et librement exposés, des perspectives précises définissant un projet politique nouveau et explicité. On a eu une cérémonie religieuse où il ne s’agissait que d’approuver, de s’extasier, de compatir aux malheurs de « l’idole » et d’applaudir à ses résolutions nouvelles, de l’entourer dans sa solitude et de la féliciter pour sa bravitude. C’est le premier grand prêtre, anciennement maire de Digne, qui nous a révélé le sens profond de l’office : « c’est la seule qui arrive à vous tirer des larmes… », exposant au grand jour le peu de cas fait du « citoyen », considéré comme une « quelconque Margot » qu’il faut faire pleurer dans sa chaumière, pour mieux le manipuler ensuite. L’extase qui dépossède de soi et les larmes qui affaiblissent : on avait la faiblesse de croire qu’il existait dans la gauche traditionnelle, encore quelques traces de l’héritage des « Lumières ».
L’Histoire nous apprend que, dans les sociétés antiques, ont pu émerger des prophètes ayant acquis la dimension de « guides » et qui, souvent pour des raisons confuses, ont rassemblé des foules prêtes à absorber leurs discours et suivre leurs pas, y compris jusqu’aux plus extrêmes agissements guerriers sous prétexte de religion. Et l’Histoire récente a montré que le champ d’intervention de ces « prophètes » s’était élargi du spirituel au temporel : ainsi avons-nous vu surgir, enflammant les foules par une parole qui se voulait inspirée, élaborant des structures étatiques justifiées par des livres immuables et achevés, s’ appuyant sur des forces armées considérables et prétendant apporter aux peuples qui les acclamaient « le pain , les jeux et les lendemains qui chantent» , des prophètes modernes qu’on a appelés : « petit Père du Peuple », « Caudillo », « Duce », « Grand Timonier » – ou , tout simplement , « Führer ».
Oh, certes, « la madone bleue du Zénith » ne présente, aujourd’hui, qu’une pâle copie sans saveur, sans relief ni profondeur de ce qu’ont pu être ces acteurs importants de l’Histoire ( et dont certains n’étaient que des « médiocres ») en des époques qui ne sont pas les nôtres, mais cette manière de ravaler le politique au rang du religieux et du festif, de l’écarter de tout exercice de la raison et du libre-arbitre de chacun, est lourde de dérives perverses et dangereuses si l’on n’y prend garde. Dans tous les cas, elle est l’inverse de ce que devraient imposer l’exercice de la Démocratie et le respect de l’idéal laïque.
Empédoclatès
« du bon usage de la raison »

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