Sélection de quelques réactions

Nous ne voulons pas d’un président-chanoine
Chers amis,
Dans son article sur le discours de Sarkozy à Latran, paru dans Riposte laïque n° 22, Guilain Chevrier revient sur la citation d’Héraclite qui parle de l’espérance et de l’inespérable. En lisant le discours de Sarkozy, j’avais remarqué cette citation, et je m’étais dit que notre président de la République lui donnait un sens totalement étranger à la pensée d’Héraclite, et qu’il vaudrait la peine de vérifier tout cela, mais je n’avais pas pris le temps de chercher les références précises. C’est maintenant chose faite, et si vous voulez je peux vous dire ce qu’il faut réellement penser de cette citation et de l’utilisation que Sarkozy (ou plutôt l’auteur de son discours : Max Gallo) en fait.
J’ai consulté plusieurs éditions d’Héraclite, et ce qui complique les choses, c’est qu’en grec « elpis », et tous les mots qui en sont dérivés, veut dire à la fois l’espoir et l’attente, les deux sens ne sont pas vraiment distingués, il faut choisir l’un ou l’autre suivant le contexte. D’autre part, cette phrase d’Héraclite (qui est sûrement authentique, c’est le fragment B 18, et elle exprime la même idée que les fragments 22, 27…etc.) nous a été transmise par un Père de l’Eglise, Clément d’Alexandrie, dans ses « Stromates », et Clément lui donnait évidemment un sens religieux, comme faisaient tous les intellectuels chrétiens à cette époque (deuxième siècle de l’ère chrétienne), détournant le sens des paroles des philosophes antiques chaque fois qu’ils pouvaient le faire, pour les recruter dans la défense du christianisme. Mais parmi les « Pères », Clément est un des plus honnêtes.
Une fois ces précautions bien posées, nous pouvons traduire le fragment. Sarkozy se contente de dire : « Si on n’espère pas l’inespérable, on ne le reconnaîtra pas », et il donne naturellement à cette phrase un sens surnaturel : pour lui, l’inespérable, c’est la vie éternelle. Le mot-à-mot du grec donnerait plutôt : « Si l’inattendu n’est pas attendu, on ne le trouvera pas, car il est impossible de le connaître à fond, et même de l’atteindre ». Comme d’habitude, Héraclite (VIème siècle avant J.C.), qui estime que toute la réalité est faite de contraires, s’exprime par de violentes antithèses, et ici il veut dire que la nature est, certes, régie par des rapports réguliers, mais que ces rapports nous échappent en grande partie, nous ne connaissons que la surface de choses, et quand nous cherchons à les expliquer, il faut toujours nous attendre à trouver des phénomènes extraordinaires, qui démentent ce que nous avions pensé jusque là, et que nous ne pourrons expliquer que beaucoup plus tard, dans un futur indéterminé.
Je donne ici de la pensée d’Héraclite une interprétation rationaliste, d’autres ont voulu lui donner un sens mystique, ou faire de lui seulement un poète, ou un sceptique désabusé..etc. Chacun juge Héraclite à son aune, on en a même fait un précurseur du marxisme, mais c’est un fait que sa pensée, très hardie, provocatrice, exprimée sous une forme paradoxale, donne malgré tout une clef pour comprendre l’univers, et cela dans la lignée des premiers philosophes grecs, Thalès, Anaximandre et Anaximène, les Milésiens, qui étaient en fait des savants matérialistes cherchant à expliquer le monde rationnellement. Anaximandre, par exemple, avait compris que les espèces animales étaient en évolution et que la vie venait de la mer (fragment A 10). Il faut donc dénoncer l’utilisation frauduleuse d’une phrase d’Héraclite par Sarkozy pour faire comme si ce philosophe matérialiste avait prêché la croyance en l’immortalité de l’âme, détournement de sens opéré sans doute par Max Gallo, qui a dû trouver cette phrase dans la traduction des présocratiques par J.P.Dumont, collection de la Pleïade, tout cela pour jeter de la poudre aux yeux en se drapant dans un grand nom inconnu, car qui connaît Héraclite ? Mais rassurons-nous, Héraclite en a vu d’autres, et on n’en finirait pas de redresser toutes les erreurs, les fausses citations, les phrases célèbres surinterprétées, que les politiques et les publicistes ne cessent de nous jeter à la figure pour nous éblouir et nous rouler dans la farine. Tout cela, c’est de la politique.
Mais à propos de politique, les protestations indignées contre le discours de Sarkozy à Latran ont été légions, mais le grand public ne s’en est pas aperçu, les grandes chaînes de télévision ont fait un silence complet là-dessus, qu’attendent les organisations laïques pour s’unir et pour appeler à une grande manifestation à Paris sur le thème : « Nous ne voulons pas d’un président-chanoine, nous voulons une République laïque » ? Il faudrait d’abord diffuser partout le discours de Sarkozy, le faire connaître, le multiplier, pour que le citoyen français moyen sache qui il a à la tête de son Etat.
Antoine Thivel
Je ne suis pas philosophe, mais j’ai du bon sens
Sur la forme : un article des trois « philosophes », m’avait déjà choqué lors d’un précédent Respublica. Dans le dernier N°574, une réponse à un article de Riposte laïque d’Anne Zelensky, a les mêmes trois signataires : Marie Perret et deux Kintzler. Une fois de plus ils ont cosigné ! Comme s’il fallait qu’un argumentaire, pour mieux convaincre ait besoin du nombre (et pas n’importe qui, des gens qui s’appuient en plus sur leur science pour étayer leurs arguments). Cela frise le sectarisme.
Pour moi cela produit l’effet contraire : c’est suspect ! Il aurait fallu au moins un nombre important de signataires pour que cela devienne une pétition : j’aurais été ébranlé, mais pas trois, c’est trop ou trop peu. Sur le fond : il y a des subtilités qui m’échappent. Un signe religieux, comme tout ce qui symbolise une conviction quelconque, même non religieuse, m’agresse quand il n’est pas discret. Sauf bien entendu quand cela correspond à ma propre conviction. A chacun la sienne. Un bruit trop violent m’agresse, un voisin qui construit sa maison devant mon paysage m’agresse. Je suis trop sensible, je ne suis pas tolérèrent ? Soit, mais souffrez que j’aie le droit d’exister par moi-même, que ma façon d’être, que les rites et mœurs dans lesquels je me reconnais ne soient pas troublées. C’est humain. Imaginez que dans notre monde divers, tous les groupes et associations spirituels se mettent ostensiblement à proclamer partout ce qu’ils sont, ce à quoi ils croient : quel tintamarre !
Je ne suis pas philosophe, mais avec mon bon sens, il me semble que le meilleur allié de la tolérance, c’est la discrétion Avec le respect des autres, je crois que c’est une vertu (pris dans son sens originel, la force), car elle évite l’incivilité, l’agressivité et la violence qui peuvent s’ensuivre. J’aime toujours bien Respublica, mais je regrette qu’entre républicains on en arrive à la personnification des attaques, toujours proche de l’invective. Voilà où nous entraîne la religion, ou du moins ses manifestations. Encore une fois hélas la religion semble diviser la république. Il y en a qui doivent bien se réjouir. C’est pourquoi toucher à la Laïcité positive ou pas, me semble dangereux dans l’ambiance Présidentielle actuelle. Il faut la préserver , ne serait-ce que comme patrimoine indéfectible. Il fut un temps où pour cela on a été obligé de « bouffer du curé », ce n’était pas bien, mais nécessaire. Faudra-t-il maintenant bouffer du voile ?
Simple citoyen,
Louis Peretz
Politique et religion ont toujours été comme cul et chemise
Cher ami,
Pour te réconforter, je t’adresse mes voeux, maintenant ue mon ordinateur veut bien les envoyer. La restauration de la féodalité va de paire avec la restauration du religieux. Politique et religion ont toujours été comme cul et chemise. J’ai donné à Christine Tasin différents textex sur ce sujet, et je dois en débattre avec le CREAL 76. Je suis persuadé qu’on ne mettra le religieux en veilleuse qu’en le contournant, comme en 1789. Ce qui est certain, c’est que nous n’avons pas vu venir une telle restauration. Distraction ?
Pierre Bellanger

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