Ses détracteurs sont-ils meilleurs que Sarkozy ?

Publié le 9 février 2009 - par
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« A mon avis, il faudrait répartir les profits en trois, une partie pour les actionnaires, une partie pour l’entreprise et l’investissement et une partie pour les salariés. »

Qui aurait pu penser que le Président de la République tienne de tels propos il y a trois mois ! Plus d’un patron a du s’étrangler en entendant cela ! La gauche devrait applaudir des deux mains ! Car aborder la question de la répartition des richesses, avoir fait pression pour que les banquiers renoncent à leur bonus (ils se sont faits tirer l’oreille), changer les modalités de ressources des traders, dénoncer l’hyper capitalisme, la spéculation, souhaiter que les dirigeants des 20 Etats les plus importants fixent de nouvelles règles pour mettre un terme à l’ultra capitalisme financier, mettre fin aux paradis fiscaux et en particulier Andorre et Monaco, quel programme ! On peut ne pas être d’accord sur toutes les propositions mais mazette, voilà un discours qui décoiffe !

Pourtant face à cette intervention qui pose les problèmes de façon courageuse, carte sur table, en face, on a droit à un florilège de réactions les plus convenues, aux déclarations aussi décalées qu’elles ont bien pu être écrites à l’avance. « Lamentable » déclare Madame Buffet, dite madame 1,93%. « Sarkozy est incohérent » fustige Benoît Hamon, porte parole du PS. « Il n’a rien compris à la crise ». Mais il ajoute ce qui résume bien le fond de la position du PS en général « il n’est pas possible de poursuivre avec un Président qui ignore à ce point les difficultés, la brutalité et la dureté de la vie quotidienne des Français ». Quant à Marine Aubry, elle l’a trouvé hésitant ne sachant pas où il va…

Au risque de déclencher l’ire de bon nombre de nos lecteurs, j’ai trouvé ce Président très bon. Bien sûr comme toujours, il ne peut s’empêcher de temps en temps de faire le malin, de s’agiter sur sa chaise, de tacler les journalistes qui ne préparent pas aussi bien les émissions que lui, certaines réponses ne sont pas des mieux inspirées comme l’augmentation des allocations familiales.

Mais voilà un Président qui réfléchit, qui lance des pistes face à une situation inédite qu’il subit de plein fouet. Je n’ai pas envie de lui trouver des excuses. Mais voilà un Président élu sur des idées libérales, qui doit faire face à la plus grave crise depuis un siècle. Et face à cette situation, il demande des comptes au système financier, aux banques, aux paradis fiscaux. Il s’interroge pour faire en sorte que la crise épargne les plus pauvres, il veut protéger les classes moyennes et fait des propositions pour mieux répartir les richesses.

Mais le sectarisme règne en maître. Quoi qu’il dise, quoi qu’il fasse, Sarkozy est l’homme à abattre, honni des médias, de la gauche et d’une bonne partie de la droite tant il bouscule les lignes et les règles établies. Hypocrites, les médias comme France Info, France Inter qui ne donnent la parole qu’à des mécontents et des salariés d’entreprise en difficulté : ils n’ont qu’invective à la bouche, d’autant plus qu’il s’agit le plus souvent de militants syndicaux. Qu’attendaient-ils ? Le programme de Nouveau Parti Anticapitaliste de Besancenot ou de Lutte Ouvrière ? Que Sarkozy annonce l’arrêt immédiat de tous les licenciements (1), le doublement des salaires et que demain on rase gratis ?

Evidemment, ils sont déçus. Mais il faut se réveiller : ce n’est pas Besancenot, l’ami du Hamas, qui est chef de l’Etat, ni Martine Aubry, dont le plan de relance ressemble aux vieilles soupes faites dans de vieilles soupières.

Loin de moi l’idée d’adhérer à tous les propos présidentiels. Mais tant d’excès dans les réactions, tant d’outrance dans les déclarations discréditent leurs auteurs. L’excès en tout est un défaut et en l’occurrence l’absence de mesure et de nuance donnent à penser qu’elles visent à camoufler le bilan d’une gauche désunie, qui n’a rien fait lorsqu’elle était au pouvoir pour contrer la mondialisation, qui au contraire, n’a eu de cesse que de convaincre ses militants et électeurs que la mondialisation, les délocalisations étaient inéluctables et qu’il était vain de s’y opposer.

Tout au plus pouvait-on gérer les affaires courantes et s’attaquer aux questions de société, homosexualité, lutte contre les discriminations. N’est-ce pas François Mitterrand qui déclara que contre le chômage, tout avait été essayé ? N’est ce pas Lionel Jospin, à Vilvorde qui déclara « l’État ne peut pas tout faire ? »

N’oublions pas : c’est la gauche qui a défendu les critères de Maastricht et l’euro, qui a signé les accords de Barcelone permettant la privatisation du gaz et de l’électricité. Hier, Martine Aubry osait encore vanter le modèle de la Grande Bretagne et de l’Espagne, pays amis puisque dirigés par des socialistes, mais qui ont appliqué sans mesure l’ultralibéralisme, l’immigration massive, et qui sont touchés beaucoup plus sévèrement que la France. Quels modèles !

C’est Pascal Lamy, à la tête de l’OMC, membre du PS qui s’est battu jusqu’au bout pour faire admettre encore plus de libéralisation dans les services et le commerce et qui encore aujourd’hui ne trouve comme cheval de bataille que de s’alarmer d’un éventuel retour au protectionnisme. Et que fait, que propose l’ineffable Strauss Kahn, théorique présidentiable du PS à la tête du FMI ? Ces deux membres éminents du PS semblent bien moins énergiques que le chef de l’Etat pour réclamer un contrôle du système financier mondial, pour dénoncer les malversations et les super profits et réclamer le retour d’un monde multi polaire mieux contrôlé par les États dans la droite ligne des analyses d’Hubert Védrine.

Alors que la gauche ne vienne pas nous faire croire que c’est Sarkozy le grand responsable. En diabolisant Sarkozy comme elle l’a fait pour à l’époque avec de Gaulle, Pompidou, Chirac, elle joue toujours le même registre, celui du « eux et nous » qui formatent les esprits dans un sectarisme primaire. Incapable d’accéder au pouvoir (imaginons un seul instant Ségolène Royal dans cette tourmente ou l’hésitant François Bayrou), sortant d’un congrès sans réelle majorité, divisée sur tout, sans réel projet d’envergure, elle tente aujourd’hui de donner le change en organisant la fédération de tous les mécontents : ceux qui sont inquiets pour leur emploi, qui trouvent leur salaire bien maigre, on les comprend mais cela fait trente ans que cela dure ! Mais aussi et surtout tous ceux qui veulent que rien ne bouge, que rien ne change.

Car, pour l’instant, la crise a bon dos. En dehors du système financier dont les États ont empêché l’effondrement – qu’aurait-on dit si comme en Argentine, les banques avaient mis la clé sous la porte ? À l’instar des attentats terroristes déjoués on minorise le danger – la crise ne touche pour l’instant que certains secteurs comme l’automobile. Encore faut-il préciser que la baisse des ventes résulte sans doute plus de la hausse de l’essence due à la spéculation de Wall Street sur les matières premières jusqu’en septembre 2008 qu’à la crise financière. Mais tout le monde n’est pas touché. Que ce soit pendant les fêtes de Noël, pendant les soldes ou l’occupation des stations de sports d’hiver qui font le plein, les indicateurs de consommation sont encore, en France, plutôt favorables. Ils n’ont en tout cas rien à voir avec ce qui se passe en Grande Bretagne ou en Espagne où la situation est désastreuse. Que certains soient inquiets, surtout les salariés du secteur privé, on le comprend. Mais la crise a aussi des effets positifs comme la baisse de l’immobilier ou produits ou services souvent prohibitifs.

Évidemment, le bonheur des uns fait le malheur des autres mais les médias n’ont de cesse que de donner la parole aux mécontents et de nous jouer sans retenue, la complainte des lamentations, de propager la sinistrose.

Un exemple pour rire, Citroën a décidé de ressortir la DS. Eh bien il s’est trouvé un collectionneur mécontent qui y voyait une concurrence déloyale ! Un exemple plus sérieux : Roselyne Bachelot veut inciter les médecins qui vivent sur l’argent de la Sécu à s’installer là où on en manque et faire en sorte qu’ils arrêtent de s’agglutiner à Paris. Et bien, on ne trouvera personne pour soutenir cette juste proposition mais d’innombrables médecins pour dénoncer cette mesure liberticide !
La crise est grave, inutile de l’aggraver encore par des prédictions encore plus noires.

Depuis la campagne des élections présidentielles, on ne sort pas de cette diabolisation et du « tout sauf Sarkozy ». François Bayrou, lui aussi, fait très fort. Le voilà même qui dénonce la décision de Sarkozy de rentrer dans le commandement de l’OTAN, lui l’atlantiste impénitent. Mais tout est bon pour dire non. Au rythme où il va, au printemps, il va peut-être devenir souverainiste et se positionner contre l’Europe juste pour être contre Sarkozy ! Notons, au passage, le choix pour diriger ses listes aux élections européennes des « stars » des médias comme Jean-François Kahn qui a utilisé son journal Marianne dans une obsessionnelle campagne anti Sarkozy, ou l’incontournable Robert Rochefort, qui a construit sa notoriété comme directeur du CREDOC et à ce titre usé et abusé des médias.

Finalement, qu’importe ce que peut raconter le chef de l’Etat, l’opposition hétéroclite n’en a cure. Ce qu’elle veut, c’est chasser Sarkozy. C’est gagner dans la rue, un rapport de force qu’elle est incapable depuis des lustres de gagner par les élections. Or, ce jeu, si l’on peut qualifier ainsi cette stratégie dangereuse, est irresponsable. La France n’est pas Madagascar ou la Guinée. C’est un pays démocratique où le suffrage universel a porté au pouvoir un homme et un gouvernement. Ce n’est pas la rue qui décide. Des milliers de manifestants peuvent huer Sarkozy comme ils ont hué et vilipendé tant de présidents, tant de premiers ministres. Mais, ça ne fait ni un programme de gouvernement ni une équipe capable de gouverner. Ceux qui rêvent depuis quarante ans d’un nouveau mai soixante-huit devrait déjà essayer de se mettre d’accord pour élaborer un programme crédible de gouvernement.

Gabrielle Desarbres

(1) Depuis, il a effectivement annoncé en contrepartie du prêt aux entreprises automobiles, l’arrêt des licenciements.

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