Si j'étais Français musulman…

Si j’étais Français musulman je croirais que dieu, jéhovah et allah sont une seule et même croyance.
Je n’hésiterais pas, pour être bien compris, de l’appeler dieu, et même, pour agacer, je l’écrirais avec un ‘D’ majuscule, car dans la république de France il est possible de ne pas croire, donc aussi de croire en Dieu.
Je saurais que les juifs croient en un dieu évanescent alors que les chrétiens jugent qu’il est omniprésent, encore que pas tous, ils en ont beaucoup parlé entre eux, parce qu’ils parlent, avec raison, de dieu.
Je ne croirais jamais que dieu est heureux que je tue, ni que je sois tué, même pour lui ; je ne le craindrais pas parce qu’il est juste, bon et parfait, je croirais qu’il aime ses créatures, toutes, mêmes celles qui l’ont oublié, je n’ignorerais pas que les chrétiens disent qu’il est amour, et si le coran ne dit pas cela, c’est peut être que ce livre n’est pas parfait ; cela aussi je m’autoriserais à le dire.
D’ailleurs comment admettre qu’un livre écrit il y a si longtemps, si loin, dans un autre monde, puisse aujourd’hui me dire ce qu’il faut faire et ne pas faire, en toutes circonstances, édicter ce que je dois penser ; et si ce livre est la parole de dieu, et comme dieu est parfait, pourquoi ne parle-t-il pas de la télévision, de l’Australie, des virus et des étoiles que l’on ne voit pas ?
Je me demanderais pourquoi depuis 14 siècles rien, ou presque, n’est venu des terres musulmanes.
Je ne croirais pas que dieu exige que je prie à heures fixes, puisqu’il sait que je pense à lui toujours, je croirais que si j’entre dans une église ou dans une synagogue c’est aussi lui que je trouve. Pourquoi devrais-je prier dieu d’une façon particulière si je le prie ; pourquoi une pierre noire au milieu d’un désert devrait faire se croiser les regards et que seuls ceux-ci seraient justes et saints.
De même je ne croirais pas être plus prés de dieu en m’habillant d’une manière ou d’une autre, ni même que ma femme doive se cacher, ou mes filles ne pas vivre leur libre beauté juvénile ; pourquoi n’aurais-je pas confiance dans la fidélité de mon épouse et dans l’éducation que mes enfants ont reçu ?
D’ailleurs je n’aurais qu’une seule épouse, pour la chérir unique et égale, je n’imaginerais pas que dieu me demande de faire des enfants innombrables pour lui, mais au contraire qu’il attend que je m’occupe du mieux possible des deux ou trois que la vie moderne me permet d’élever et d’aimer.
Mais dieu s’inquiète-t-il vraiment de ce que je mange, de comment je me vêt, de ma barbe, de ma façon d’être propre, de mon hygiène, de ce que je bois et de mes plaisirs ? Dieu n’a-t-il pas confiance en moi ? Comment dieu pourrait à ce point se préoccuper de choses mineures et être mesquin de vies d’Hommes ?
En y réfléchissant je me demanderai : « dieu n’est-il pas plus grand ? »
Je ne croirais pas que ma femme est impure lorsqu’elle saigne, mais simplement que c’est la nature qui la rend moins disponible et plus irritable ; je ne croirais pas que des animaux sont impurs, ils sont l’œuvre de dieu, tous, et leur corps est prolixe, leur chair bonne à manger. Il ne peut y avoir de couleurs impropres ou de formes infernales, rien n’est réservé aux musulmans, rien ne doit leur être interdit.
Je saurais que la richesse de mon pays, de la France donc, est le fruit du travail incessant des millions d’habitants qui m’ont précédé, qu’elle doit tout à l’effort et à l’ingéniosité mais rien à la spoliation ou à la paresse attentiste.
Je saurais que c’est la solidarité de tous qui permet de redistribuer équitablement le produit du travail, que pour pouvoir recevoir, il faut donner également. Ces règles du vivre ensemble, qui peu à peu ont été écrites, élaborées, modifiées sans cesse, comment ne pas y voir l’esprit des hommes et leur volonté. Ce droit , écrit et débattu, qui oblige chacun est l’œuvre de tous, pourquoi dieu voudrait-il régenter la vie terrestre qu’il ne conçoit pas.
Je me rappellerais que la République à envoyé ses gendarmes pour empêcher les curées de tenir les écoles, que cette école française est libre et gratuite, qu’elle élève l’esprit des enfants jusqu’au niveau du choix, que c’est cela aussi la laïcité, sans laquelle il n’y a pas de liberté, ni d’égalité, ni de fraternité. Je saurais aussi, que le roi Henri IV à changé de religion, peut être même qu’il n’en avait plus, et que son descendant Louis XIV expulsa les religieuses de Port Royal.
Je m’indignerais que l’on puisse faire un discours en hommage « aux soldats musulmans morts pour la France », parce que ces hommes étaient avant tout des défenseurs d’une république laïque agressée, et que rien ne prouve que tous ces soldats africains étaient musulmans, ni mêmes croyants.
Je penserais aussi « aux soldats athées morts pour la France » , et enterrés sous une croix ; je voudrais oublier que mon dieu venu d’ailleurs n’imagine pas que le doute est le ferment du progrès, et parfois le meilleur consolateur de la foi. Ces athées, si nombreux en France, ne disent qu’une seule chose : « ne pas douter du droit au doute » ; ils savent bien que cela les laisse seuls face à la mort, mais je les accepterais, parce que la France s’honore du débat.

Je penserais, avec tristesse, qu’ils n’ont pas eu la chance de rencontrer dieu, je les plaindrais sans doute mais ne les combattrais pas. Puis un jour j’essayerai de douter de dieu, parce que je vois bien que les croyants peuvent être injustes, cupides, violents, et même mauvais dans leur actes.
Je serais heureux d’être français ; parce que ce sont des gens étranges mais bons, que cette nation est ancienne et toujours présente pour les combats de la justice, je chercherais à comprendre pourquoi je suis maintenant proche d’Émile Combe l’apostat catholique, de Jules Ferry le protestant progressiste, de Dreyfus le juif courageux dans l’adversité, et de Bernanos à l’honnête parcours, comme de Pascal et Voltaire, de Valéry ,de Gide, de Richepin, de tant d’autres écrivains, tant la passion de la discussion et de la posture intellectuelle est présente en France.
Je croirais que de peindre ou de sculpter l’image des créatures de dieu ce n’est pas l’imiter mais au contraire se servir du meilleur de l’âme pour glorifier son œuvre ; j’irais dans les musées, dans les palais, dans les églises voir ces milliers de témoignages du génie créateur de l’Homme, de son désir d’aimer, de choquer, d’aduler, de dissoudre, de vivre enfin !
Oui, cet Art présent partout dans mon nouveau pays, si varié, si riche, ce dialogue de l’homme avec lui-même, cette humanité condensée, je ne la rejetterai plus ; ni la femme nue, ni l’impudeur, ni le blasphème ne me feront plus peur, là où est l’homme, dieu ne serait pas ?
Je m’exprimerais toujours en français, ma langue d’aujourd’hui, parce qu’il faut la comprendre le mieux possible pour qu’elle soit naturelle à mes enfants, ainsi ils apprendront mieux à l’école, seront toujours écoutés, pourront exprimer leurs désirs ou ma douleur d’avoir quitté mon pays d’avant.
Je sentirais que, pour les français, entendre chez soi une langue étrangère est pénible lorsque c’est trop souvent, lorsque ce sont ceux que l’on a accueilli et avec qui l’on partage qui se singularisent ainsi ; ces français n’ont pas peur, ils ne sont pas méchants, simplement lassés.
Je serais, partout, Français, fier de l’être ; en voyage dans la terre de mes ancêtres je revendiquerais cette chance, sans craindre d’être nommé traître ou apostat, ou bien je n’irai plus là où cela n’est pas possible.
J’enragerai lorsque la France n’excelle pas, sans jamais soutenir l’adversaire.
Je serais heureux de voir mon fils porter l’uniforme de l’armée française, qu’elles qu’aient pu être d’anciennes circonstances historiques.
Je pleurerais tous les morts de mon pays, et je ne voudrais pas que ceux de ma famille soient éloignés de ceux des autres familles ; ensemble partager la terre, vivants comme morts.
Je ne voudrais pas que le prénom de mes enfants les incitent à regarder un autre horizon et peut être même je comprendrais que mon fils transforme mon nom.
Ma fille amoureuse n’aurait pas à redouter son père ou ses frères, et ce n’est pas un regard craintif que je chercherais à apercevoir lorsque le garçon entrera dans notre maison, mais un sourire radieux .
Je me reconnaîtrais dans Jeanne d’Arc, femme forte et indépendante, et aussi dans cette Marianne aux seins nus s’emparant du drapeau tricolore de la Liberté. Je saurais qu’une marquise pu il y a des siècles écrire, se déplacer, exister au milieux des hommes, comme Marie Curie, Camille Claudel, Coco Chanel, Marie Laurencin, qui furent toutes françaises, elles et tant d’autres, appréciant le monde, le changeant, autonomes, toutes entières à la vie.
Je n’attendrais pas, secrètement, la mort de mes voisins, de mes amis, de mes concitoyens, au jour de la venue du Medhi, je serais certain que dieu saura reconnaître ceux qui furent bons et justes, musulmans ou pas.
Je ne souhaiterais pas que le monde entier devienne musulman, parce que la diversité des âmes est aussi utile que celle des plantes ou des animaux, parce que l’ennui et l’endormissement gagneraient l’humanité.
Je me lèverais en entendant la Marseillaise, car l’honneur et la charge d’avoir ce chant comme notre est immense, c’est l’hymne de la liberté, de la lutte contre les tyrans, celui que des millions d’opprimés ont chanté dans l’espoir de lendemains meilleurs.
Je frémirais en voyant le drapeau tricolore se lever parce que je ressentirais les sacrifices fait pour lui par tant d’inconnus, et aussi pour les efforts que j’ai fait pour parvenir à devenir français.
Si j’étais Français musulman, je croirais et je ferais tout cela.
Si je croyais et si je faisais tout cela, assurément je serais Français, passionnément, à me perdre.
Mais serais-je encore musulman ?
Gérard Couvert

image_pdf
0
0