Si on veut un islam de France, prenons exemple sur les mesures assimilationnistes de Napoléon avec les juifs

Publié le 14 juin 2010 - par
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C’était prévisible, notre soutien à l’organisation d’un apéro saucisson pinard à la Goutte d’Or, nous a rangé définitivement parmi les « infréquentables nauséabonds ». Je ne vais pas égrener à nouveau les noms des détracteurs qui ont brandi à nouveau les accusations de racisme et de « proches de l’extrême droite » comme autant de crucifix oints de bons sentiments censés épouvanter les démons que nous sommes. (A quelle distance exactement de cette extrême droite ? 2 km ? 10 cm ? 2 années-lumière ?)

Il est inutile de refaire des précisions sémantiques, historiques, philosophiques. Ce ne sont que des insultes et à ce titre, j’ai bien envie de reprendre le proverbe arabe « Les chiens aboient et la caravane passe. » Quand on ne tient pas compte de la réalité, on peut raconter n’importe quoi, c’est ce que ces gens-là appellent la liberté d’expression et l’indignation vertueuse, dont ils ont tellement mésusé que l’opinion publique est en train de devenir immune à leurs culpabilisations outrancières et partiales.

On ne peut que rire lorsqu’on entend un anti-raciste déclarer que « La capacité d’indignation des Français est en déclin. » (1) Non, l’indignation n’est pas en déclin, elle a seulement changé d’objet ! Ce sont les prières illégales dans les rues, le voilement des femmes, l’imposition de ghettos culinaires et le racisme anti-blanc qui indignent désormais les Français, et c’est cela que les monopoleurs de l’offuscation commandée ne supportent pas.

Indignez-vous, mais pas par vous-mêmes ! Indignez-vous, mais seulement en faveur des immigrés, des palestiniens, et des sans-papiers. Indignez-vous, mais jamais quand c’est la dignité de la France qui est bafouée ! Tenez-le pour dit, cette indignation-là c’est du nationalisme, du pétainisme, du nauséabondisme, du monoculturalisme, de la provocation et de la haine de l’autre ! Le terme de racisme a été tellement galvaudé, tellement terni par son utilisation systématique à des fins de censure intellectuelle et politique, qu’il ne vaut plus rien. Quand boire du pinard près d’une mosquée est considéré un acte raciste, quel buveur de vin peut encore succomber aux sirènes de ces anti-racistes-là ? (Et à quelle distance exactement de cette mosquée ? 2 mètres ? 2 km ? 500 km à la ronde ?)

Il y a un problème évident d’intégration et d’assimilation des musulmans en France, et le déchaînement des passions autour de l’apéro saucisson pinard, tout comme d’autres réactions grotesques auraient pu être évitées si le pouvoir politique contemporain avait procédé à l’égard des musulmans et de l’islam, de la même manière que Napoléon avait procédé avec les juifs et le judaïsme.

Prenant acte de ce que la religion juive faisait des juifs vivant en France « une nation particulière dans la nation française », Napoléon réorganisa la religion juive afin que les juifs s’assimilent et deviennent des citoyens à part entière. « Il faut ôter des lois de Moïse tout ce qui est intolérant, déclarer une portion de ces lois lois civiles et politiques et ne laisser de religieux que tout ce qui est relatif à la morale et aux devoirs des citoyens français. » ordonna l’Empereur à Champagny, son ministre de l’Intérieur, le 26 octobre 1806. « Lorsqu’on les soumettra aux lois civiles, précise-t-il, il ne leur restera plus, comme Juifs, que des dogmes, et il sortiront de cet état où la religion est la seule loi civile, ainsi que cela existe chez les Musulmans, et que cela a toujours été dans l’enfance des nations. » (2)

Si l’on veut véritablement un islam de France, il faut prendre exemple sur les mesures assimilationnistes de Napoléon, et sur sa manière de faire. On ne peut laisser indéfiniment croître sur notre sol « une nation particulière dans la nation française », obéissant à une autre loi, restée dans cet état où « la religion est la loi civile » et dont la religion contient beaucoup de prescriptions incompatibles avec la morale et les devoirs des citoyens français. Sans un travail de fond, tel celui entrepris par Napoléon à l’égard du judaïsme, dont il acquit une connaissance approfondie avant d’en mener la réforme, on ne peut qu’assister à une montée des tensions entre les communautés religieuses.

C’est cela un universalisme à l’œuvre, à la différence de l’universalisme béat et compassionnel des anti-racistes : il faut poser les problèmes, reconnaître les incompatibilités entre les cultures et les religions, et œuvrer à travers le droit à un dépassement des contradictions. Ce fut le génie de Napoléon, et son engagement véritablement humaniste en faveur des juifs, qu’il fit littéralement sortir des ghettos et porter la cocarde tricolore au lieu des brassards avec l’étoile de David, que les autorités italiennes leur imposaient. C’est le génie dont la France est capable : l’émancipation des individus à travers une reconnaissance honnête des obstacles obscurantistes, religieux ou culturels à éliminer pour arriver à une fraternité réelle.

Napoléon a payé un prix très élevé pour son humanisme : son alliance avec la Russie a volé en éclats à cause de cette initiative philosémite, l’Espagne ultra-catholique se révolta si bien que vraisemblablement le sort de l’Empire aurait été différent s’il avait consenti à se désintéresser du sort des juifs français. Mais la France n’en est ressortie que plus grandie de cette intransigeance morale, et de cette perte. La question islamique nous appelle, nous Français d’aujourd’hui, à la même audace, à la même volonté politique, et au même souci d’universel dont fit preuve l’Empereur. Régler par la loi le rapport entre l’islam et le monde occidental, voilà notre tâche, si nous voulons éviter le conflit de civilisations. Décréter péremptoirement que l’islam est soluble dans la République, c’est insulter à la fois l’islam et la République, et mépriser en fait la différence. Saurons-nous nous montrer dignes de nos aïeux ?

Radu Stoenescu

philosophe

(1) http://www.liberation.fr/societe/0101638507-les-prejuges-racistes-et-homophobes-progressent

(2) http://books.google.fr/books?id=xkhF-MhBbKAC&pg=PA584#v=onepage&q&f=false

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