Soral, islamistes et compagnie, ou comment allier haine du string et amour du voile

Publié le 26 août 2008 - par - 727 vues
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Les défenseurs du voile, qui ne reculent devant rien, osent régulièrement une parade audacieuse et absurde : opposer le voile au string. Les islamistes, bien sûr, qui opposent la pudeur du voile à la décadence du string ; mais aussi, comme on a pu l’entendre, de manière surprenante, lors du débat sur la loi contre les signes religieux à l’école, certains gauchistes qui nous ont tenu un discours de curé, en utilisant également cet argument, pour défendre le droit des disciples de la religion des pauvres à porter le voile à l’école ; de la même façon, Alain Soral, essayiste, proche de Dieudonné, souvent provocateur, nous a joué également ce registre en 2004 (1), avant qu’il ne rejoigne le Front national, lors de la campagne présidentielle. Il est vrai que Soral, bien qu’il se dise « agitateur » et provocateur, témoigne régulièrement d’une complaisante faiblesse pour le Hamas et le Hezbollah (2) – convaincu qu’il est que le monde tourne autour du complot juif relayé par les Etats-Unis – qui sont, comme chacun sait, des modèles de tolérance et d’ouverture vis-à-vis de la condition féminine !!! Ceci explique-t-il cela ?

Ainsi, pour Soral, comme pour l’extrême droite islamiste, comme pour l’extrême droite politique, tous des adorateurs de la femme, évidemment, le string serait une scandaleuse façon d’afficher « la liberté du désir » de la femme, ce qui la réduirait illico presto à « un objet de désir » quand le voile, au contraire, serait le porte-drapeau du respect du corps (je m’étouffe !), la demande de reconnaissance d’une certaine pudeur, la demande d’exister, d’être reconnue comme un être humain grâce à son seul regard. Là je roule par terre, carrément. La vision du voile d’un Le Pen (3), paternaliste et patelin, moins excessive a priori est tout aussi ahurissante. « Ça ne me choque pas », « je n’en fais pas une affaire », « ça embellit quelquefois, même », « dans mon enfance il y avait bien des bonnes soeurs à cornettes ou des mamans à la messe avec des foulards ou des chapeaux »… Outre le fait que la femme soit stigmatisée, discriminée sans que cela pose problème à celui qui prétend, sans rire, défendre la liberté du peuple en France, on avouera que les comparaisons faites pour banaliser le port du voile sont peu crédibles ; non seulement elles datent très sérieusement (il est fort gênant pour un monsieur qui prétend à la magistrature suprême de n’avoir que des modèles surannés) mais en plus elles mettent sur le même plan une obligation faite à toutes les femmes dans l’espace public et un choix religieux ou un accessoire lié à un édifice religieux… c’est de l’argumentation qui sent à plein nez son hypocrisie. Il serait beaucoup plus simple, Monsieur Le Pen, de remercier franchement les musulmans de remettre les femmes à la place qui est la leur et qu’elles n’auraient jamais dû quitter, comme le pensent un certain nombre de gens au FN qui se sont toujours opposés au droit à l’avortement.

En effet, point n’est besoin de creuser bien profond pour trouver chez Soral, chez les islamistes ou les théoriciens du FN – où milite Soral (qui se dit un grand tombeur…)- des points communs machistes : la peur /haine de la femme. La peur/haine de son désir.

Tous ces braves gens, tétanisés à l’idée d’être cocufiés, tétanisés à l’idée que leur tendre moitié (et objet sexuel), s’ils la laissaient libre de se donner, libre de ne pas se marier vierge, libre de divorcer, pourrait comparer et comprendre que leur phallocrate de mari n’a entre les jambes que l’instrument de son propre plaisir, c’est-à-dire pas grand-chose, ont décidé, en bons réactionnaires, de mythifier le passé, de renvoyer les femmes à leur statut sacré de mère pour mieux les empêcher de dévoiler l’imposture de leurs époux. Aussi foncent-ils, tête baissée, dans les clichés du XIX° et de la première moitié du XX° siècle qui ont abouti à la sinistre période de Vichy, son idéologie nauséeuse « travail, famille, patrie », et la célébration de la fête des Mères…. Elisabeth Badinter, dans un livre remarquable, paru en 1981(4) en a parfaitement mis en valeur les forfaitures. L’amour maternel assimilé à un « instinct maternel », imposé par une « nature féminine » qui n’existe que dans la tête de certains hommes, la mise à l’index des « mauvaises mères » et de celles qui ne veulent pas d’enfants, considérées comme des monstres, l’opposition systématique de la mère et de la putain, comme s’il n’y avait pas d’autre alternative, ont enfoncé dans la tête de bien des hommes l’image idéalisée et virginale de l’épouse-mère, au culte réservé, sans sexualité (comprenez sans tache), sommant toutes les femmes de se conformer à ce modèle.

Soyons un peu sérieux. Qu’est-ce que le string ? Une culotte très échancrée, ressemblant côté pile aux cache-sexe (protège-sexe plutôt ?) portés par les hommes et les femmes de certaines tribus primitives. Quelqu’un a-t-il jamais eu l’idée saugrenue d’interdire à la télévision leur apparition et celle de leurs fesses pour cause de manifestation du désir ?
Ensuite, quel est l’usage de ce string ? Comme tous les autres slips, brésiliens, tangas, de grand-mère… il se porte… sous la jupe ou le pantalon (c’est un scoop pour vous, Monsieur Soral, on dit merci à la dame) et ne concerne donc que celle qui le porte et éventuellement celui ou celle qui partage son intimité. Scandaleux ?
On laissera de côté le cas très particulier et minoritaire de certaines très jeunes ados, encore des fillettes, qui laissent apparaître la ficelle de string au-dessus de leur jean. Osera-t-on dire qu’elles affichent leur désir, elles qui ne sont même pas réglées ? (On notera pour la petite histoire qu’Aïcha, la toute jeune épouse de Mahomet ne portait pas de string… elle a quand même vu son mariage consommé à 9 ans !).
Donc, récapitulons, un string est un sous-vêtement féminin à usage privé. Qui n’a aucun rapport avec le voile. Qui n’empêche pas de porter le voile, d’ailleurs.

Sauf pour les idiots utiles. Selon eux, toutes celles qui portent le voile seraient les féministes authentiques, se refusant le droit au plaisir en cachant cet « obscur objet du désir » pour détourner sur leur « moi », leur être profond, l’intérêt de ces animaux copulateurs et séducteurs que sont les hommes. Il est bien évident que la police religieuse qui sévit en Iran et frappe les femmes qui laissent dépasser une mèche de leurs cheveux est subjuguée par la présence, le regard et l’existence de la femme cachée sous le voile ! Il est bien évident que les Talibans obligent les femmes à grillager leur regard pour obliger les hommes à chercher la vérité de la femme !! Il est bien évident que les jeunes filles envoyées en vacances au Maghreb et qui y sont mariées de force à un inconnu ont séduit leur mari grâce à leurs qualités cachées !!!

On sent poindre tous les poncifs de la décadence et des religions. De Eve à Brigitte Bardot dans Et Dieu créa… la femme en passant par Pandore, nous sommes toutes des salopes qui menons le monde à sa perte.
Il faut reconnaître, sans rire, que lorsque les femmes étaient d’abord et surtout des mères, qu’elles n’osaient pas montrer ne fût-ce que la cheville… le monde allait nettement mieux qu’à présent ! 1914-1918 et sa boucherie, revanche, nationalisme, haines en tous genres ; 1939-1944, génocide, chambre à gaz, bombardements et fusillades ; par ailleurs incestes et viols sur lesquels on fermait consciencieusement les yeux … Si on suit la démonstration de Laborit dans Mon oncle d’Amérique (5), il semblerait que l’agressivité serait une façon de réagir, pour ne pas en crever, à de trop nombreuses frustrations… Les femmes-mères, majoritaires dans la population européenne au moment des deux premières guerres mondiales seraient-elles responsables de trop de frustrations et donc de toutes ces horreurs ? Ce serait une jolie relecture des mythes, une incitation à faire exploser celui de la mère pure et intouchable et, surtout, un incitation à généraliser le port du string !!!!!

Le string pour empêcher les guerres ? Pas plus ridicule que le string responsable de la décadence de notre société. Ou tout autant !!!

Non, messieurs les apôtres de la décadence, vous ne nous aurez pas là-dessus. Ce n’est pas parce que vous vilipendez la société de consommation, que vous avez l’outrecuidance d’appeler la « société du désir », que vous nous ferez croire que les femmes, parce que libérées, parce que libres, parce que libres de désirer et d’aimer, sont responsables du consumérisme et du matérialisme qui règnent et qui nous menacent de décadence. Le capitalisme, l’obsession de la croissance, la taylorisation, Mac Do et Ford, est-ce à des femmes que nous les devons ??? Sottises et billevesées.

Oui, un mariage sur trois (sur deux à Paris) se défait, oui les familles monoparentales et recomposées se multiplient. Oui, on peut espérer encore vibrer, à plus de soixante ans, avec d’autres attentes que la soupe du soir et la soirée télé. Et alors ? Et si cette quête perpétuelle du bonheur, cet individualisme était un signe de bonne santé de l’espèce humaine qui n’avait RIEN à voir avec le matérialisme actuel ? Et si, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, les hommes étaient devenus capables, par goût du plaisir, du désir, du bonheur, de la vie, de dire non à la guerre, non aux tueries, non à la violence faite à l’autre ??? Et s’il fallait imputer à notre « société du désir – du désir de l’autre- » la fin des guerres en Europe occidentale et non à cette Europe de la spéculation financière qui lui sert d’alibi ?

Ça ne vous arrangerait pas, Messieurs, car il vous faut de la chair à canon pour faire tourner vos usines. Ça ne vous arrangerait pas, Messieurs, car votre pouvoir de potentat local est remis en cause. Ça ne vous arrangerait pas, Messieurs, car vous ne pourriez plus jouir de votre pouvoir sur votre esclave, à vous réservée, votre femme.

Voilà pourquoi, Messieurs, vous défendez le voile, cette iniquité destinée non pas à trouver l’être mais à le cacher, à le confisquer, pour que les inégalités, les guerres et le machisme puissent perdurer. Parce que les extrémistes, islamistes ou politiques, ont des intérêts communs, des valeurs communes, incompatibles avec l’idée que la femme est l’égale de l’homme. Parce que les gens qui sont capables d’avoir un discours ignoble et vil, qui sont capables d’attaquer en-dessous de la ceinture, comme Soral l’a fait à propos de Dantec (6) – quoi que l’on pense de celui-ci, vilipender son acné et ses attributs virils est d’une bassesse sans nom – sont bien peu crédibles sur le string, le voile, la mixité et les femmes. Ignorantus, ignoranta, ignorantum. Stupidus, stupida, stupidum.

Christine Tasin

http://christinetasin.over-blog.fr

(1) http://www.dailymotion.com/video/x4ula_alain-soral-voile-et-string_family

(2) http://www.amnistia.net/news/articles/hezboll/hezboll/hezboll_101.htm

(3) http://www.labanlieuesexprime.org/article.php3?id_article=1413

(4)L’Amour en plus : histoire de l’amour maternel

(5) http://fr.youtube.com/watch?v=M7AfY-ux7Ds

(6) http://www.dailymotion.com/video/k6IU7QMmyrXvgGZ9n

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