Sortir de l’Europe, retrouver le franc et notre souveraineté : un débat enfin possible…

Publié le 7 mai 2010 - par - 244 vues
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L’auteur de ces ligne a animé, en 2004 et 2005, une vingtaine de réunions publiques, lors du référendum sur le Traité européen. Je me souviens de la première, en octobre 2004, quand les sondages n’accordaient aux partisans du « non » que 30 % des voix. Opposé à une sympathique conseillère régionale socialiste, celle-ci, bien que malmenée par mes arguments, m’avait dit, d’une manière condescendante : « C’est bien ce que vous faites, cela enrichit la démocratie… et comme vous resterez minoritaire, c’est bon pour nous ».

J’étais à la tribune, la plupart du temps au nom d’une association laïque, et parfois en celui de PRS (Pour la République Sociale), association pilotée à l’époque par Jean-Luc Mélenchon. J’y cotoyais des militants du Parti Communiste, d’Attac, de l’aile gauche du PS, de la LCR, de MDC, quelques Verts oppositionnels, des féministes et des syndicalistes. Une chose m’étonnait : la plupart des intervenants se sentait obligé de commencer leurs interventions par le sempiternel : « Je suis profondément européen ». Je trouvais curieux cette volonté de se démarquer de toute idée de Nation, comme si il était criminel et réactionnaire de dire qu’on ne se sentait pas européen. Sans doute la peur de se voir amalgamé à Le Pen , à qui, depuis les années 1980, la classe politique avait abandonné la défense de la Nation. Mais j’avais choisi de montrer, dans toutes mes interventions, le côté anti-laïque de la constitution, les articles I-52, II-70, et, en 10 minutes de temps de parole (parfois moins), je ne trouvais pas pertinent de cliver sur cette question.

Bien sûr, quand, après une campagne formidable, ponctuée par la victoire du 29 mai (camouflet terrible pour l’UMPS, les Verts, l’ensemble des médias), ce furent les déceptions. Les animateurs de la campagne se déchirèrent, dans des rivalités politiciennes, avec les présidentielles en ligne de mire : Buffet, Besancenot ou Bové ? Surtout, personne n’osa interpeller Jacques Chirac sur une question simple : puisque les Français avaient, très majoritairement, voté non à cette Europe (suivis quelques jours après par les Hollandais), pourquoi ne pas exiger du Président de la République qu’il en sorte, pour peser, en terme de rapport de forces, sur l’Union européenne et ses dirigeants ? A mon avis, cela ne se fit pas pour deux raisons : d’abord la peur d’être amalgamé, là encore, à Le Pen. Mais surtout parce que l’ensemble des animateurs, qu’ils soient de gauche ou d’extrême gauche, partageaient une culture européiste, et étaient favorables au dépassement de l’Etat-Nation. Les uns au nom d’une République sociale européenne, d’autres au nom de l’internationalisme prolétarien. Quelque part, entre les libéraux, qui voulaient la fin des Etats-nations pour mieux marchandiser toutes les activités humaines, et une certaine gauche, qui en voulait la fin pour internationaliser la lutte des classes, il y avait une forme de complicité pour en finir avec l’indépendance de la France. A gauche, un mot claquait, pour intimider définitivement toute velléité allant dans ce sens : « Souverainiste ! » A partir de là, les leaders du « non » étaient contraints de se contenter, de manière impuissante, de continuer à gémir : « Oui à l’Europe, mais pas celle-là ».

Le plus dramatique fut la dernière campagne européenne. Pas une liste de gauche n’évoqua cette perspective, bien sûr. Mais à droite, les listes de Debout la République (Dupont-Aignan), du Front national ou du Mouvement pour la France (Villiers) furent également d’une rare timidité sur cette question, aucune n’osant mettre clairement, sur ses affiches, cette perspective. Cette campagne, marquée par une abstention de 60 %, donnait l’impression que toutes les forces politiques – excepté le Parti des Travailleurs – avaient intégré l’idée que l’Union européenne était une réalité indépassable, et qu’il fallait s’y résigner.

On connait par coeur l’argumentation des européistes, finalement assez simpliste : grâce à l’euro, on est plus fort pour résister à la crise du système capitaliste, et l’Europe constituera un bloc efficace face aux Etats-Unis et à la montée de la Chine et de l’Inde. On connaît par coeur, comme le rappelle Michel Castelin (1) toutes les promesses faites, depuis 20 ans, par les leaders du PS ou de l’UMP. On sait l’objectif des européistes : contourner les Etats-nations, organiser une grande Europe supranationale, qui pilote la libre circulation des marchandises et des hommes. Au nom de la concurrence libre et non faussée, briser les services publics, ouvrir de nouveaux marchés au secteur privé, et tirer vers le bas les conventions collectives des salariés, dans les pays à forte tradition syndicale, en leur opposant délocalisations et déréglementation.

La crise grecque montre que cela ne marche pas. Christine Tasin (2) et Roger Heurtebise (3) expliquent, chacun avec leur vision, les raisons de l’attitude de l’Union européenne, mais surtout l’impasse de leur politique. En privant la Grèce de la seule possibilité qui s’offre à elle – sortir de l’euro, pour pouvoir librement dévaluer – Union européenne et FMI acculent le peuple grec à un plan d’austérité dramatique, qui n’a pour seul but que de permettre au pays de rembourser les instances financières internationales.

L’économiste Jacques Sapir, dans trois remarquables articles, parus dans Marianne, (4) démontre l’imposture du discours officiel des économistes libéraux.

1) Les Grecs vivaient au-dessus de leurs moyens.
2° L’économie allemande est vertueuse.
3) L’euro nous protège.

Nicolas Dupont-Aignan lance une pétition pour demander à ce que la France sorte de l’euro (5). Félicitons-nous de cette initiative. Mais sortir de l’euro sans sortir de l’Europe, est-il réaliste ? Pourquoi ne pas annoncer la couleur, et ne pas offrir au peuple français une sortie à la hauteur de la gravité de la situation ? Pourquoi ne pas dire clairement que cette Europe est irredressable ? Nous n’avons pas à rougir de dire que nous en avons assez de ces fanatiques technocrates libéraux qui entendent briser les acquis, la culture et les traditions des peuples européens, et d’abord de la France et de sa République, pour leur imposer une société de type anglo-saxonne qui n’est pas la nôtre ?

Quelles seraient les avantages d’un retour à notre indépendance nationale, et donc à notre souveraineté ? D’abord, au niveau économique, retrouver des marges de manoeuvre dont l’euro et l’Union européenne nous privent totalement : pouvoir dévaluer, si cela est nécessaire. Pouvoir jouer de l’inflation est une possibilité que personne ne doit exclure, face à l’ampleur du déficit.

La question de retour du franc, longtemps ridiculisée par les tenants de la pensée unique, n’est plus, aujourd’hui, une question taboue. Faut-il rappeler la catastrophe qu’a constitué, pour les Français, le passage à l’euro, et la flambée des prix qui l’a accompagnée ? Faut-il rappeler la violence faite à un peuple qu’on prive de sa monnaie, sans aucune consultation ?

Mais au-delà de la question économique, n’est-ce pas l’occasion de retrouver la maîtrise de nos frontières, de nos échanges commerciaux, de travailler sur la libre association des Etats-nations souverains, et de réaliser de grands projets industriels, comme Airbus en fut une brillante illustration ?

N’est-il pas temps d’avoir un vrai débat sur la réalité de nos services publics ? N’est-il pas temps d’avoir un vrai débat sur la réalité des régions, armes de l’Europe pour dépecer les Etats-Nations, et faire éclater notre République une et indivisible ? N’est-il pas temps de parler sérieusement de solidarité, autour de la question des retraites, et de cesser de gaspiller l’argent public en cédant à toutes les revendications des bien-pensants ? N’est-il pas temps de retrouver une école vraiment républicaine ?

N’est-ce pas le moment de parler protectionnisme, et de ne pas avoir peur de ce mot, pour protéger ce qu’il reste de notre industrie, et reconstruire une politique au service de l’emploi ?
N’est-ce pas la possibilité, en période de chômage de masse, de maîtriser enfin notre immigration, pour réussir l’intégration ?

N’est-il pas temps d’envoyer promener des personnages comme Antonio Guterres, Haut Commissaire de l’Onu aux Réfugiés (HCR), qui ose dire ceci :

« Penser que les sociétés européennes redeviendront homogènes (…) est une illusion totale et absurde. Je pense que nous devons dire très clairement qu’indépendamment des aspirations de certaines personnes, toutes les sociétés sont devenues multiconfessionnelles, multiethniques et multiculturelles », a insisté Antonio Guterres interrogé sur les problèmes liés aux traditions islamiques.

Il est donc, selon lui, désormais nécessaire de concentrer les débats nationaux sur la façon dont on peut organiser harmonieusement ces nouvelles sociétés.

On ne peut mieux illustrer la politique d’Eurabia, voulue par l’Union européenne, et justement dénoncée par Bat Ye’or. (6) On ne peut mieux illustrer le mépris des élites vis-à-vis des peuples. La question n’est pas de demander aux électeurs s’ils sont d’accord avec la vision du HCR, mais d’imposer cette vision, par tous les moyens.

Eh bien, nous ne voulons pas de la société que nous propose des élites supra-nationales comme cet Antonio Gutteres. Nous ne voulons pas laisser l’Union européenne continuer à imposer l’islamisation de la France, et de l’Europe. Nous ne voulons pas qu’on continue à nous imposer une population de substitution, comme cela se fait depuis trente ans. Nous ne voulons pas davantage de la laïcité ouverte, moderne, dynamique, apaisée, que nous proposent Nicolas Sarkozy, Marie-George Buffet, Martine Aubry, Cohn Bendit ou Olivier Besancenot, pour que notre pays devienne un modèle anglo-saxon qui puisse accepter l’islam, au nom de la liberté religieuse chère à nos amis britanniques.

Et, quitte à choquer Cohn Bendit, caricature de cette Europe libérale-libertaire, qui conditionne une loi contre la burqa à la régularisation de tous les sans-papiers, (!) nous avons envie, en France, que les adultes, y compris les enseignants, puissent continuer à donner la fessée aux gamins insupportables, sans que les illuminés de Bruxelles ne nous l’interdisent.

Si nous étions dans une vraie démocratie, nous n’aurions jamais pu signer le traité de Lisbonne, après le vote du 29 mai. Et si nous étions dans une démocratie où les citoyens sont consultés (comme en Suisse), on poserait, par référendum, la vraie question aux Français : « Europe : on arrête, ou on continue ? »

Rappelons que l’article 49 A du nouveau traité de Lisbonne donne, depuis le 1er décembre 2009, la possibilité à chaque état de quitter librement l’Union européenne. (7) Le 20 mai 2008, dans RL 42, Cyrano posait déjà cette question. (8)

A quand la demande d’un référendum, autour de cette question, avec à la tribune, outre Nicolas Dupont-Aignan, tous ceux qui ont appelé à voter non en 2005, et qui se reconnaissent dans les valeurs républicaines et laïques, et la défense de la souveraineté de la France et de son peuple ?

A quand une union nationale pour retrouver la souveraineté de la France ? Le plus tôt sera le mieux.

A ceux qui auraient peur de se faire qualifier de dangereux nationaliste, rappelons cette phrase de Jaurès : « La Nation, c’est le seul bien des pauvres. »

Pierre Cassen

(1) Grece-euro-Union-europeenne.html

(2) la-france-va-t-elle-trouver-l-argent-qu-elle-prete-a-la-grece-49786120.html

(3) Pourquoi-il-ne-faut-pas-preter-a-la-Grece

Finances-publiques-j-ai-pas-bien-compris-un-truc-Monsieur-Eric-Woerth

(4) Grece-les-trois-mensonges-des-medias-et-des-experts-1_a192305.html

Grece-les-trois-mensonges-des-medias-et-des-experts-2_a192313.html

Les-trois-mensonges-des-medias-et-des-experts-fin_a192501.html?preaction=nl&id=2952704&idnl=25949&

(5) debout-la-republique.fr/Sortons-de-l-euro.html

(6) http://www.dailymotion.com/video/xctnac_bat-yeor18-03-10_news

(7) http://www.noslibertes.org/dotclear/index.php?post/2010/01/27/406

(8) Est-on-condamne-a-ne-jamais.html

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