Sur les sens d’ « islam » et de « musulman »

Publié le 21 septembre 2009 - par
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Chers courageux animateurs de Riposte Laïque,

Rassurez-vous, les invectives de la Torquemada de Pro Choix, C. Brancher, n’ont sans nul doute guère ébranlé vos lecteurs réguliers. Ceux-ci savent très bien que pour défendre la laïcité française, il faut des gens dynamiques et à conviction comme vous ; même si je ne néglige pas l’apport d’un Mohamed Sifaoui, ou d’une Caroline Fourest pour lutter contre le prosélytisme islamique, leurs interventions timorées ne vont pas assez loin pour être pleinement efficaces.

Et donc vous avez raison d’être offensifs, car pour faire reculer la progression anti-laïque, il faut montrer le vrai visage de l’islam ; pour avoir davantage de militants à nos côtés, il faut informer nos concitoyens de ce qu’est vraiment l’islam en terme de religion.

L’islam en tant que religion, mais pas les musulmans en tant que vague entité regroupant tous des individus quasiment identiques.

Islam, musulmans : c’est sur les significations de ces termes que nous sommes confrontés à une énorme difficulté. Et je pense que les heurts récents avec Mohamed Sifaoui et d’autres ont leur origine dans les sens différents qu’ils, et que vous, attribuez à ces mots.

Car malgré toute la confusion mentale dont a fait preuve C.Brancher (style : un raciste a contribué à un site ami de RL, donc ce site et RL sont racistes …), sa phrase (située après sa note 60) « en résumé, être de culture musulmane, c’est être coupable » (réflexion qu’elle vous prête), montre qu’elle n’a pas compris que ce n’est pas la culture musulmane, avec ces gens qui vivent d’une certaine façon, que vous critiquez. Vous vous attaquez à des principes et des lois inhérents à une religion, que vous estimez, à juste raison, contraire à la laïcité et à la démocratie.

Tout le problème est là : qu’entend-on par islam ? Un mode de vie (une culture) ou une religion ? Une civilisation, avec tous ses apports historiques, artistiques, culinaires et autres ?

Ceux qui y voient prioritairement un mode de vie ou une civilisation ne comprennent pas et sont étonnés qu’on puisse en dire du mal ; ils soupçonnent alors toute critique comme la manifestation d’un sentiment de supériorité d’un Occidental ; d’où la suspicion de racisme.

Bien sûr, pour nous, lorsque nous critiquons l’islam, nous critiquons la religion. Et si nous nous le permettons, c’est que pour la plupart d’entre nous, nous avons cette connaissance minimale du coran, de la sunna, des hadiths & co. C’est d’ailleurs cette connaissance qui nous fait craindre l’éventualité d’un danger futur.

Lié à ce raisonnement, se pose aussi le problème concernant l’emploi ou le sens du substantif « musulman ». Dans certains cas, le musulman sera celui qui est issu d’un milieu culturel musulman, et qui parfois peut-être peu informé voire peu convaincu de la réalité religieuse musulmane ; pour illustrer à l’extrême, ce sens, paradoxalement, certaines personnes athées se présentent pourtant comme étant des musulmans. De quoi se perdre dans nos définitions usuelles.

Pour vous à Riposte Laïque, je pense que vous estimez ces personnes-là, non dangereuses pour la laïcité, ce qui confirme bien l’amalgame effectué par C.Brancher. Par contre, les dangereux, ceux qui constituent « une véritable 5° colonne … pour mettre à bas ces valeurs [républicaines] », sont ceux qui supériorisent le coran à nos valeurs républicaines et démocratiques.

Je suis donc certain que pour qu’un débat serein et lucide puisse réellement débuter, il faut éclaircir aux yeux de nos concitoyens, l’emploi des termes « islam » et « musulman ».

C’est une tâche prioritaire à effectuer, si nous voulons remporter ce combat culturel qui sauvegardera notre laïcité. Il me semblerait donc utile que dans les prochaines semaines, vous approfondissiez et vous vous interrogiez sur ce que ces termes recouvrent. Que vous interrogiez aussi des personnes qui se présentent comme musulmanes, avec des sensibilités différentes (athées, agnostiques, croyantes), sur ce qu’elles entendent par là.

Dans nos sociétés occidentales, le problème semblait réglé ; ainsi aujourd’hui, n’est chrétien que celui qui adhère au message du christianisme. Sinon, on se qualifiera du terme plus général d’Occidental.

Pour conclure, je le redis : si nous n’effectuons pas cet éclaircissement à propos de ces termes, nous n’arriverons pas à convaincre, et nous serons suspectés au mieux d’être des paranoïaques obsédés par l’islam (c’est du vécu !), au pire suspectés d’être des racistes, tant par des citoyens non musulmans qui suivent les événements de loin (pour ne pas dire dans l’ignorance), tant par des laïques sincères style Sifaoui, Pena-Ruiz, Fourest, que, plus grave, par des personnes de culture musulmane et imprégnées superficiellement de religion.

Or, ce sont surtout ces derniers qu’il faudra convaincre de la justesse de notre combat, pour que notre pays redevienne un réel espace du vivre ensemble.

Laïquement vôtre.

Jean Pavée

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