Table d’hôtes « ultra conviviale »….

Publié le 27 octobre 2007 - par
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Sûr de lui et dominateur , le regard droit sous son turban en vague forme de citrouille, il posa délicatement sur la table le lourd poignard d’argent qu’il portait à sa ceinture – pour mieux libérer son estomac, sans doute – pendant que le commensal qui avait pris d’autorité le fauteuil de « la présidence » marmonnait à haute et intelligible voix une sorte de « bénédicité » tout en traçant, du pouce, une croix au dos de la miche de pain dont il s’était emparée sous l’œil attentif de la femme grande et sèche qui l’accompagnait.

Tout à côté, un petit homme aux tresses tirebouchonnées sortant d’une coupelle de taffetas qu’il portait sur sa tête et qui ne tenait pas en place sur sa chaise s’efforçait, poussé par la forme vêtue de noir des pieds à la tête qui semblait être sa femme, d’attirer l’attention de l’hôtesse pour lui demander vertement si la viande servie « était conforme » à sa loi (qui , on s’en doutait, n’était pas celle des autres convives) …ce en quoi , malgré tout, il obtenait l’aide du dernier arrivant, sanglé dans un costume strict et une chemise blanche au col « Ramadan », la barbe épaisse et soigneusement taillée, et qui n’avait de cesse de repousser loin de sa vue (et d’un geste méprisant) le plateau des « cochonnailles » qui faisaient la réputation de cette région de France .

On ne parvenait pas à savoir ce que pensait de tout cela le petit bout de femme (du moins, on le supposait telle) qui se tenait derrière lui tant le costume qui l’enveloppait entièrement la faisait ressembler à un paquetage anonyme dont le « grillage » au niveau des yeux faisait deviner la dangerosité… Alors moi, qui avais décidé de m’arrêter à cette table d’hôtes comme étape de ma randonnée à travers les Causses du Massif Central, je me levai et, sans crier mais d’une modulation forte et assurée , sous les regards écarquillés et les oreilles effarouchées, je me mis à égrener les paroles de mon ode voltairienne favorite : éleveurs du Larzac et de l’Aubrac réunis, donnez-moi chaque jour et encore longtemps le meilleur de vos porcs et les plus saignantes et persillées entrecôtes bovines !!!

Robert ALBAREDES

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