Trois conférences et un débat : de riches enseignements pour un grand rassemblement des républicains laïques

Publié le 14 décembre 2009 - par
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Dans cette période où nous sommes particulièrement sollicités, j’ai été amené pour Riposte laïque à participer à trois conférences et un débat sur l’identité nationale dans la région grenobloise. Tout d’abord, à Grenoble puis à Vienne, deux Conférences organisées les 9 et 10 décembre par l’Association des Libres Penseurs de France (ADLPF) et le Comité laïcité-République de Rhône-Alpes, ont réuni à chaque fois plusieurs dizaines de personnes dans un climat très constructif avec beaucoup d’attente, avec à la clé la vente de notre livre « Les dessous du voile ». Le thème en était « la défense des services publics et de la protection sociale comme expression de la laïcité, pilier de la République ».

Des dangers d’un islam politique conservateur qui confessionnalise l’espace public au rassemblement progressiste des forces républicaines et laïques

Lors des échanges de la première conférence, les questions ont plus porté sur les dangers que fait peser sur nos libertés et la démocratie un islam qui s’affirme à travers un revoilement confessionnalisant l’espace public de façon croissante et une affirmation identitaire qui se fait par le retour d’un conservatisme religieux, imposant une lecture littérale du coran, et par là-même une soumission inacceptable de la femme. Comment les revendications communautaires religieuses en militant en faveur de la reconnaissance de la différence des droits allaient dans le sens de la remise en cause de ce principe fondamental des services publics qu’est le traitement égal des individus devant la loi.

Y ont été évoqués les risques que fait courir à notre société, comme à toutes celles fondées sur les libertés individuelles et collectives, l’islam, tel qu’il se présente aujourd’hui, n’ayant pas fait son aggiornamento, articulé à un soutien sans condition du Hamas, cette organisation fasciste et de l’Iran sanglant et liberticide d’Ahmadinejad, qui entend avoir la bombe, non sans raisons. D’autre part, ont aussi été mis en débat les risques que fait courir le libéralisme allié au communautarisme qui divise notre peuple et vise à le rendre incapable de réagir, via une Europe qui détruit les nations, qui entend les faire disparaître, comme le cadre où les peuples ont leurs repères et peuvent se défendre. Comment aussi cette division laisse le champ libre à la mondialisation, immigration comprise conçue bien malgré elle comme la justification de la fin des frontières économiques et donc comme un véritable cheval de Troie de la libéralisation des économies, non sans un soutien naïf, sans nuance et plein de danger d’une gauche en mal de projet se croyant ici humaniste alors que tombant dans le piège de son contraire.

Il était souligné la nécessité d’arrêter de spéculer sur l’immigration en l’opposant aux autres travailleurs y compris à travers la notion d’immigration choisie, alors que ce qu’il fallait c’était moins d’immigration pour plus d’intégration, pour permettre le mélange des populations, au lieu des victimisations actuelles qui poussent aux auto-exclusions qui créent les mises à part. La proposition démagogique d’une régularisation généralisée des sans-papiers était désignée comme tout aussi dangereuse, tel que l’a proposé Martine Aubry, de la même façon que fut condamné qu’elle se préoccupe d’ouvrir de façon opportuniste la piscine de sa ville, Lille, à des horaires spéciaux aux femmes musulmanes pour satisfaire aux revendications communautaristes, niant la laïcité.

La défense des services publics était montrée comme devant passer par une priorité donnée à l’emploi, à des mesures de laïcité économique comme la prise en charge par les services et entreprises publics des grands besoins sociaux qui ne peuvent s’inscrire dans une démarche de rentabilité pour être efficace et juste, mais d’égalité. Il était aussi évoqué d’autres propositions comme le rétablissement de l’« Autorisation administrative de licenciement » imposant un veto du gouvernement sur chaque fermeture d’entreprise, ou encore un contrôle des prix comme avant 1983 où les prix des produits ne pouvaient pas être à la carte mais sensiblement égaux sur le territoire national, que des produits de premières nécessités aient des prix fixés par l’Etat…

L’autre grand débat a porté sur la question de la perspective politique qui doit se dégager du rassemblement des laïques, transgressant les clivages politiques traditionnels, se faisant sur un socle Républicain intangible et irréductible, celui de la République laïque, démocratique, sociale et indivisible, adossée à la Protection sociale égalitaire et aux services publics sortant de toute forme de libéralisation et donc opposé à une Europe libérale et antidémocratique contre laquelle la France s’est majoritairement exprimée, qui prend en otage les peuples en éteignant leurs voix.

De l’identité nationale à la célébration du 150e anniversaire de la naissance d’un Jean Jaurès lumineux

Le 11 décembre, dès mon arrivée à Roanne où j’étais invité par le Grand Orient de France et le Cercle Condorcet, en présence du Président de la ligue de l’enseignement départemental, j’ai participé à 18 h 30 à un débat sur l’identité national. Le débat devait se centrer sur la définition de la nation et de l’identité en général où j’étais amené à rappeler que la nation, loin d’être rapportée au nationalisme était la souveraineté du peuple depuis que la Révolution française avait vu ce dernier l’imposer. Que, se faisant, avait été rejeté tout corps intermédiaire entre le citoyen et la nation, cette dernière remplaçant par le principe d’une terre / une loi égale pour tous, des droits égaux pour chacun, l’Ancien régime en crise qui était fait de divisions en pays, en ordres, et en corporations hérités du féodalisme, et de l’ordre injuste. Encore, que la nation était le fait de la rupture du lien jusque-là indéfectible entre le trône et l’autel. Les hommes devenus agents de leur histoire en prenant en main leur destinée, démontrant par la révolution elle-même que leur sort n’était entre les mains d’aucun dieu !

Que si l’identité était le fait de différents degrés de soi, la laïcité qui nous permettait de vivre en bonne intelligence portait au-dessus des différences le bien commun, l’intérêt général, et que ceci à travers la notion de services publics et de protection sociale, de modèle social français, caractérisait avec la République laïque sociale, démocratique et indivisible une France porteuse d’un projet unique à travers ses attributs, qu’il fallait pousser jusqu’au bout. Qu’il n’était pas question de nier pour autant les différences mais que de leurs interdire le chemin du pouvoir politique était la meilleure des façons d’assurer la qualité de leur vivre ensemble, chacune étant ainsi garantie qu’aucune d’entre-elles ne s’impose aux autres, n’impose son dogme. Que nulle part ailleurs le droit de croire et de ne pas croire était aussi clairement inscrit qu’en France dans une loi de séparation entre les Eglises et l’Etat, que cette identité nationale là était à défendre contre les tentatives de détournement du débat par le gouvernement et de manipulation médiatique jouant sur l’émotion concernant ce sujet, réduit à une question de l’immigration qui a son importance, comme cela est décliné plus haut, mais ne saurait servir à la désignation de boucs-émissaires faisant oublier l’essentiel des enjeux qui sont d’abord dans la défense de notre République et de la laïcité, jamais autant mise à mal par un Président de la République.

La Conférence qui suivait à 20h 30, dans le grand amphi de l’IUT de Roanne, portait sur « Jean-Jaurès, humanisme et laïcité », pour le 150 e anniversaire de sa naissance, qui eut lieu devant un large public et avec beaucoup d’émotion. Il devait se traduire dans l’idée que, la République démocratique et laïque poussée jusqu’au bout devait aboutir, croisée avec les luttes sociales et l’instruction du peuple soutenant la réforme, vers une République menant la révolution de la justice sociale à son terme, au rendez-vous de l’histoire et du bonheur. Une conférence et un débat avec la salle de grande qualité, dont je rendrais compte dans le prochain Riposte laïque, pour célébrer dignement l’anniversaire de cette grande figure politique qui n’est en rien émaillée, bien au contraire, à laquelle le temps donne encore plus de force, de portée aux idées humanistes et pleines d’espoir qu’elle représente, à cette intégrité morale et intellectuelle qui en caractérisait la valeur, et reste comme un exemple dans l’histoire de la représentation politique, de ceux défendant la cause du peuple.

Guylain Chevrier

historien

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