Un militant Vert laïque nous explique les raisons de sa rupture avec RL

Publié le 2 juin 2009 - par
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Notre rédaction a reçu un texte d’un militant Vert, Philippe Namias (voir ci-dessous) dans lequel, s’adressant particulièrement à moi, il nous fait savoir les raisons qui l’amènent à ce que « notre bout de route commune s’arrête là ».

Il est toujours interpellant de lire des choses désagréables, quand elles viennent d’un militant sympathique, qu’on pensait loyal et sincère. J’ai rencontré Philippe Namias à plusieurs reprises, et, pour la dernière fois, c’était à Lyon, à l’invitation de Michèle Vianès, pour manifester contre la venue de Hani Ramadan.

http://www.youtube.com/watch?v=BApA8ua8_QI

Philippe était alors l’animateur du courant Lea, chez les Verts, qui essayait, dans un contexte difficile, de défendre des principes laïques dans un parti miné par le communautarisme et le différentialisme.

Dans sa lettre, il explique que quelques désaccords pourraient faire partie du débat, mais que d’autres, qui feraient partie des fondamentaux, sont rédhibitoires, d’où sa décision de couper les ponts avec nous. Examinons donc, selon lui, comment il définit ces critères, et surtout quelles positions il nous prête.

Philippe nous explique d’abord que la déclaration des Droits de l’Homme l’a structuré. Nous partageons ces idéaux. Mais ensuite, dans la foulée, il veut nous démontrer que nous y tournerions le dos, parce que nous serions hostiles au combat anti-raciste, hostiles à l’universalisme, hostiles à la lutte contre les discriminations, partisans d’une France blanche et chrétienne, avec seulement des devoirs pour ses occupants, hostiles aux autres langues que le Français, et, crime suprême, partisans de Jules Guesde, l’anti-Dreyfusard, de Zemmour le raciste, et d’Allègre l’anti-scientifique.

Il nous dit, contre nous, voter pour Caroline Fourest, Henri Pena Ruiz, le film « Welcome », et Charlie Hebdo.

Il y a une chose qui transpire dans tout ce texte, parfois malhonnête (dire que nous serions partisans d’une France blanche chrétienne est injurieux, et indigne d’un débat serein et fraternel). L’absence de culture républicaine, la grande difficulté d’accoler le mot devoirs au mot droit, et surtout l’incapacité d’envisager la complémentarité de la Nation, des droits de l’Homme et de l’universalisme. Philippe a du mal à cacher son attirance pour l’idée européenne, et pour les régions, d’où son irritation pour tout ce qui défend la Nation et l’unité de la République. C’est une opinion tout-à-fait respectable, mais que nous ne partageons absolument pas.

Pourquoi, partant de cette divergence, cette incapacité de débattre sans diaboliser ? Croit-il vraiment nous intimider, en nous faisant passer pour des nostalgiques de la France blanche chrétienne ? Quitte à aggraver notre cas, nous persistons, et nous signons : nous nous reconnaissons dans les droits de l’Homme, et nous aimons notre pays, nous sommes fiers de son Histoire, sans en nier des pages moins glorieuses que d’autres.

Nous n’avons pas honte du vote de notre peuple, le 29 mai 2005, nous avons honte pour ceux qui, comme le parti de Philippe Namias, l’ont contourné.

Nous n’avons pas honte de faire partie d’un pays où un Français sur trois a un grand-parent issu de l’immigration. Nous avons honte pour ceux qui, connaissant cette histoire, salissent la France, la considérant comme un pays raciste et colonialiste.

Nous sommes fiers que notre pays ait intégré toutes ces strates d’immigrés, sur les principes de la République. Nous avons honte pour ceux qui, au nom du multiculturalisme et du tout se vaut, veulent maintenir de nouveaux arrivants dans des pratiques parfois féodales, favorisant le repli communautariste.

Nous sommes fiers de notre hymne national. Nous avons honte pour ceux qui excusent le scandale de Saint-Denis, ou, trois fois en moins de dix ans, La Marseillaise a été sifflée par tout un stade. Nous avons honte pour ces enseignants qui refusent de l’apprendre à leurs élèves.

Nous n’aurions pas honte d’écrire, en période de chômage de masse, que nous sommes pour moins d’immigration pour plus d’intégration. Nous avons honte pour ceux qui réclament la régularisation de tous les sans-papiers, et les comparent aux Juifs de la dernière guerre.

Nous n’avons pas honte d’écrire qu’il y a un problème particulier sur l’intégration de certaines populations, depuis une trentaine d’années, d’essayer d’en comprendre les raisons, et surtout de trouver les meilleures solutions. Nous avons honte pour ceux qui nient cette réalité, par confort idéologique, voire les encouragent à haïr la France.

Nous n’avons pas honte de combattre tous les racismes, sans exception. Nous avons honte pour ceux qui dénaturent le combat anti-raciste, l’instrumentalisent au profit essentiellement de l’islam, contre la laïcité, nient la réalité du racisme anti-blanc, et traînent une Fanny Truchelut devant les tribunaux.

Nous n’avons pas honte de combattre les discriminations, y compris sociales. Nous avons honte pour ceux qui soutiennent les illuminés de la Halde, qui utilisent le mot discrimination pour imposer une société anglo-saxonne, basée sur le multiculturalisme et le communautarisme.

Nous n’avons pas honte du métissage. Nous avons honte pour ceux qui, comme Sarkozy, Sabeg et toute la bien-pensance, le réclament obligatoire, et ferment les yeux sur les fiancés qu’on va chercher vierges au bled, ou sur la conversion obligatoire à l’islam si on veut épouser une musulmane.

Parce que nous sommes des esprits libres, nous détestons le Jules Guesde de l’affaire Dreyfus, mais nous ne résumons pas ce penseur qu’à cela. Nous pouvons avoir parfois des divergences avec Eric Zemmour, mais nous aimons le poil à gratter qu’il représente, dans le paysage médiatique français ronronnant. Nous n’avons pas beaucoup aimé le ministre Claude Allègre, nous sommes intéressés par le débat qu’il soulève, qu’une association comme l’Afis, constituée de scientifiques mal-pensants, peut parfois partager.

Toute une franche de militants de gauche déteste la Nation, et l’attachement à la République « une et indivisible ».

Ils détestent également notre liberté de ton. Il est tellement plus confortable d’écrire que Jules Guesde était un salaud antisémite, que Zemmour est une pourriture raciste, Allègre un charlatan déguisé en scientifique, que Riposte Laïque est un journal qui rêve d’une France blanche chrétienne, et que tous ceux qui défendent la Nation et la République ont des penchants suspects pour les thèses de Le Pen.

A l’armée, mon adjudant me disait : « Réfléchir, c’est désobéir ! ». Je propose à Philippe d’oser la désobéissance, et de lire ces deux remarquables textes, parus sur le site du comité Valmy. Le premier est intitulé : « Vive la Nation » (2), le second « Un torche-cul, le drapeau tricolore ? » (3).

Cette lettre, pourtant écrite par un garçon sympathique, incarne la dictature du politiquement correct, et surtout l’incapacité de mener des débats, sur des sujets difficiles, sans manier l’intimidation, la diabolisation et parfois l’injure.

Finalement, le vrai totalitarisme, contraire aux droits de l’Homme et à la pensée libre, n’est-il pas là ?

Pierre Cassen

(1) [http://www.dailymotion.com/video/x8s8br_le-metissage-comme-enjeu-politique_news->http://www.dailymotion.com/video/x8s8br_le-metissage-comme-enjeu-politique_news ]

(2) [http://www.comite-valmy.org/spip.php?article236->http://www.comite-valmy.org/spip.php?article236]

(3) [http://www.comite-valmy.org/spip.php?article235->http://www.comite-valmy.org/spip.php?article235]

LETTRE DE PHILIPPE NAMIAS

A l’équipe de Riposte Laïque, et plus particulièrement à Pierre Cassen, que j’ai eu vraiment plaisir à rencontrer.

Dans le passé, nous avons eu quelques bons combats ensemble. Mais notre bout de route commun s’arrête là.

Je ne trouve quasiment plus aucun point d’accord avec vos opinions. Vous n’avez plus aucun recul par rapport au nationalisme. Bientôt vous en viendrez à critiquer l’Universalisme des Lumières qui est à la base de mon engagement politique.

Vous voyez, quand vous êtes contre l’Europe fédérale, les cultures régionales, les droits des LGBT, l’écologie… nous restons dans le domaine des idées et nous pouvons débattre. Je peux vous dire ce qu’est une multi appartenance, que rien n’empêche de se sentir Breton, Juif, de gauche, Homosexuel, Européen et Français (c’est juste un exemple, et parfois c’est encore plus compliqué). Je peux vous parler des identités trans-culturelles. Et vous pouvez me répondre que je n’ai rien compris et que vous allez m’expliquer. Pas de problème.

Mais là, il ne s’agit pas de ça, il s’agit de fondamentaux.

La déclaration universelle des droits de l’homme, vous savez, ce truc qui proclame l’égalité en droits de tous les êtres humains, Français ou non, et cet autre truc, la laïcité, qui proclame à la fois l’égalité de tous devant la loi, la séparation (pas la suppression) des églises et de l’état et la liberté de conscience (et oui !)… et cet autre truc, encore, la France, pays des droits de l’homme, qui accueille les réfugiés de toutes origines, politiques ou économiques, qui le lui rendent au centuple… tous ces « trucs », ce sont mes idéaux. Ils m’ont structuré.

Alors, quand à longueur d’articles, vous fustigez l’antiracisme, la lutte contre les discriminations ou le colonialisme, quand vous niez l’universalisme (rien sur la dimension planétaire) et valorisez le repli nationaliste…

Vous voulez une France seule contre tous, qui n’est composée que de blancs hétéros d’origine chrétienne, valorisant les devoirs et l’ordre et parlant exclusivement français ? Vous voulez la pureté ? Vous me terrorisez.

Mois je suis heureux dans une France qui se fout totalement des origines et des langues, mais qui s’accorde sur l’idée démocratique, l’absence de discriminations et le progrès de l’émancipation humaine. Je veux le mélange, l’enrichissement culturel et relationnel. Je veux des droits pour tous qui ne sont limités que par les droits réciproques des autres. Et j’ai bien peur que votre « France » m’empêche un jour de respirer.

Vous votez Jules Guesde, l’anti-Dreyfusard, vous votez Zemour, pour qui les races existent, vous votez Allègre, qui nie toute intervention humaine dans le changement climatique… libre à vous. Mais sans moi.

Moi, je continuerai à voter Caroline Fourest, Henri Peña Ruiz, « Welcome » et Charlie Hebdo…

Tristement,

Philippe NAMIAS

Laïcité Ecologie Association

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